Le baromètre de la pauvreté
Le baromètre de la pauvreté

Pauvreté en France : la précarité s'intensifie en 2026

Le Baromètre de la pauvreté et de la précarité réalisé par Ipsos bva pour le Secours Populaire livre ses résultats chaque année depuis 2007. Cette année, dans un contexte de crise énergétique, les légères améliorations observées en 2025 s’effacent, révélant une précarité qui s’intensifie, surtout pour les groupes les plus vulnérables.

Un seuil de pauvreté marqué par de fortes disparités 

En moyenne, les Français estiment qu’une personne seule peut être considérée comme pauvre si elle dispose d’un revenu net en dessous de 1 352€ par mois, un montant supérieur de 64€ au seuil de pauvreté officiel de l’INSEE. En hausse par rapport à 2025 (+37€), ce seuil subjectif suggère que les Français perçoivent la pauvreté comme un peu plus répandue que ne l’indiquent les statistiques officielles. 

Toutefois, ce seuil varie considérablement selon le profil des répondants. L’écart le plus marqué concerne le niveau de revenu : les personnes dont le revenu net du foyer est inférieur à 1 400€ par mois placent ce seuil de pauvreté subjectif à 151€ de moins que celles dont le revenu mensuel net du foyer est supérieur ou égal à 4 000€. De même, les habitants d’Île-de-France placent le seuil 79€ au-dessus de ceux vivant en Province. Ces disparités révèlent donc que la perception de la pauvreté varie selon la situation sociale des répondants. 

Une précarité en forte augmentation, ressentie et observée

Environ un Français sur quatre déclare être en situation précaire, une hausse de 6 points par rapport à 2025. Parallèlement, la part de ceux qui estiment avoir une bonne situation financière (15%) recule de 3 points, atteignant le seuil le plus bas observé depuis 2022. Même si la majorité des Français déclarent avoir une situation équilibrée (59%), cela ne peut pas occulter cette part préoccupante de Français se déclarant précaires.

77% de ceux qui déclarent être en situation de précarité évoquent des revenus insuffisants pour expliquer leur situation. Depuis 2024, cette cause demeure de loin la plus citée.

On observe par ailleurs que les revenus insuffisants peuvent aussi toucher ceux qui ont une activité professionnelle : 40% des actifs déclarent que leurs revenus ne leur permettent pas de couvrir toutes leurs dépenses, une proportion en forte hausse (+10 points) cette année. Si l’amélioration de l’année précédente pouvait paraître rassurante (-8 points), elle est fortement atténuée par l’aggravation de cette année. Dans ce contexte, on observe que plus d’un tiers des Français (38%) estiment qu’il existe un risque important pour eux de basculer dans la précarité (+4 points).  

Même si près de la moitié des Français arrivent à mettre de l’argent de côté (49% ; -3 points), la très grande majorité d’entre eux (45%) n’y parviennent seulement que « un peu », une proportion en baisse depuis 2025 (- 2 points). Cette capacité d’épargne reste inégalement répartie :  elle est plus accessible aux cadres (63%) et aux couples sans enfants (59%). Plus préoccupant, 18% des Français déclarent vivre à découvert (+3 points), une situation qui touche particulièrement les groupes plus vulnérables et qui révèle des inégalités sociales qui se creusent. 

Même si elle n’est pas toujours directement ressentie, la précarité demeure en revanche largement observée. Près de six Français sur dix (59%) déclarent connaître des personnes qui leur semblent être aujourd’hui en situation de pauvreté, le plus souvent parmi leurs amis ou leurs connaissances (36%). Les personnes issues de foyers où le revenu mensuel net est inférieur à 1 400€ sont plus nombreuses que la moyenne à côtoyer des personnes qui leur semblent être en situation de précarité dans leur quartier et parmi leurs proches. La précarité apparaît donc comme une réalité socialement située, fortement liée au milieu social. 

Des privations qui s’intensifient 

Ces situations difficiles mènent à des renoncements qui deviennent de plus en plus communs. 73% des parents déclarent devoir se priver de sorties et loisirs en famille en raison de leur situation financière difficile, contre 64% l’année précédente. La proportion de Français qui doivent restreindre leurs déplacements (64%) et de ceux qui se privent d’acheter des vêtements malgré le besoin (52%) augmentent chacune de 8 points. 

Les besoins essentiels sont également touchés. Près de trois Français sur dix déclarent avoir déjà renoncé à des soins malgré un problème de santé ou avoir sauté un repas par manque de moyens. Par ailleurs, 81% de la population française a déjà rencontré au moins une difficulté financière. Si de légères améliorations s’observent, notamment sur le recours à l’hébergement chez des proches (-2 points) ou à l’aide d’associations (-1 point), la précarité n’en demeure pas moins une réalité vécue qui affecte le quotidien d’un nombre croissant de ménages, surtout ceux qui estiment avoir une situation précaire : ils rencontrent en moyenne 6,8 difficultés contre seulement 1,8 chez ceux qui estiment avoir une bonne situation. 

Quand on observe la situation des ménages ayant un revenu mensuel net inférieur à 1 400€, ces personnes rencontrent de fortes difficultés à assumer des dépenses courantes. 72% peinent à partir en vacances, 63% peinent à payer leurs frais de transport, et 58% à se procurer une alimentation saine. Ces difficultés, toutes en hausse, confirment une dégradation continue des conditions de vie, qui touche d’autant plus les plus vulnérables. 

Ces privations s’accompagnent d’inquiétudes croissantes. 71% des Français s’inquiètent de ne pas pouvoir faire face financièrement à la hausse des prix du carburant (+13 points). Près de quatre sur 10 craignent aussi de ne pas pouvoir payer leur loyer ou rembourser leur crédit immobilier, indicateur d’une population en situation plutôt difficile. 

