Enquête électorale française - Vague 11 : à deux mois du scrutin, le match est loin d’être plié

L’enquête électorale française du Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF), réalisée par Ipsos / Sopra Steria en partenariat avec Le Monde, est sans précédent. Jusqu’en juin 2017, elle interrogera une fois par mois un échantillon d’environ 16 000 personnes inscrites sur les listes électorales sur leurs intentions de vote à l’élection présidentielle du printemps 2017 et aux législatives qui suivront ainsi que sur de très nombreuses thématiques politiques, économiques et sociétales. 

Propos recueillis par Le Monde :

La marche triomphale de François Fillon à l’issue de la primaire vers la victoire présidentielle a été brutalement interrompue par les révélations de la presse sur les emplois de son épouse et de ses enfants et leur niveau de rémunération. La 11ème vague de la grande enquête électorale du CEVIPOF réalisée par Ipsos / Sopra Steria permet d’en analyser les raisons.

L'impact sur les intentions de vote

Elle impacte tout d’abord fortement les intentions de vote : 18,5% aujourd’hui, soit une perte de 6,5 points en un mois.
Ce qui frappe, c’est d’abord que cette baisse est homogène dans pratiquement toutes les catégories de la population : -7 chez les moins de 35 ans mais -6 aussi chez les plus de 65 ans. -6 chez les cadres supérieurs, -6 chez les professions intermédiaires, -7 chez les employés, -5 chez les ouvriers – où l’on touche le fond à 11%. -6 dans le rural mais également -7 dans les grandes agglomérations. -7 chez les catholiques pratiquants réguliers et -7 chez les non pratiquants.
C’est le signe d’une secousse très forte dans toute la société et pas simplement à droite.

Malgré tout, la chute est encore plus accentuée là où François Fillon était au plus haut : -9 chez les indépendants, -8 chez les foyers gagnant entre 3500 et 6000 euros et surtout, -13 chez les sympathisants LR, -11 chez ceux de l’UDI et -10 chez les électeurs de N. Sarkozy de 2012.

La déception est patente, avouée par 44% des sympathisants LR et 47% des UDI, la thèse du complot ou d’une affaire politique pour discréditer F. Fillon et l’empêcher d’être candidat étant réfutée par un sympathisant de droite sur deux.

Un potentiel électoral faible

Autre indice négatif pour le candidat LR, son potentiel électoral reste faible, à peine supérieur à celui des intentions de vote : 19% seulement de l’électorat déclare qu’il y a de fortes chances qu’il vote pour lui (note de 7 à 10), contre 28% pour Emmanuel Macron, qui dispose donc de réserves plus importantes. La raison en est simple : notre panel, qui ré-interroge les mêmes électeurs, permet d’identifier les changeurs. Or, c’est bien Emmanuel Macron qui aspire des électeurs de François Fillon, beaucoup plus que Marine Le Pen : sur les 4 points de perte de François Fillon dus à des transferts de vote entre candidats, 2,5 points sont captés par le leader d’En Marche, 0,5% par la dirigeante du FN. Chez les seuls sympathisants LR, le phénomène est plus clair encore : sur les 11 points de perte dus à des transferts vers d’autres candidats, 6 vont vers E. Macron, 2,5 vers M. Le Pen.

L’image de François Fillon abîmée mais qui résiste 

Enfin, en terme d’image, l’affaire est venue percuter avec une rare intensité ce qui faisait le socle de l’image personnelle de François Fillon : 76% des Français considèrent maintenant qu’il n’est pas honnête (note de 0 à 3 sur cet item), 51% des sympathisants UDI et 43% des LR ; 69% qu’il ne comprend pas bien les problèmes des gens, 41% des UDI et 31% des LR.

Peut-on pour autant considérer que cette affaire rend définitivement impossible la qualification au second tour de François Fillon et sa victoire finale ? Non, et pas seulement parce qu’il reste près de deux mois de campagne électorale pleine d’inconnues.

En effet, si l’image personnelle de F. Fillon a été considérablement abimée, son image politique résiste : 28% des Français considèrent qu’il a vraiment l’étoffe d’un Président (note de 7 à 10). C’est 7 points de plus qu’Emmanuel Macron et que Marine Le Pen. Et dans son camp, cette conviction reste très majoritairement ancrée : 58% chez les sympathisants UDI et 65% chez les LR. De même, sa détermination à changer les choses a certes été entamée mais elle reste relativement élevée, notamment à droite.

Le deuxième point à prendre en compte est la persistance d’un socle électoral qui, pour l’heure, reste au-dessus de 18%. Malgré les fuites d’une partie des électeurs LR et surtout UDI vers E. Macron, c’est encore 63% des premiers et 44% des seconds qui, 3 semaines après le début de cette affaire, déclarent avoir toujours l’intention de voter pour le vainqueur de la primaire. Cette résistance montre qu’il y a bien un électorat de droite décidé à voter coute que coute pour le candidat LR tant il souhaite une alternance de droite après un quinquennat de gauche.

Le troisième élément est que sur les 6,5 points de baisse des intentions de vote de François Fillon, 2,5 sont dus à des effet de démobilisation de son électorat, non à des effets de transferts vers un autre candidat. Ces électeurs de François Fillon, aujourd’hui moins décidés à aller voter à la présidentielle, peuvent donc demain se remobiliser.

Enfin, notre enquête montre aussi qu’une candidature de François Bayrou affaiblirait davantage Macron que Fillon. Avec 6% d’intentions de vote, F. Bayrou permet à F. Fillon de réduire l’écart avec E. Macron à 2,5 points plutôt que 4,5. Tout simplement parce que 42% des électeurs de François Bayrou choisissent, s’il n’est pas candidat, le leader d’En Marche et 11% seulement Fillon.

François Fillon est donc considérablement affaibli dans l’opinion et Emmanuel Macron, à 2 mois du scrutin, a pris l’avantage. Mais le match est loin d’être plié.


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Auteur(s)

  • Brice Teinturier
    Brice Teinturier
    Directeur Général Délégué, Ipsos bva (@BriceTeinturier)
  • Federico Vacas
    Federico Vacas
    Directeur de département - Public Affairs

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