Régionales 2015 : Bilan du premier tour

Les élections régionales confirment après les départementales le nouveau tripartisme français, avec trois blocs oscillant autour de 30%, situation compliquant nombre de triangulaires dans les régions.

UNE ABSTENTION IDENTIQUE À CELLE DES ÉLECTIONS DÉPARTEMENTALES ; PEU DE PARTICIPATION DIFFÉRENTIELLE

L’abstention au premier tour s’établit à 50,09%, un niveau équivalent à celui des Départementales de mars 2015. Elle est inférieure à celle du premier tour des régionales 2010 (53,7%) mais nettement supérieure à celle enregistrée au premier tour des régionales 2004 (39,2%). L’abstention a été la plus faible dans les deux régions où le FN réalise ses meilleurs scores, en Nord-Pas de Calais-Picardie (45,2%, -10 points par rapport aux Régionales 2010) et en PACA (48,1%, -7,5 points).

À la différence des dernières élections Municipales et Européennes, on ne relève pas de différentiel de participation marqué dans ce premier tour : 57% des sympathisants de droite, 56% de ceux du FN et 55% de ceux du PS se sont rendus aux urnes dans ce premier tour. Il y a eu une légère remobilisation de l’électorat de gauche dans les dernières semaines de campagne, à la suite des attentats de Paris.

UN SCORE HISTORIQUE POUR LE FN

Le FN obtient nationalement 27,73% des suffrages, soit son meilleur score jamais réalisé à une élection en France. Il franchit la barre des six millions de voix et progresse par rapport aux Européennes 2014 (24,9%) et aux Départementales 2015 (25,3%). Il enregistre un gain électoral de plus de 15 points par rapport aux Régionales 2010.

Il arrive en tête du premier tour dans six régions (Nord-Pas-de-Calais/Picardie, PACA, ACAL, Centre-Val de Loire, Bourgogne/Franche Comté, Languedoc-Roussillon/Midi Pyrénées), et quasiment à égalité (250 voix d’écart) avec la droite en Normandie. Pour la première fois à une élection régionale, il sera présent partout au second tour.

Le FN réalise des scores encore nettement supérieurs à sa moyenne nationale chez les 18-24 ans, (35%), les ouvriers (43%), les employés (36%) et les personnes à bas niveau d’études (36% chez les individus ayant un niveau inférieur au bac). Avec 35% des suffrages chez les indépendants et agriculteurs, il conteste la suprématie traditionnelle de la droite (36%) sur cette catégorie. S’il confirme donc son ancrage et son statut de première force au sein des classes populaires, il touche aussi une part grandissante des catégories moyennes et supérieures : 17% des cadres et 23% des diplômés « bac+2 », un record au sein de ces catégories.

Enfin, le FN a clairement mordu lors de cette élection sur l’électorat de droite : un cinquième des électeurs de Nicolas Sarkozy de 2012 se sont exprimés en sa faveur dans les urnes.

LA DROITE PRISE EN TENAILLE

Les listes d’union de la droite recueillent 26,9% des voix, le total droite s’établissant à 31,3% avec les « divers droite ». Ce niveau est identique à celui du premier tour des élections de 2010, ce qui dit l’échec de la droite. Les régionales de 2010 s’étaient en effet tenus au plus fort de « l’antisarkozysme », se soldant par un vote sanction contre la majorité de l’époque. Les listes de droite arrivent en tête du premier tour en Ile de France, Auvergne-Rhône Alpes, Pays de la Loire et Normandie. La droite est en recul par rapport au premier tour des Départementales (36,6%). Elle subit un effet de tenaille post-attentat dans ce premier tour, entre une dynamique FN qui grignote son électorat et un PS qui résiste un peu mieux que prévu, grâce à une légère remobilisation de ses électeurs. En conséquence, elle est en situation moins favorable que ce que le rapport de  force politique issu des Départementales et les enquêtes d’opinion ante-attentats, laissaient présager dans des régions comme le Centre Val de Loire ou la Normandie.

Le PS arrive troisième avec un score de 23,4%. Les partis à sa gauche (qu’il est difficile d’isoler dans le rapport de force national au vu de configurations d’alliances variables dans les régions) totalisent 12,2% pour un total gauche à 35,2%, en recul très net de 15 points par rapport à 2010, mais identique à celui des Départementales. L’extrême gauche obtient 1,5%. Les listes PS arrivent en tête en Bretagne, en Corse et en Aquitaine-Limousin, Poitou-Charentes. Le PS paraît assuré de conserver la Bretagne, Aquitaine-Poitou-Charentes-Limousin et se trouve en ballotage favorable en Midi-Pyrénées/Languedoc-Roussillon.  Son retrait du second tour lui a en revanche déjà fait perdre PACA, Nord-Pas-de-Calais/Picardie et sans doute ACAL.

En conclusion, les élections régionales confirment après les départementales le nouveau tripartisme français, avec trois blocs oscillant autour de 30%, situation compliquant nombre de triangulaires dans les régions.

 

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