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Souveraineté énergétique : l'Europe face au défi de l'indépendance

Face à la hausse continue des prix et à la multiplication des crises géopolitiques, la dépendance de l'Europe aux énergies fossiles est devenue une préoccupation majeure pour les citoyens. Une vaste enquête européenne Ipsos bva, réalisée pour la Fondation Jean-Jaurès et la Fondation pour l'Innovation Politique, révèle que trois Européens sur quatre jugent cette situation insatisfaisante. Entre impact direct sur le pouvoir d'achat, déception face aux mesures gouvernementales et craintes de nouvelles pénuries, une majorité de répondants plébiscite désormais l'électrification comme levier d'indépendance énergétique.

Les chiffres clés de l'enquête

▶ 74 % des Européens se déclarent insatisfaits de la dépendance actuelle de l'Europe vis-à-vis d'autres pays pour son approvisionnement énergétique.

▶ 67 % estiment que les dispositifs déployés par leurs gouvernements n'ont pas été efficaces pour protéger leur pouvoir d'achat face à la crise.

▶ 92 % des citoyens interrogés sont convaincus que de nouvelles crises liées à l'approvisionnement en pétrole et en gaz se reproduiront à l'avenir.

▶ 63 % soutiennent l'idée d'un remplacement progressif des énergies fossiles par des solutions électriques d'ici les 10 prochaines années.

▶ 58 % se montrent favorables à une obligation de rénovation énergétique pour les propriétaires de logements mal isolés (mesure la plus acceptée devant l'interdiction des chaudières à gaz ou la fin des véhicules thermiques).

 

Indépendance énergétique : des attentes fortes chez les Européens

L’indépendance énergétique de l’Europe apparaît comme un enjeu énergétique important (42% des citations au global), en deuxième position derrière la maîtrise des prix de l’énergie pour les consommateurs (51%). Cette attente s'inscrit dans un contexte où l'Europe est majoritairement perçue comme dépendante d'autres pays pour son approvisionnement énergétique (62%). 

Cette situation est largement jugée insatisfaisante par trois Européens sur quatre (74%). Les critiques sont particulièrement marquées en Italie, où le niveau d'insatisfaction est le plus élevé par rapport aux autres pays interrogés (86%). Si l'indépendance énergétique est jugée importante, c'est d'abord parce qu'elle est associée à la sécurité d'approvisionnement (67% au global des citations) et à la stabilité des prix de l'énergie (64%). Les Néerlandais apparaissent particulièrement sensibles à ces questions d'approvisionnement (78%) et de stabilité des prix (71%). 

Depuis le début de la guerre en Ukraine, les Européens portent par ailleurs un regard plutôt réprobateur sur les réponses apportées par l'Union européenne pour réduire sa dépendance au gaz russe. Plus d'un tiers estime qu'aucune issue satisfaisante n'a été trouvée (36%) et un quart que les solutions mises en oeuvre ont été mauvaises (25%). 

Crise énergétique : des conséquences directes sur le budget des ménages

L'augmentation des prix de l'énergie depuis la guerre au Moyen-Orient fin février 2026 est une réalité largement partagée. Les hausses sont avant tout associées à l'essence, dont le prix est considéré en augmentation par 88% des Européens, mais également à l'électricité (78%) et au gaz (72%). Ces perceptions sont particulièrement fortes en France, en Italie et en Roumanie. 

Ces évolutions ont conduit certains ménages à arbitrer leurs dépenses, notamment les voyages et vacances ainsi que les loisirs (29% chacun), devant l'usage de la voiture (24%). Dans plusieurs pays, notamment en Roumanie et en France, ces arbitrages apparaissent particulièrement marqués. 

Dans ce contexte, les mesures mises en oeuvre au niveau national par les gouvernements pour limiter les conséquences de la crise pétrolière sont jugées insuffisantes. Deux tiers des Européens estiment que les dispositifs déployés n'ont pas été efficaces pour protéger leur pouvoir d'achat (67%). Plus d’un tiers des Européens considèrent également que les pouvoirs publics auraient dû accorder davantage d’aides (36%).

Malgré la hausse observée des prix de l'électricité, celle-ci conserve une image relativement favorable. En effet, 46% des Européens estiment que le prix de l’électricité va rester plus stable que celui du gaz et du pétrole dans les années à venir. Par ailleurs, plus des trois quarts des répondants considèrent que le coût de l'électricité constitue un facteur important d'attractivité économique pour les entreprises (77%). 

Électrification des usages : un consensus sur le principe, mais des mesures restrictives qui divisent sur le logement et la mobilité

La perspective de nouvelles crises liées au pétrole et au gaz fait consensus : plus de neuf Européens sur dix considèrent que ces crises se reproduiront à l'avenir (92%). 

Dans ce contexte, une majorité de citoyens européens privilégient l'abandon progressif du pétrole et du gaz au profit de solutions électriques (57%). Cette orientation s'accompagne d'un regard critique sur l'action publique : une majorité de répondants considèrent que les pouvoirs publics n’engagent pas les réformes nécessaires pour réduire la dépendance aux pays exportateurs d'énergies fossiles (57%). Ce jugement est particulièrement sévère en Italie (70%). 

L'idée d'un remplacement progressif des énergies fossiles par l'électricité dans les 10 prochaines années bénéficie d'un soutien majoritaire (63%). L'adhésion est particulièrement forte en Italie (72%) tandis qu'elle apparaît plus limitée en Pologne (50%). 

Parmi les mesures testées visant à réduire la dépendance aux énergies fossiles, l'obligation de rénovation énergétique pour les propriétaires des logements mal isolés recueille l’adhésion d’un peu plus d’un Européen sur deux (58%), suivie de l'interdiction progressive des chaudières à gaz accompagnée d'aides à l'installation de pompes à chaleur (54%). La disparition des véhicules thermiques suscite davantage de réserves (46% d’opinions favorables). 

Les bénéfices économiques associés aux solutions électriques sont toutefois encore partiellement identifiés. Seuls 41% des Européens considèrent que les utilisateurs de véhicules électriques sont mieux protégés contre les hausses des prix de l'énergie. La perception est légèrement plus favorable pour les détenteurs de pompes à chaleur, tout en restant minoritaire (45%).


À propos de cette enquête

Enquête Ipsos bva pour la Fondation Jean Jaurès et la Fondation pour l'Innovation Politique menée du 29 juin au 6 juillet 2026 auprès de 8 000 personnes interrogées dans 8 pays (Allemagne, Espagne, France, Italie, Pays-bas, Pologne, Roumanie et Suède). Dans chaque pays, l'enquête a été menée auprès d'un échantillon de 1000 répondants, représentatif de la population âgée de 18 ans et plus. Méthodologie complète disponible dans le rapport d'étude.

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