Parité au travail : encore trop de préjugés

A l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, Ipsos en France fait le point sur l’égalité homme-femme dans le monde du travail en croisant plusieurs enquêtes, pour le Women’s Forum for the Economy & Society, le Ministère chargé de l'égalité entre les hommes et les femmes, le Forum Science – Recherche & Société, et d’autres études.

 

Premier constat, l’écart entre ce qui devrait être et ce qui se passe vraiment est très vaste.

Personne ne nie que « les femmes devraient être traitées de manière égale aux hommes dans tous les domaines en fonction de leurs compétences et non de leur sexe », 89% des interviewés étant d’accord avec cette proposition.

Pour autant, 73% considèrent qu’en réalité, l'inégalité des sexes au travail est un problème, avec une différence marquée entre les femmes et les hommes. Comme le montre l’Ipsos KnowledgePanel, l'un des plus grands panels probabilistes en ligne d'Europe, les premières sont 37% à affirmer avoir déjà souffert d’inégalités liées à leur genre au sein de leur entreprise, contre 8% des hommes, soit presque cinq fois plus. Elles sont aussi 31% à dire que « malgré des compétences égales, elles ont constaté être moins bien payés que leurs collègues masculins ».

"Tout le monde est pour ... mais pourtant ..."

 

Deuxième constat, de nombreux préjugés persistent dans l’opinion et expliquent pourquoi le chemin vers la parité est si long.

Certains relèvent de croyances aberrantes : 32% des Français croient que « le cerveau masculin est différent du cerveau féminin, ce qui explique que les hommes aient plutôt plus d’aptitudes dans les matières scientifiques, et que les femmes en aient plutôt plus dans les matières littéraires ».

D’autres sont relayés, y compris dans le monde scolaire, et détournent les filles des carrières scientifiques, par exemple 26% se sont déjà entendu dire que ces carrières « étaient réservées aux hommes », et de fait, moins d’un tiers de femmes sont représentées dans les formations d’ingénieurs.

L’ambition serait l’apanage des hommes pour 20% des Français, 58% se déclarant ambitieux, dix points de plus que les femmes. Dans le même registre, le sacrifice semble un tropisme féminin, 33% estimant qu’être « une bonne mère » implique « d’accepter de sacrifier en partie sa carrière professionnelle » et 64% qu’il est « plus difficile pour une femme que pour un homme d'avoir une belle carrière parce qu'elle doit accepter de sacrifier en partie sa vie de famille ».

"Des stéréotypes ancrés dans la réalité"Ipsos | Egalité des Sexes | Travail | Sondage

 

Ces préjugés sont suffisamment ancrés pour que 49% des femmes, en cas de promotion, se posent avant tout la question de savoir si elles en sont capables et 47% qu’elles aient « l'impression de ne pas être à la hauteur des tâches qu'exigent leur poste », contre 35% des hommes, à rapprocher des 62% d’hommes de moins de trente-cinq ans qui se disent « sûrs d’eux » vs 41% des femmes du même âge.

"Des préjugés suffisamment ancrés"

Quant au féminisme, dont on aurait pu croire qu’il était acquis en 2023 – et il est vrai que la proportion de Français qui se disent l’être a progressé depuis 2019 (+13 points à 45%)  – 23% pensent malgré tout qu’il fait plus de mal que de bien, dont 30% des hommes vs 17% des femmes.

La marche vers la parité est d’autant plus lente que le sujet est très peu abordé, 17% seulement des Français disant « avoir parlé de l’égalité femmes-hommes dans leur lieu de travail au cours de la dernière année », et 25% avoir « peur de prendre la parole pour défendre les droits des femmes à cause des conséquences possibles pour eux ».

"Parler d'égalité femmes-hommes reste tabou"

Troisième constat, légiférer est un accélérateur puissant

La Loi dite Copé-Zimmermann de janvier 2011 oblige les grandes entreprises à nommer au moins 40% de femmes au sein de leur conseil d'administration et de surveillance, et concerne maintenant les mutuelles régies par le code des Assurances ; plus de dix ans après sa promulgation, 91% des Français jugent que « c’est une bonne chose » et 66% qu’elle « peut avoir un impact pour toutes les femmes ».

Cela dit, cette loi ne concerne que 300 entreprises sur un total de 4,2 millions dans les secteurs marchands non agricoles et non financiers : c’est à toutes les autres, avec volontarisme, de continuer à mettre en place des actions de terrain pour défaire les préjugés et montrer l’exemple concrètement.

Le Plan interministériel pour l’égalité entre les femmes et les hommes 2023-2027 présenté par le gouvernement est dans cette logique, avec par exemple l’obligation pour les entreprises de plus de 1000 salariés d’avoir au moins 30 % de cadres dirigeantes en 2027 et 40 % en 2030 ou l’augmentation du nombre de femmes dans les filières d’avenir (les jurys de sélection pour l’accès à l’ensemble des formations du supérieur devront comprendre au moins 30% de femmes).

L’égalité femmes-hommes est d’autant plus nécessaire qu’elle est bonne pour les entreprises et que ses effets sont socialement bénéfiques : 78% des Français considèrent que « si les femmes avaient les mêmes opportunités que les hommes, cela aurait des conséquences positives sur la société dans son ensemble ».


Notes

Cet article repose sur les données de 4 enquêtes Ipsos :

  • "L'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes" menée pour pour le Ministère chargé de l'égalité entre les hommes et les femmes, de la diversité et de l'égalité des chances | Enquête complète
  • Baromètre Ipsos pour le Women's Forum | Enquête complète
  • Enquête "Recherche, sciences et stéréotypes" pour La Recherche et Science et Avenir | Enquête complète
  • Enquête menée auprès d'un échantillon national représentatif de la population française via le KnowledgePanel Ipsos

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