Saga de l'Été 2025 - Épisode 6 : L'été, une redécouverte de soi ?

L'été est une occasion unique pour tenter de nouvelles expériences notamment en découvrant l'espace infini des océans avec les croisières, ou de se découvrir soi-même autrement avec le naturisme : les vacances sont riches de tous les possibles.

Auteur(s)
  • Yves Bardon Directeur du programme Flair, Ipsos Knowledge Centre
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Le naturisme, tentation 2025 ?

L’enquête d’Ipsos pour la Fédération Française de Naturisme réalisée en juillet 2025[1] révèle une perception ambivalente : curiosité, tabous persistants et potentielle ouverture des jeunes générations. 

Aujourd’hui, 21% des Français déclarent avoir déjà pratiqué le naturisme à la plage, 19% en pleine nature et 12% en centre de vacances dédié. Cette pratique est notamment répandue chez les 25-34 ans (37%) et les 18-24 ans (32%) alors qu’il n’est pas indifférent de noter que les réservations au Cap d’Agde[2] ont explosé avec +335 % de réservations par comparaison à 2024. 

Cet été donne-t-il envie de franchir le pas ? À en juger par les participants de ConnectLive[3], pas vraiment, mais…

S’ils comprennent que le naturisme est avant tout une philosophie de la vie et respectent ceux qui le pratiquent – comme près des ¾ des Français[4], ils ne sont pas tentés de le pratiquer et invoquent un sentiment d’inconfort et de gêne ou la simple pudeur : « Je ne pense pas que je serais à l’aise nu devant d’autres personnes ou de devoir côtoyer d’autres personnes nues autour de moi. En revanche, je trouve cela agréable de se baigner nu. J’en ai déjà fait l’expérience en étant totalement seul. La sensation dans l’eau est différente et c’est plutôt agréable. Néanmoins, en public, je préfère garder une certaine pudeur et je trouve plus hygiénique d’avoir des vêtements ».

En théorie, la plupart des participants associent le naturisme à la volonté de se libérer des conventions sociales, de ses complexes et des apparences, pour retrouver les valeurs à l’origine du mouvement au début du XXème siècle[5] : « Les naturistes se veulent près de la nature et recherchent un style de vie sain, un environnement naturel et préservé », « ça évoque également une sorte de liberté et d'égalité homme/femme, on se met à nu ». 

C’est a priori ce qui explique pourquoi certains l’ont pratiqué – « Jeune, j’en étais une inconditionnelle avec juste une petite tente, les douches et les toilettes communes. On rencontrait des gens en faisant sa vaisselle au bac commun, c’était une vie simple et pleine de surprises » – ou sont tentés de le faire : « Je pourrais faire ce genre expérience. Le retour à la nature libre de toute contrainte », sans oublier le bénéfice de bronzer sous toutes les coutures (« Faire le lézard sur la plage, oui ça j'aime beaucoup, pour ensuite avoir un teint halé qui donne bonne mine »).

Mais en pratique, le naturisme met en jeu plusieurs critères qui fonctionnent comme autant de freins :

- Déficit d’estime de soi, alors que pour 61% des Français, le naturisme permet d’accepter son corps, « Si cela plaît à certains, tant mieux pour eux. Après, si j'avais un corps que je serai fier d'exposer aux yeux des autres, pourquoi pas ? »

- Révélation de sa propre réalité physique, « Se débarrasser de ses vêtements, c’est aussi se débarrasser des masques sociaux, des statuts, des apparences. On devient simplement un corps parmi d’autres, égal, vulnérable, vivant ». La peur du jugement et du regard d’autrui alimente ici les complexes : « Je suis trop vielle pour le camping et mon corps est aussi trop vieux pour être exposé aux yeux de tout le monde ».

- Risque des pulsions, « J'ai essayé une fois et la réaction de mon corps à la vue de certaines choses m'a convaincu de ne pas recommencer car je ne me contrôlais pas ».

- Peur d’une hypersexualisation, « ça me met mal à l'aise ; les vêtements sont là pour cacher certains points. C'est de l’exhibitionnisme avec une mise en avant du sexe », dans un contexte où 50% des Français 50% expriment la crainte que le naturisme puisse entraîner des dérives : « Le naturisme intégral (je pratique le topless) ne me dérange pas tant que c'est dans un endroit prévu pour. Après ce qui me choque c'est qu'on y mette des enfants et des ados... », « Je ne suis pas fan je trouve qu'il y a toujours un côté exhibitionniste quoi qu'on en dise ».

- Effet de mode, « Je trouve ça dépassé après #MeToo de se balader nu ; l'intimité, le respect de soi c’est important ».

On notera enfin que certains participants rejettent le naturisme sauvage hors de localisations dédiées : « Le faire chez soi ou dans des lieux appropriés, OK, mais lorsqu'ils se mêlent aux touristes "textiles", c'est plus malsain » et tiennent à maintenir une frontière entre espace privé et espace public : « J’aime être nue chez moi, mais pas dehors ». 

Saga de l'été Communautés Connectlive

La croisière : un sillage blanc sur le bleu des mers 

Dans son dernier rapport, Cruise Lines International Association (le syndicat international des compagnies de croisière) se félicite du bilan de 2024 avec 34,6 millions de passagers, + 9 % par rapport à 2023 (31,7 millions) ; dans cette lancée, le CLIA pronostique une nouvelle hausse pour 2025 : 37,7 millions de croisiéristes. Ce marché est très largement dominé par la clientèle américaine qui représente 55 % du volume total (plus de 19 millions), loin devant l'Allemagne (2,5 millions, en deuxième position), le Royaume-Uni et l'Irlande (2,4, n°3). Les deux destinations-phare sont les Caraïbes (43 % du total des clients en 2024, 15 millions) et l’Europe (8,8 millions) [6].

