Cinq mois après l’élection d’Emmanuel Macron, le pessimisme reprend le dessus en France

En juin dernier, l’optimisme des Français avait fait un bond dans la foulée de l’élection présidentielle, mais cette séquence positive semble désormais close : moins d’un Français sur trois estime désormais que le pays va dans la bonne direction. Un sentiment qui s’ancre sans doute dans une certaine déception vis-à-vis des premiers pas de l’Exécutif, mais aussi dans le sentiment que les principaux maux du pays, au premier rang desquels le chômage, restent sans solution à court terme.

Moins d’un tiers des Français estime que le pays va dans la bonne direction

Le mois de septembre a été marqué par une remontée rapide du pessimisme, après l’embellie qui avait suivi l’élection d’Emmanuel Macron : seuls 29% des Français pensent désormais que le pays « va dans la bonne direction », en baisse de 5 points par rapport à août. Par rapport à la première vague post-présidentielle réalisée en juin, le recul est même de 11 points. Si ce chiffre de 29% reste supérieur à la moyenne des dernières années, la tendance est donc inquiétante pour l’Exécutif.

Graphique France : diriez-vous que dans votre pays, les choses vont dans la bonne ou dans la mauvaise direction?

Sans surprise, les sympathisants LREM se montrent les plus enclins à juger que la France va dans la bonne direction (81%), alors que les proches de la FI (13%) ou du FN (10%) sont considérablement plus pessimistes. Les sympathisants LR (34%) et PS (47%) sont dans un entre-deux qui est sans doute lié à leur ambivalence envers la nouvelle majorité. On relève aussi d’importantes différences sociales : les personnes disposant d’un diplôme inférieur au baccalauréat (17%) ou encore de revenus modestes (24%) sont nettement moins optimistes que ceux ayant un revenu élevé (44%) ou un diplômé du supérieur (44%).

Graphique Monde : diriez-vous que dans votre pays, les choses vont dans la bonne ou dans la mauvaise direction?

Conséquence de cette tendance à la baisse, la France se situe donc à nouveau dans le bas du classement de cette étude internationale, en 18ème place parmi les 26 pays interrogés. Parmi les pays développés, seuls les Espagnols (25%) et surtout les Italiens (15%) sont moins optimistes, avant tout du fait de la crise économique profonde qui continue de marquer ces deux pays. En revanche, nos voisins Allemands sont plus sereins dans leur avenir (37%), un facteur explicatif certain dans la reconduction d’Angela Merkel pour un 4ème mandat. De même, les Japonais (38%), les Américains et les Suédois (41%), les Australiens (43%) ou encore les Canadiens (57%) se disent nettement plus confiants que les Français sur la direction de leur pays.

Le chômage reste la première préoccupation des Français, talonné par le terrorisme

Cette remontée du pessimisme s’inscrit dans un contexte économique qui reste difficile, malgré l’annonce, au cours de ces derniers mois, de l’amélioration de plusieurs indicateurs. Ainsi, le chômage reste structurellement la première préoccupation des Français, citée par 46% d’entre eux en septembre : depuis le lancement du baromètre en mars 2010, les craintes liées à l’emploi arrivent presque systématiquement en tête. Une inquiétude qui touche l’ensemble du corps social, quel que soit le sexe, l’âge ou le milieu social des individus. Seuls les proches de la France Insoumise et du Front National ne mettent pas le chômage en tête de leurs préoccupations, remplacé respectivement par la pauvreté et les inégalités et par le terrorisme.

C’est d’ailleurs le terrorisme qui arrive en seconde position du classement, talonnant le chômage avec 45% de citations. Dans un contexte marqué plusieurs attentats d’envergure au cours des derniers mois (Barcelone, Londres, etc.), il progresse même de 9 points en septembre, soit la plus forte hausse de cette vague. Une inquiétude qui touche plus fortement les femmes (48%) et les milieux populaires (59% chez ceux qui ont un niveau de diplôme inférieur au baccalauréat), mais aussi, sans surprise, les sympathisants LR (47%) et plus encore FN (54%).

Graphique : Parmi les sujets suivants, quels sont les trois qui vous préoccupent le plus pour votre pays?

Plus en retrait, la pauvreté et les inégalités sociales sont une préoccupation majeure pour 37% des Français, et plus particulièrement pour les catégories populaires et les sympathisants FI (60%) et PS (44%). Enfin, les impôts et les taxes (27%) suivent une trajectoire descendante dans les préoccupations des Français depuis le « ras-le-bol » fiscal de 2013-2014, alors qu’au contraire, le contrôle de l’immigration a eu tendance à progresser, notamment en 2015 avec la crise des migrants. A noter enfin la légère progression des craintes vis-à-vis de l’éducation (13%, +3 points) en cette période de rentrée scolaire.

Fiche technique :
What Worries the World est une enquête réalisée tous les mois dans 26 pays grâce au panel en ligne d'Ipsos. Les pays inclus sont l'Argentine, l'Australie, la Belgique, le Brésil, le Canada, la Chine, la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Hongrie, l'Inde, Israël, l'Italie, le Japon, le Mexique, le Pérou, la Pologne, la Russie, l'Arabie Saoudite, la Serbie, l'Afrique du sud, la Corée du sud, l'Espagne, la Suède, la Turquie et les États-Unis.
Un échantillon de 21 044 personnes âgées de 18 à 64 ans au Canada, en Israël et aux États-Unis, et de 18 à 65 ans dans les autre pays a été interviewé entre le 23 Août et le 7 Septembre  2017. 1 000 personnes ont été interrogées dans chaque pays, à l'exception de l'Argentine, de la Belgique, de la Hongrie, de l'Inde, d'Israël, du Mexique, du Pérou, de la Pologne, de la Russie, de l'Arabie Saoudite, de la Corée du sud, de la Suède et de la Turquie, où l'échantillon comptait environ 500 personnes.

Auteur(s)

  • Brice Teinturier
    Brice Teinturier
    Directeur Général Délégué, Ipsos bva (@BriceTeinturier)
  • Mathieu Gallard
    Mathieu Gallard
    Directeur de clientèle, Public Affairs

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