Saga de l'Été 2025 - Épisode 7 : Une rentrée sous le signe de l’anxiété

Le pessimisme des Français atteint de nouveaux records : en août, 89% estimaient que le pays va dans la mauvaise direction (après 86% en juillet) et 91% jugent que la situation économique est mauvaise (+ 5 pts / juillet), soit le plus mauvais score depuis janvier 2015 . Dans ce contexte, quel est le bilan que les Français retiennent de leur été et, surtout, comment voient-ils la rentrée à quelques jours du vote de confiance demandé par le Premier ministre et de l’appel à « Tout bloquer » le 10 septembre ?

Un été réconfortant

Pour la majorité des participants de ConnectLive[1], la communauté on line d’Ipsos, cet été 2025 leur a permis de se ressourcer et de se déconnecter des contraintes professionnelles ou autres en se retrouvant en famille, en couple, entre amis, avec une priorité « vivre une parenthèse », « découvrir », avec « un esprit de renouveau et insouciance ». Principaux bémols, les températures très élevées et les incendies : les premières jugées « écrasantes et insupportables », « invivables la nuit », et les seconds symptomatiques du changement climatique « qui aggrave la sécheresse ». Toujours jugées « trop courtes », parfois synonymes de « travaux interminables » pour les Français qui ont des résidences secondaires, les vacances se terminent sur le sentiment que « le temps file trop vite » et qu’il « faudra mieux planifier en 2026 pour profiter au maximum ».


Une rentrée menaçante

Quant à la rentrée, elle se présente sous le signe du flou intégral, sauf pour les participants qui ont des projets personnels ou professionnels précis et décidés depuis longtemps : « déménager », « changer de poste », « quitter mon entreprise », etc. 

Sur le plan politique, ils n’attendent pas grand-chose de l’éventuelle démission de François Bayrou si l’Assemblée nationale vote contre la confiance ; ils ont le sentiment que depuis la dissolution le 9 juin 2024 et sa « crise institutionnelle », le pays vit dans un climat d’incertitudes et d’inquiétude qui se prolonge sans fin ni porte de sortie. Ils reprochent au gouvernement d’être déconnecté de la vie réelle des Français, de ne pas les écouter (« Ils s'expriment tous en notre nom mais ne nous demandent jamais notre avis »), de ne pas avoir de résultats (« les services publics sont dégradés, santé, éducation, justice, sécurité, etc. »), de « gaspiller l’argent des Français ». Les participants les plus critiques dénoncent le fait de « donner des milliards à l'Ukraine pendant qu'on nous demande des efforts » et attendent avec impatience une nouvelle dissolution ou la Présidentielle de 2027 pour « qu’ils dégagent. Tous ».

Sur le plan social, les perspectives associées au mouvement « Bloquons tout » sont contradictoires. La plupart des participants y voient le résultat assez logique d’un « ras-le-bol généralisé » qui condense « injustice sociale avec un gouvernement qui est pour les riches », « défense contre l'autoritarisme », « fatigue d'être les boucs émissaires », « étouffement des classes moyennes et populaires »

Alors que le mouvement des Gilets jaunes était né d’une cause identifiée – l'augmentation du prix des carburants automobiles suite à hausse de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques – « Bloquons Tout » semble le produit d’un mélange complexe de ressentiments, de frustrations, de « colère fiscale »,  de l’envie d’un « électrochoc politique », de « mettre la pression », d’un « grand changement de cap », de « prendre le pouvoir », de la volonté de « défendre nos acquis contre la suppression de deux jours fériés ». 

Les « en colère »

Ceux qui veulent participer concrètement au mouvement le font en invoquant leur « manque d’espoir » et leur volonté de « défendre nos acquis contre la suppression de deux jours fériés ». Ils se félicitent de son caractère protéiforme qui diversifie les possibilités d’actions : « grève classique », « confinement volontaire », « boycott de la consommation », « paiement en espèces uniquement », « manifestations et défilés », « occupation des mairies et des préfectures » etc. Pour cette « base en colère », le blocage représente « le dernier recours ».

Les « résignés »

A l’opposé, les participants qui se définissent comme « une majorité silencieuse résignée » ne croient plus aux mouvements sociaux et les trouvent « inefficaces et incapables de changer quoi que ce soit ». S’ils apprécient l’idée que « les Français fassent bloc », ils jugent qu’au mieux, ce type de mouvement « pénalise toujours les gens qui doivent travailler » ou « n’a rien à proposer » ; au pire, il dégénère avec « les casseurs qui vont en profiter comme d'habitude », « fragilise encore plus l'économie », « peut être destructeur et enfoncer le pays plus profondément ». Ils pronostiquent sa fin plus ou moins rapide : « ça va être très prise de tête au début puis ça va s'essouffler ».

Les deux profils se rejoignent sur un point majeur, le rejet de toute récupération politicienne. Ils condamnent donc Jean-Luc Mélenchon : « en s’imposant, LFI exclut toutes les personnes opposées à leurs idéaux », « c'est le peuple français qui voulait se soulever et pas des militants », « les gilets jaunes, ça marchait bien, Mélenchon est arrivé et le mouvement est mort », et estiment contre-productive sa stratégie : « je ne soutiendrai pas un mouvement soutenu par LFI ».

Novus Ordo ab chao [3] ?

En plus des craintes liées à « la violence extrême et aux débordements », les participants se retrouvent aussi sur la peur d’un « chaos généralisé » comme d’une « récession aggravant encore la situation des Français », échappant à tout contrôle politique ou provoquant en réaction l’usage de l’article XVI de la Constitution qui donne des pouvoirs exceptionnels au Président de la République[4].

Cette rentrée dans ce climat étrange, cette diversité d’insatisfactions et de revendications, ne sont pas sans évoquer le Tiers-État à la veille de 1789 (l’immense majorité de la population française qui n’appartenait ni au clergé ni à la noblesse) et sa définition par l’Abbé Sieyès : « Qu’a-t-il été jusqu’à présent dans l’ordre politique ? Rien. Que demande-t-il ? À être quelque chose[5] », comme si les Français oubliaient qu’ils vivent dans une démocratie de plein exercice…

En attendant, « action inutile » ? « Seul moyen d'expression restant » ? « Pays bloqué jusqu'en 2027 » ? 
Réponse la semaine prochaine.


Retrouvez tous les épisodes de
notre saga de l'été

Épisode 1 - Un irrésistible désir de vacances
Épisode 2 - « J’y fus » : le top de l'expérience
Épisode 3 - Partir, sans retour ?
Épisode 4 - Un été en demi-teinte
Épisode 5 - Quel serait l'animal de compagnie idéal ?
Épisode 6 - L'été, une redécouverte de soi ?
Épisode 7 - Une rentrée sous le signe de l'anxiété
 

Pour en savoir plus sur les communautés Ipsos, contactez Charbel Farhat via le formulaire en bas de page


A propos de cette étude 

[1] Ipsos What Worries The World août 2025
[2] Communauté engagée de 1 500 membres, disponible 24h/24 et représentative de la population française.
[3] Un nouvel ordre à partir du chaos ?
[4] https://www.conseil-constitutionnel.fr/la-constitution/quel-pouvoir-donne-l-article-16-de-la-constitution-au-president-de-la-republique
[5] Qu'est-ce que le Tiers-État ? (1789)

Auteur(s)

  • Yves Bardon
    Yves Bardon
    Directeur du programme Flair, Ipsos Knowledge Centre

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