Saga de l'été - Episode 3 : le tourisme spatial, ultime tentation ?

Lancée le 9 Juillet 2021, la communauté Connect Live rassemble 1 500 participants venus exprimer et partager leurs points de vue. Nous les avons invités à viser les étoiles, à imaginer une vie où l'espace serait une destination touristique : oseraient-ils enfiler la combinaison spatiale ?

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  • Yves Bardon Directeur du programme Flair, Ipsos Knowledge Centre
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Le 11 juillet, Richard Branson effectuait un court voyage aux limites de l’espace à bord de l’avion spatial VSS Unity de Virgin Galactic. Le 20 juillet, c’était au tour de Jeff Bezos, le patron d’Amazon, à bord de la capsule lancée par la fusée New Shepard, avec son frère Mark, Wally Funk, la pionnière de l’aviation âgée de 82 ans, et le premier client de Blue Origin, Oliver Daemen, un Néerlandais de 18 ans.

Comme la plupart des technologies à leurs débuts, les vols spatiaux sont maintenant réservés aux plus riches ; pour embarquer fin 2022 dans l’un des vaisseaux de Virgin Galactic, le ticket coûtera 450.000 dollars (381.000 euros au cours actuel). Mais à l’avenir, il est clair que ce nouveau tourisme va se populariser ; il faut se souvenir qu’en 1900 aux Etats-Unis, une automobile d’une marque aujourd’hui oubliée, capable de transporter quatre personnes, coûtait en moyenne 8500 dollars, soit dix-neuf fois le salaire annuel d’un ouvrier quand les premiers écrans plasma représentaient environ 17 000 euros dans les années 2000, un prix improbable pour un écran plat dernière-génération en 2021.

Alors, dans l’hypothèse où ces vols spatiaux soient bientôt accessibles au grand public, les Français iraient-ils ? Notre communauté on line ConnectLive révèle les trois attitudes qui les distinguent.

Les Réfractaires, en priorité au nom de la lutte contre le gaspillage et de l’environnement : « Je trouve que l'argent dépensé pour ces vols spatiaux serait plus utile pour d'autres actions qui permettraient d'améliorer notre vie sur terre », « Franchement c'est de la pollution inutile, déjà, je pense que les avions polluent, alors les navettes… Je suis contre des vols commerciaux ». L’impact écologique et les ressources impliquées les conduisent aussi à s’opposer à ce type d’entreprise (« L'être humain veut toujours plus... mais la planète et le climat ne suivent plus. Je trouve ça désolant »). Certains rejettent cette nouvelle étape de l’hédonisme de la société de consommation mais craignent son caractère irréversible (« Pour le développement de la science, aucun problème, par contre, pour le plaisir, je suis plus critique. Mais bon, il faut vivre avec son temps comme on dit… »). D’autres s’inquiètent des risques pour leur santé (« peur de voyager aussi loin », « problèmes cardiaques », « claustrophobie ») ou considèrent que la planète leur suffit (« Beaucoup de choses à découvrir sur terre, pas la peine d'aller dans l'espace »).

 

Les Tentés, mais avec des conditions : réglementations pour préserver et pérenniser « cette nouvelle contrée », prise en compte des conséquences pour l’environnement (« J'adore l'idée, mais il faudrait penser à l'éthique et la pollution : je ne sais pas si c'est bon d'emmener des véhicules polluants dans l'espace qui ne l'est pas… Mais ce serait un voyage fantastique ! », tarifs réellement accessibles (« Il passera beaucoup d'eau sous les ponts avant de voir la création de l'easy jet spatial pour démocratiser l'accès aux voyages spatiaux »). Ils craignent aussi des problèmes techniques qui transforment le voyage en aller sans retour si « l'on ne peut pas retourner sur Terre ».

