Intentions de vote Législatives Ipsos/Logica Business Consulting

La troisième vague du baromètre d'intentions de vote au 1er tour des élections législatives 2012, réalisée par Ipsos / Logica Business Consulting pour France Télévisions, Radio France et Le Monde, confirme un rapport de force favorable à la Gauche, qui devrait obtenir la majorité à l'Assemblée Nationale. A 44,5% d'intentions de vote, la modélisation en sièges la place dans une fourchette de 292 à 346 députés (majorité à 289), contre 231 à 285 pour la Droite. Le Front de Gauche dépasserait facilement la barre des 15 élus pour obtenir un groupe, mais ce pourrait être plus difficile pour Europe Ecologie- Les Verts, aujourd'hui dans une fourchette de 12 à 16 sièges. Si les choses en restaient là, le PS ne serait pas majoritaire à lui seul (fourchette de 243 à 285 sièges) mais il s'en rapprocherait, notamment avec l'appui des élus PRG (12 à 15 sièges), voire MRC (2 à 4). Malgré une intention de vote législatives élevée à 15,5%, le Front National pourrait quant à lui ne pas obtenir de députés (entre 0 et 3 sièges dans notre projection, comme le Modem). A noter enfin qu'on s'attend à une participation faible dimanche, peut-être inférieure à 60% : le record d'abstention du 1er tour des Législatives 2007 (39,6%) pourrait être battu.

Brice Teinturier, directeur général délégué d'Ipsos, répond aux questions d'Olivier Biffaud pour le site d'information de France Télévisions.

1/ Au fil des sondages, l'équilibre entre les principales forces politiques a peu évolué. La campagne législative, courte et moins médiatisée que celle de l'élection présidentielle, n'aurait-elle servi à rien ?

La campagne des législatives est moins puissante que lors de la présidentielle parce qu’elle ne s’incarne pas dans des figures visibles et en nombre limité comme c’était le cas avec Nicolas Sarkozy, François Hollande, Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, François Bayrou, etc. Elle est donc plus difficile à suivre pour les Français et moins intéressante. Le fait que l’UMP n’ait pas fait de meeting nationaux et le retrait de Nicolas Sarkozy ajoutent une atonie supplémentaire : l’ancien Président de la République cristallisait à la fois du rejet et de l’adhésion mais dans les 2 cas, c’était un facteur de mobilisation. Son absence crée aussi une panne de leadership clair à droite, certes provisoire, mais qui ne favorise pas la mobilisation. Enfin, les législatives sont des élections hybrides : nationales dans leurs effets et leur finalité – désigner une majorité au Parlement – mais fondamentalement locales : il s’agit de 577 élections, non d’une élection. La campagne s’opère donc de façon plus souterraine - ce qui ne veut pas dire qu’elle n’existe pas.
Dans un tel contexte, les rapports de force politiques évoluent effectivement peu : le bloc constitué par la gauche parlementaire (44,5%) s’est légèrement tassé par rapport au début de la semaine tout en restant à l’avantage de la gauche (l’UMP et ses alliés se situent autours de 35%) et en étant un peu supérieur à ce qu’il était au soir du 1er tour de la présidentielle ; le Front national remonte légèrement et pourrait atteindre un niveau historique pour des législatives (15,5%). On est donc dans un modèle classique d’élections législatives qui suivent une présidentielle, favorisant le camp qui a gagné sans que pour autant l’on puisse parler à ce stade de dynamique forte.
Il faut d’autant plus le répéter que l’abstention est une inconnue fondamentale et qu’elle peut jouer un rôle perturbateur majeur : 64% des Français pensent en effet que la gauche va l’emporter. C’est considérable et cela peut donner le sentiment à un électeur de gauche comme de droite que l’utilité marginale de son vote est faible. Toute la question est alors de savoir si l’abstention peut être différente selon les camps politiques et en avantager l’un plutôt que l’autre. L’effet de déformation de ce que nous mesurons aujourd’hui peut alors être important.

2/ Comment pouvez-vous déduire une projection en sièges dans les 577 circonscriptions à partir de pourcentages nationaux d'intentions de vote ?

C’est toute la difficulté de l’exercice et il faut en être conscient, car tout modèle a ses limites. Mais cela permet d’évaluer les conséquences globales, en termes de répartition des sièges pour les grandes formations politiques, d’un rapport de forces politiques mesuré dans une enquête. Concrètement, la modélisation se fait à partir de l’historique électoral de chaque circonscription (reconstitué après le redécoupage quand cela est nécessaire), de la configuration des candidatures dans chaque circonscription et de données de sondages (intentions de vote 1er tour et matrice de reports 1er/second tout). Sont également intégrées des hypothèses sur la participation et une identification du nombre de circonscriptions incertaines, c'est-à-dire qui se jouent à 52/48 ou moins. Or, elles sont nombreuses, un peu plus d’une centaine. La modélisation indique alors une fourchette haute ou basse de sièges pour chaque formation politique. Mais attention : elle est très sensible aux effets d’1 point de plus ou de moins pour telle ou telle force ainsi qu’à ceux de l’abstention. Très vite, 15 à 20 sièges peuvent ainsi riper d’un camp à l’autre. Par ailleurs, rappelons qu’entre le 1er et le second tour, il y a une campagne et qu’elle peut là aussi faire évoluer les choses. La modélisation a donc ses limites. Son intérêt est cependant de rendre visible la traduction possible et opérationnelle en sièges d’un rapport de forces national en voix.

3/ Une participation oscillant entre 57% et 60% diminue mécaniquement le nombre des triangulaires au second tour. Quelle est la fourchette de ces triangulaires incluant un candidat du Front national ?

Les choses ne sont pas aussi mécaniques que cela. Certes, comme il faut obtenir 12,5% des inscrits, si l’abstention est de 40%, ce seuil signifie que pour pouvoir se maintenir, il faut obtenir plus de 21% des suffrages exprimés. Par conséquent, plus l’abstention est élevée et plus ce seuil progresse. Mais si dans le même temps le niveau du Front national monte, le nombre de circonscriptions dans lequel il peut se maintenir monte également et peut compenser l’effet d’une progression de l’abstention. En début de semaine, nos modèles indiquaient environ 65 circonscriptions dans lesquelles le FN pouvait se maintenir, dont 49 triangulaires. Dans notre dernière enquête, l’abstention progresse…mais le FN aussi. Résultat : on serait plutôt autour de 90 circonscriptions, dont une 60ène de triangulaires. C’est donc la combinaison de ces différentes variables qui fabriquera dimanche soir le nombre exact de circonscriptions avec présence du FN.


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