Départementales 2015, Comprendre le vote des Français

Sociologie des électorats, profil des abstentionnistes, motivations et déterminants du vote : comprendre le vote des Français avec notre sondage Ipsos/ Sopra Steria réalisé la veille du vote.  

49,4% : une abstention élevée et plus forte à gauche qu’à droite

Les abstentionnistes ont une nouvelle fois été nombreux, même si le record des Cantonales de 2011 (55,7%) n’est pas battu. Leur profil sociologique reste classique : l’abstention concerne en premier lieu les plus jeunes (64% des moins de 35 ans n’ont pas voté), les ouvriers (64% également), les moins diplômés (53% d’abstention en dessous de bac+2) et les bas revenus (55% au sein des foyers dont le niveau de revenu annuel brut est inférieur à 30 000€). Les plus de 60 ans (64%), les retraités (62%) et les cadres supérieurs et professions intellectuelles (55%) sont les catégories sociales qui se sont le plus mobilisées.

Politiquement, il y a bien eu ce dimanche une participation différentielle en faveur de la droite qui explique son succès. On trouve ainsi un taux d’abstentionnistes sensiblement plus élevé chez les électeurs de François Hollande au premier tour (51%) que chez les électeurs de Nicolas Sarkozy (44%) et de Marine Le Pen (42%). Par rapport au second tour de la Présidentielle, 50% des électeurs de François Hollande ont voté aux Départementales, soit un écart de 9 points avec l’électorat de Nicolas Sarkozy (59%).

Sociologie des électorats

La sociologie de l’électorat FN reste similaire à celle constatée lors des dernières Européennes. Le FN réussit ainsi à capter 42% du vote ouvrier, 34% du vote des employés et près de 30% des électeurs peu diplômés ou plus modestes (revenu annuel brut du foyer inférieur à 30 000€). Même s’il y demeure nettement moins ancré, le FN commence à réaliser des scores non négligeables chez les cadres (15%) et les professions intermédiaires (16%).

L’électorat frontiste demeure particulièrement fidèle. Quand ils se sont déplacés pour les Départementales, les électeurs qui avaient choisi le FN aux dernières Européennes ou qui s’étaient prononcés pour Marine Le Pen à la Présidentielle 2012 ont massivement confirmé leur choix ce dimanche, dans 80% des cas.

Comparativement, la perte est plus forte à gauche et surtout au PS, avec « seulement » 69% des électeurs de François Hollande au premier tour de la Présidentielle 2012 qui ont confirmé un vote PS cette fois-ci (54% si on prend comme référence les électeurs de François Hollande au second tour). Les binômes socialistes ou soutenus par la majorité obtiennent les meilleurs scores au sein des professions intermédiaires (31%) et des plus diplômés (30% chez les bac+3 ou plus).

Sans surprise, les binômes soutenus par l’UMP et l’UDI ont enregistré nationalement leurs meilleurs scores chez les électeurs de plus de 60 ans (40%), les cadres supérieurs (42%) et les plus aisés (40% au sein des foyers dont le revenu annuel brut est supérieur à 50 000€).

Les motivations du vote

Le nouveau mode de scrutin (augmentation de la taille des cantons, fin du renouvellement partiel), le flou sur les prérogatives des futures assemblées départementales, et le sentiment pour plus de 40% des Français que les partis n’ont pas vraiment fait campagne ont indubitablement favorisé la nationalisation du vote. Les électeurs ont presque autant tenu compte de la situation nationale (47%) que de la situation locale (53%) au moment de désigner leurs nouveaux Conseillers départementaux.

On le lisait déjà en creux dans la participation différentielle en faveur de la droite mais c’est encore plus net dans les questions de motivations : un électeur sur deux (49%) a souhaité exprimer par son vote son opposition à François Hollande. Le vote « sanction » s’est renforcé ces derniers mois, puisqu’on n’était qu’à 34% sur cette question aux Municipales ou aux Européennes de 2014. Avant même le second tour, 70% des Français (et 20% des sympathisants socialistes) souhaitent que le PS sorte affaibli de ces Départementales, un score nettement supérieur à ce que l’on mesure pour l’UMP (59%) ou le FN (56%).