 

Les Enthousiastes, parce que les vols spatiaux font déjà partie de leur paysage (« ça existe depuis un moment notamment avec l'ISS, la démocratisation permet l'innovation et des afflux de capitaux dans le domaine permettent des projet plus intéressants »), pour rendre enfin tangible le monde de la science-fiction qui les captive (« Ce qui m’attire ? Le voyage dans l'inconnu, l'univers "réel" de mes films, livres et BD, qui m'ont fait rêver quand j'étais gamin ») et parce que l’univers est sans limite (« Ce serait génial de pouvoir faire ce tourisme spatial, j’aimerais vraiment le faire. Dans un avenir proche, nos enfants le feront comme on prend le train ou l’avion ; c’est l’avenir ! »). Le tourisme spatial promet aux Enthousiastes une expérience extraordinaire de tous les points de vue : « Je pense que c’est une idée merveilleuse, si seulement cela pouvait s’étendre au grand public, on aura la chance d’exploiter d’autres horizons ». Céder à l’attraction pour l’espace tout en se libérant de la pesanteur représenterait aussi un bénéfice psychologique bienvenu dans le contexte actuel : « Pourquoi pas, si l’on pouvait s’éloigner de tous les problèmes qu’on peut trouver sur Terre ! ».

 

Dans l’hypothèse où le prix du ticket soit réellement accessible, voire où le voyage leur serait offert, une partie des Réfractaires et surtout des Tentés a tendance à rejoindre les Enthousiastes : « Bien sûr que je dirais Oui, tout simplement parce que j’ai soif de découvrir ce nouvel endroit où tout à l’air si calme, ce sentiment de toucher le ciel, de faire le vide dans sa tête ; c’est cela dont je rêve en ce moment… ». Pour autant, on s’interroge sur le bénéfice final du tourisme spatial : quelle durée ? Quelles découvertes ? Quels souvenirs ? (« Évidemment que j'accepterais, mais en ayant une peur terrible d'être déçue par le peu de dépaysement. Le voyage en lui-même doit être incroyable, mais une fois arrivée sur place, que faire ??? La seule chose qui serait incroyable serait d'y aller accompagnée d’experts en astronomie et science physique afin d'obtenir des explications sur les planètes et les astres qui nous entourent »). Pour les Enthousiastes, ce serait un moment parfaitement magique et pédagogique : « Forcément, je sauterais de joie ! Je le ferais sans hésitation. Je serais sur mon petit nuage. Découvrir la terre vue de l'espace serait une sorte de rêve éveillé. Ce n'est un loisir accessible qu'à une élite, je serais donc une privilégiée. J'apprendrais surtout que nous ne sommes qu'un grain de poussière dans l'immensité de l'espace et qu'il faut continuer à préserver notre écosystème si fragile ».

 

Les Réfractaires « écologistes » continuent de s’inquiéter de l’impact d’un tourisme de masse vers les étoiles, mais l’hypothèse de faire eux-mêmes le voyage les déstabilise, quand ceux qui se posent des questions sur leur condition physique focalisent sur les risques pour des gens non-entraînés (« Non, je n'accepterais pas d'y aller, car j'ai peur du vide et de rester enfermé plusieurs heures ; j'aurais peur de pas pouvoir revenir sur terre. Je pense aussi qu'il faut faire beaucoup d'examens médicaux pour pouvoir aller dans l'espace alors, cela ne m'intéresse pas »).

Alors qu’aujourd’hui une douzaine d’heures d’avion a remplacé trois semaines de navigation ou plus pour aller de Paris en Asie ou aux Amériques, la perspective des vols spatiaux n’est pas un sujet si farfelu. Il a largement mobilisé les participants de notre communauté ConnectLive et suscité de très nombreuses réactions ; il a montré qu’il représentait une vraie tension entre critique de son impact écologique, doute moral sur « l'éclat, trop plein de tentation, des grandeurs humaines » et désir de vivre une expérience humaine unique parce que « le seul moyen de se délivrer d'une tentation, c'est d'y céder ». Entre Bossuet et Oscar Wilde, à chacun de choisir.

 

Saga de l'été - Episode 3 : tourisme spatial, l'ultime tentation ?


Retrouvez tous les épisodes de
notre saga de l'été

Episode 1 - Oserez-vous oser ?

Episode 2 - Eté 2021 : restrictions, balades et apéros !

Episode 4 - Quelle place pour le rêve ?

Episode 5"Et si..?" ou les enchantements de l’oisiveté

Episode 6 - Embarquement pour un voyage à travers le temps


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Auteur(s)

  • Yves Bardon Directeur du programme Flair, Ipsos Knowledge Centre

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