Ces difficultés impactent fortement le moral. Parmi les personnes rencontrant des difficultés pour boucler leur budget, de moins en moins de personnes se disent tristes (64% ; -10 points) ou se sentent jugées (33% ; -13 points) à cause de leur situation financière. Néanmoins, 86% passent beaucoup de temps à calculer leurs dépenses, et ils sont nombreux à ressentir de l’anxiété (74%) ainsi que de la colère (66%). La précarité reste donc une épreuve psychologique autant que financière, surtout dans un contexte de crise pétrolière.

Un sentiment de dégradation ancré dans le temps 

Les Français ont de plus en plus le sentiment d’un accès dégradé à l’emploi (66%), à la santé (52%) et au logement (50%) par rapport à la génération précédente. Dans un contexte où la crise pétrolière s’intensifie, 73% estiment aussi que l’accès à une énergie bon marché s’est détérioré.

Ces inquiétudes se répercutent sur la perception de l’avenir. Près de deux tiers (63%) des Français estiment que les générations futures auront un risque plus élevé de connaître la pauvreté que leur propre génération. Par ailleurs, le pessimisme concernant l’accès des futures générations aux services essentiels s’accentue sur tous les indicateurs testés (emploi, énergie, logement…).  

Focus : La crise énergétique au cœur de la précarité 

Cette année, le Secours Populaire a choisi de se concentrer sur la crise énergétique. Les résultats montrent que les dépenses d’énergie sont un élément central de la précarité en 2026. Pour plus de trois Français sur quatre (79%), les factures d’énergie représentent une part élevée de leur budget, et pour 17% une part très élevée. Cette proportion atteint 90% chez les précaires et chez les ouvriers. Plus frappant encore, pour 92% de ceux qui ont eu du mal à se chauffer, les factures d’énergie représentent une part élevée du budget global de leur foyer, signe que payer cher est parfois insuffisant pour se protéger de la précarité énergétique. 

Face à ces charges élevées, les Français sont contraints de faire des choix. Un quart a sacrifié des dépenses essentielles (alimentation, santé) pour payer l’énergie, un chiffre qui double chez les précaires : 51% déclarent avoir dû renoncer à manger ou à se soigner pour pouvoir payer leurs factures d’énergie, et 54% pour payer leurs frais de carburant.

Au-delà de ces sacrifices importants, 58% des Français déclarent avoir dû renoncer à au moins un déplacement en raison du prix du carburant, dont 40% à plusieurs. Partir en vacances (48% y ont déjà renoncé) ou voir ses proches habitant loin (42%) peut devenir inaccessible pour certains.

On observe toutefois que 76% ont mis en place au moins une action pour réduire le montant de leur facture. Certaines mesures révèlent de l’adaptation mais d’autres, telles que les 16% de Français qui ont dû se rendre dans un lieu public seulement pour profiter du chauffage, témoignent d’une précarité importante. Ces difficultés se doublent d’un déficit d’information, où seuls 32% des Français se sentent bien informés sur les aides disponibles. C’est notamment le cas des personnes précaires, qui ne sont que 27% à se déclarer bien informés, contre 41% chez les personnes dans une « bonne situation ». Le manque d’information risque ainsi d’aggraver les inégalités. 

Un impact direct sur la santé

Cette précarité énergétique a des conséquences concrètes sur la vie quotidienne. 57% rapportent avoir rencontré des difficultés à maintenir une température suffisamment chaude chez eux au cours de l’hiver dernier. Parmi ces personnes, 75% rapportent au moins une conséquence négative sur leur santé, dont 59% plusieurs. 

Les enfants sont fortement touchés par cette précarité énergétique : 72% des parents concernés déplorent des conséquences négatives sur la santé et le sommeil de leurs enfants. Dans un contexte de réchauffement climatique, où les températures deviennent de plus en plus extrêmes, ces fragilités risquent de s’aggraver.

Un engagement qui perdure 

Malgré les difficultés endurées, les Français maintiennent une volonté d’engagement contre la pauvreté. 59% sont prêts à faire des dons alimentaires à une association de solidarité, et 46% à consacrer du temps bénévolement à une association. Ces proportions sont toutefois en légère baisse. En revanche, la solidarité de proximité ne faiblit pas : 76% se disent prêts à aider financièrement leurs proches, un chiffre stable depuis 2025.

En conclusion, le baromètre de la pauvreté et de la précarité de 2026 brosse un portrait préoccupant de la société française. Sur de nombreux indicateurs, la situation se dégrade malgré quelques légères embellies, creusant des inégalités déjà présentes. La pauvreté demeure une réalité vécue par de nombreux Français, une tendance qui ne semble pas s’améliorer.

Rapport complet

A propos du Secours Populaire

Secours PopulaireNé en 1945, le Secours populaire est une association à but non lucratif, reconnue d’utilité publique et déclarée Grande cause nationale. Celle-ci est habilitée à recevoir des dons, des legs et des donations. L’association s'est donnée pour mission d’agir contre la pauvreté et l'exclusion en France et dans le monde et de promouvoir la solidarité et ses valeurs. Elle rassemble des personnes de toutes opinions, conditions et origines qui souhaitent faire vivre la solidarité.

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À propos de l'enquête

Enquête Ipsos bva réalisée pour le Secours Populaire Français, menée auprès 1 000 personnes constituant un échantillon représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, entre le 6 mai 2026 et le 13 mai 2026. Méthodologie complète disponible dans le rapport d'étude.

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