Et les Français ? Il fallait bien qu’ils se singularisent et en effet, ils sont moins nombreux en 2024 qu’en 2023 à être monté à bord d’un paquebot, 573 000 contre 575 000. ConnectLive, la communauté on line d’Ipsos, nous aide à comprendre les motivations et les freins de nos compatriotes et donnent des leviers de communication aux professionnels.

Les participants qui ont déjà fait une croisière ou qui sont tentés valorisent le côté pratique et « tout compris » : logement, restauration, diversité des activités, spectacles, casinos, boutiques, piscines, visites de différents lieux, etc. C’est un véritable parc d’attraction flottant qui les séduit avec deux promesses, expérience sensorielle unique en son genre, dépaysement total :

« C'était fabuleux. Départ de Venise, escales à Dubrovnik, Corfou, Héraklion, Éphèse, Athènes, détroit de Corinthe et retour à Venise »
« ça me fait penser à La croisière s'amuse, avec des bateaux plus beaux majestueux les uns que les autres et des offres impressionnantes »
« On mange très bien, les buffets sont de qualité, avec beaucoup de choix, pareil pour les cocktails. Les shows sont super et le personnel est très gentil »
« Quand on voit tout ce qu’il y a à faire sur le bateau, on se dit que c’est un bon rapport qualité-prix »
« On n’a rien à faire que profiter »
Seul bémol, « le temps passé en escale, trop court et qui ne permet pas de visiter l'endroit comme on aurait voulu ».

Ceux qui se disent réfractaires expriment quatre types de critiques :

  • Le gigantisme, la promiscuité, le manque d’indépendance
    « J'aimerais bien faire une croisière, mais sur un "petit" bateau, certainement pas sur ces énormes navires de croisière, plus grands que des immeubles avec beaucoup trop de monde »
    « On se retrouve sur un immeuble flottant avec des milliers de gens, des loisirs kitch et bondés, des escales ultra-rapides ou trop encadrées ; pas assez de liberté et de calme »
  • L’impact et le surtourisme
    « Ces paquebots sont antiécologiques au possible. Pour avoir été de nombreuses fois témoin de débarquements, cette une marée humaine se déverse sur des lieux touristiques avec une pollution sonore, une dégradation de l'environnement (piétinement des lieux) et de nombreux déchets »
  • La complexité des formules et des prix
    « Les points noirs, c'est 60 € à 100 € le forfait internet, 200 € le forfait boissons et le prix exorbitant des excursions »
    « Il faut également prendre en compte le prix qui n'inclue pas les visites à terre »
  • L’image renvoyée par certains croisiéristes 
    « C'est pour les vieux. Ça me dégoutte de voir Yannick, 65 ans avec son bide à bière à l'air, dégoulinant de sueur ou Josiane, plus rouge qu'une merguez ».

À l’opposé de ces représentations, le rapport du CLIA relève trois clefs de succès sur lesquelles insister : arrivée de nouveaux clients (31 % des passagers ont effectué leur première croisière ces deux dernières années), fidélisation (89 % des croisiéristes souhaitent renouveler l’expérience), rajeunissement (avec un âge moyen de 46,7 ans en 2024 Vs. 49 ans en 2019).

La part de rêve associée à l’idée de prendre la mer, de se laisser aller à une nouvelle aventure, de découvrir l’expérience du grand large, tente aussi les réfractaires, mais dans des bâtiments à taille humaine, en voilier, avec une certaine dimension nostalgique, « comme dans une croisière sur le Nil ». C’est l’industrialisation et la surmassification des croisières avec les nouvelles générations de paquebots – plus médiatisés et qui cristallisent les critiques (taille, nombre exponentiel de passagers, impact environnemental, etc. – qui se révèlent dissuasives et font perdre de sa magie à la puissance magnétique des océans. 

Nul doute pourtant qu’ils se reconnaissent dans cette citation d’Olivier de Kersauson : « Il y a des artistes qui peignent des tableaux : moi, je peins un sillage blanc sur le bleu des mers ».


Retrouvez tous les épisodes de
notre saga de l'été

Épisode 1 - Un irrésistible désir de vacances
Épisode 2 - « J’y fus » : le top de l'expérience
Épisode 3 - Partir, sans retour ?
Épisode 4 - Un été en demi-teinte
Épisode 5 - Quel serait l'animal de compagnie idéal ?
Épisode 6 - L'été, une redécouverte de soi ?

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A propos de cette étude 

[1] Interrogées via la plateforme Ipsos.digital, et constituant un échantillon national représentatif de la population française âgée de 18 à 75 ans
[2] Premier camping naturiste de France créé en 1954.
[3] Une communauté on line d’Ipsos avec 1 500 membres, disponible 24h/24 et représentative de la population française.
[4] 70% considèrent qu’il s’agit d’une philosophie de vie dans l’Enquête Ipsos pour la Fédération française de naturisme.
[5] https://fr.wikipedia.org/wiki/Chronologie_du_naturisme
[6] Vacances d'été : les projets des Français entre contraintes et désirs
[7] https://cruising.org/resources/2024-global-source-passenger-market-report

Auteur(s)
  • Yves Bardon Directeur du programme Flair, Ipsos Knowledge Centre

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