L’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes

Les inégalités professionnelles de genre ne font pas de doute aux yeux des Français qui constatent en premier lieu celles relatives aux comportements/propos sexistes, aux salaires et au harcèlement moral. Ipsos réalise cette étude pour le Ministère chargé de l’égalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l’égalité des chances.

Auteur(s)

  • Alice Tétaz Directrice d'études, Public Affairs
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L’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes est perçue comme un « vrai problème en France sur lequel il est important d’agir » pour près de 6 Français sur 10 (57% dont 64% des femmes et 50% des hommes). Derrière ce constat général, les inégalités perçues sont nombreuses et les 3 principales mises en exergue par près de 7 Français sur 10 concernent les comportements et les propos sexistes (67% estiment « que la situation des femmes au travail est moins bonne aujourd’hui que celle des hommes »), les salaires (66%) et le harcèlement moral (65%). Au-delà de ces enjeux, les questions relatives à la carrière des femmes (promotions, accès à des fonctions stratégiques de direction ou à des postes d’encadrement) et les contraintes familiales sont également sources d’inégalités pour près de 60% des Français.

  • Si l’on quitte les perceptions pour le registre du vécu, 66% des femmes déclarent avoir déjà connu au moins 1 situation professionnelle négative en raison de leur genre, et plus particulièrement une augmentation de salaire inférieur à ce qu’elles auraient mérité (36%), des remarques et propos sexistes (36%) et des remarques sur les contraintes liées à leur vie familiale (31%).

Le diagnostic dressé par les femmes est plus sévère sur l’ensemble des situations professionnelles envisagées, avec le harcèlement moral en point culminant (74% d’entre elles estiment que leur situation est moins bonne vs. 55% des hommes). C’est sur ce point et sur la problématique des évolutions de carrière que leurs perceptions s’éloignent le plus de celles des hommes (de 18 à 20 points d’écart). Ces derniers les rejoignant davantage pour souligner les inégalités en matière de salaires et de comportements sexistes (60% vs. 72% des femmes).

Des progrès sont toutefois perçus par une courte majorité de Français… mais une minorité de femmes

Un peu plus d’1 Français sur 2 estiment que la situation entre les femmes et les hommes dans le cadre du travail s’améliore depuis une dizaine d’année (54%) contre 39% estimant que les choses ne changent pas et 7% qu’elles se dégradent. Un constat positif essentiellement porté par les hommes (64%) alors que les femmes sont beaucoup plus partagées : 46% seulement d’entre elles s’accordent pour parler d’amélioration quand 46% campent sur le statu quo.

Les freins à la carrière des femmes et des hommes : un impact de la vie familiale très différemment perçu

Avec un certain consensus de genre, la vie familiale (avoir des enfants en bas âge, prendre un congé maternité/ parental) et le temps partiel apparaissent comme les principaux freins à la progression de la carrière d’une femme (opinions partagées par près de 7 à 8 Français sur 10).

Mais à situation équivalente, l’évolution professionnelle des hommes et des femmes n’est pas « menacée » de la même manière, la question des enfants cristallisant les difficultés et montrant à quel point la maternité est perçue comme un handicap pour les femmes : 77% des Français pensent en effet qu’avoir des enfants en bas âge est un frein dans leur carrière quand 31% seulement estiment que c’est le cas pour un homme (46 points d’écart). Par ailleurs, l’implication des pères dans l’éducation des enfants (congé de paternité/parental) est perçue comme un frein à leur carrière pour une minorité encore de Français (44%) tandis que le congé maternité ou parental apparait toujours comme un réel obstacle pour les femmes (71%). Dans ce contexte, c’est le fait de travailler à temps partiel qui ressort comme le principal obstacle à la carrière des hommes (59%, vs. 69% pour les femmes, 10 points d’écart).