En marge du vote sanction, on retrouve la fiscalité au cœur des enjeux de ces élections. Parmi les thèmes « qui ont compté le plus au moment de faire son choix », « les impôts et les taxes » occupent la première position (43% de citations sur l’ensemble des votants, 56% dans l’électorat de droite). « Le chômage » (33% de citations) et « l’immigration » (27% de citations au total mais jusqu’à 66% dans l’électorat frontiste) arrivent ensuite. La gauche se démarque par sa préoccupation supérieure à la moyenne pour les questions d’éducation (premier déterminant du vote pour l’électorat PS avec 42% de citations) et « d’exclusion et de pauvreté » (item n°1 dans l’électorat Front de Gauche, 45%). Deux mois à peine après les tueries du 11 janvier, « la menace terroriste » n’est en revanche citée que par 12% des électeurs. 82% des Français interrogés par Ipsos les 16 et 17 mars indiquaient par ailleurs « que la façon dont François Hollande a géré la situation lors des attaques terroristes du mois de janvier ne changerait rien à leur choix de vote ».

Le FN réalise un score « historique » mais ne progresse pas par rapport aux Européennes

5% aux cantonales 2008, 15% aux cantonales 2011, 18% à la Présidentielle 2012, 25% aux Européennes 2014,  24,5% aujourd’hui. Le FN réalise son meilleur score à une élection locale depuis sa création mais n’enregistre pas de renforcement de sa dynamique. Stable à un haut niveau, le vote FN semble se muer de plus en plus d’un vote protestataire en un vote d’adhésion. La moitié de l’électorat frontiste a ainsi tenu par son vote à « manifester son soutien aux idées du Front National ». Et même chez ceux qui ont avant tout souhaité « manifester leur mécontentement », la plupart (79%) « adhèrent à la majorité des idées du FN ».

Plus largement, la « dédiabolisation » du FN est maintenant avérée, particulièrement dans l’électorat de droite. En cas de duel gauche / FN au second tour, les deux-tiers de l’électorat UMP-UDI souhaitent que le candidat de droite éliminé ne donne pas de consigne de vote ou appelle à voter blanc, et un quart qu’il appelle à voter FN pour faire barrage au candidat de gauche. L’électorat socialiste est le seul qui reste majoritairement favorable au front républicain, avec 63% qui souhaitent qu’un candidat de gauche éliminé appelle à voter à droite pour faire barrage au FN. Mais sur l’ensemble des Français et dans tous les autres électorats, le « ni-ni » est devenu majoritaire.

Près d’un Français sur deux (45%) considèrent d’ailleurs que ce serait une bonne chose que le FN obtienne des sièges dans leur département (55% d’avis contraire). Et si la perspective de voir le FN diriger son propre département est considérée comme « une mauvaise chose » par deux Français sur trois, on n’est plus dans le rejet épidermique. L’item le plus fort « une très mauvaise chose » n’est choisi que par 46% des personnes interrogées, 22% pensent que ce serait « plutôt une mauvaise chose », quand un Français sur trois (32%, 26% dans l’électorat UMP) sont d’un avis contraire, et pensent que ce serait « plutôt une bonne chose ».

Les reports de voix premier -> second tour

Les matrices de reports de voix en vue du second tour des Départementales confirment le reflux du front républicain et la porosité entre les électorats UMP et FN. Si la gauche se qualifiait face au FN et que la droite était éliminée, les électeurs UMP-UDI ne seraient ainsi que 26% à choisir de voter à gauche pour faire barrage au FN, contre 30% qui voteraient FN et 44% qui s’abstiendraient. Le front républicain subsiste tout de même à gauche, puisqu’en cas de duel Droite / FN au second tour, 55% des électeurs PS/PRG/DVG choisiraient de voter à droite pour faire barrage au FN, mais tout de même 42% préfèreraient s’abstenir (3% voteraient FN). Enfin en cas de duel gauche/droite au second tour, les électeurs frontistes seraient partagés entre l’abstention (49%) et le soutien au binôme de droite (41%). A noter dans cette configuration d’imparfaits reports de voix des électeurs du Front de Gauche, près d’un sur trois préférant s’abstenir plutôt que de voter au second tour pour le binôme de gauche.

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