Jugées importantes par plus de 7 Français sur 10, les inégalités salariales sont essentiellement imputées à la responsabilité des employeurs

Alors que 74% des Français (82% des femmes, 66% des hommes) jugent importants les écarts de salaires selon le genre, ils les expliquent surtout par l’attitude des employeurs qui - à compétence égale – leur proposeraient des salaires moins élevés (57%) et leur accorderaient moins de promotions (53%).

Les raisons « imputables » aux femmes sont en revanche beaucoup plus marginales aux yeux des Français pour expliquer les inégalités salariales : seuls 17% d’entre eux évoquent l’idée selon laquelle elles n’arrivent pas à se mettre en avant et à négocier comme les hommes avec leur employeur, 11% leur moindre envie d’accéder à des postes d’encadrement et de direction et 8% le fait qu’elles demandent elles-mêmes un salaire inférieur à l’embauche (8%).

  • Aujourd’hui, 51% des femmes salariées interrogées estiment être moins bien payées que leurs collègues masculins réalisant un travail similaire.  Un niveau qui atteint 67% chez les femmes cadres et 64% chez celles qui travaillent dans des entreprises de 300 salariés et +.

L’égalité salariale : une priorité d’action qui fait consensus

Largement en tête des autres sujets testés, l’égalité salariale entre les femmes et les hommes s’impose comme la priorité d’action pour plus d’1 Français sur 2 (53% sans différence de genre). Arrivent ensuite l’amélioration de l’articulation travail/ vie familiale, les comportements et propos sexistes dans le cadre du travail (respectivement 25%), l’accès des femmes à des postes d’encadrement et/ou de responsabilités (23%) et le harcèlement moral (19%). A noter que les jeunes femmes de 16 à 24 ans priorisent plus nettement les comportements et propos sexistes dans le cadre du travail (36%) alors que leurs ainées se focalisent davantage sur l’accès des femmes à des postes d’encadrement (33% des 60 ans et+).

Si près de 4 Français sur 10 estiment que la clé réside dans une prise de conscience de la société, toutes les mesures contraignantes à l’encontre des entreprises sont plébiscitées

Les Français tendent à se diviser quand il s’agit d’identifier les acteurs les plus à même de réduire les inégalités professionnelles entre les femmes et les hommes. Si 39% estiment que cela passera avant tout par une prise de conscience collective de la société, ils sont également près d’1/3 à miser sur les pouvoirs publics via la mise en place de mesures contraignantes (31%) ou sur la volonté et la détermination des dirigeants d’entreprise (30%).

S’agissant de l’action à déployer, toutes les mesures testées pour réduire les inégalités sont jugées efficaces par une nette majorité (de 85% pour la création de crèches inter-entreprises à 61% pour l’allongement et le caractère obligatoire du congé de paternité), y compris les dispositions contraignantes à l’encontre des entreprises allant des sanctions financières à l’obligation de transparence (publication d’un indice présentant les écarts de salaires ou du nom des entreprises dans lesquelles il y a des écarts) en passant par la fixation d’objectifs de recrutement plus paritaires (près de 80% d’efficacité perçue).

La loi Copé-Zimmermann : une avancée pour toutes les femmes selon les 2/3 des Français

Dans un contexte d’attente d’action pour réduire les inégalités, la loi Copé-Zimmermann prévoyant « que les conseils d’administration des grandes entreprises doivent intégrer 40% de femmes au 1er janvier 2019 » fait la quasi-unanimité (91% des Français estiment qu’il s’agit d’une bonne chose). Mais au-delà de cette perception globale, c’est surtout son impact pour toutes les femmes qui est perçu par les 2/3 des Français quand seuls 34% envisagent des conséquences uniquement sur la carrière des femmes à hautes responsabilités.


Fiche technique : enquête réalisé par Ipsos pour le Ministère chargé de l'égalité entre les hommes et les femmes, de la diversité et de l'égalité des chances du 7 au 14 janvier 2021, auprès de 2 000 personnes constituant un échantillon représentatif de la population française âgée de 16 ans et plus.

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  • Alice Tétaz Directrice d'études, Public Affairs

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