L’allocution d'Emmanuel Macron le 12 Juillet a renforcé les positions à l’égard de la vaccination.

Lancée le 9 Juillet 2021, la communauté Connect Live rassemble 1 500 participants venus exprimer et partager leurs points de vue. Suite à l'allocution du Président de la République, elle permet de définir les trois catégories de profils qui se sont exprimées et ainsi suivre l'évolution de leur état d'esprit avant et après le 12 Juillet.

Les Légitimistes, qui revendiquent souvent d’être parmi les premiers à s’être fait vacciner et ne font preuve d’aucune tolérance à l’égard de ceux qui hésitent et retardent l’immunité collective. Pour eux, parce que « la liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres », les non-vaccinés sont entièrement responsables, voire coupables, de leur choix et doivent se soumettre, voire être soumis, à l’intérêt général.

Les Compréhensifs, souvent vaccinés eux-mêmes pour ne pas être atteints par des pathologies graves ou ne pas container un entourage vulnérable, distinguent deux populations de non-vaccinés. Ils expliquent la première, majoritaire, par la peur d’un vaccin produit très vite, avec peu de recul et peu d’informations sur ses effets à moyen et long terme, alors qu’on ne sait pas si tous les tests ont été réalisés ou s’ils sont toujours en cours, etc. Pour les Compréhensifs, il faut être plus pédagogue pour rassurer cette population qui préfère le statu quo pour la convaincre que la vaccination n’a que des effets positifs tout en respectant sa liberté : « Je ne suis pas pour la vaccination obligatoire car il faut laisser aux personnes la conscience et leur libre choix de le faire ou pas ». Ils décodent dans la seconde, minoritaire, les revendications sur la liberté comme l’alibi d’un égoïsme antisocial et des référents plus ou moins complotistes. Concernant cette population viscéralement hostile au vaccin, comme à toute Autorité, les Compréhensifs rejoignent les Légitimistes et ne voient que l’obligation pour en venir à bout.

 

Les Réfractaires se divisent en deux catégories, en écho aux points de vue des Compréhensifs.

Les Inquiets, les plus nombreux, qui ne veulent pas de cette vaccination anti covid-19 faute de recul et de transparence : « Je suis pour l’obligation vaccinale pour des vaccins qui ont subi toute la phase de test requise, ce qui n’est pas le cas des vaccins contre le Covid. En se documentant un petit peu, on peut savoir que tous ces vaccins sont en phase de test. Je ne dis pas que je ne le ferai pas mais j’attends qu’on ait plus de recul. Les gens ont un peu vite oublié tous les scandales sanitaires passés, comme le sang contaminé et l’affaire du Mediator. Ce n’est pas tout de suite que les scandales, sont sortis mais des années plus tard ».

Les Rebelles, pour qui la vaccination est une opération camouflant la mise sous tutelle de la population : « les essais cliniques ne sont pas terminés et les gens sont des cobayes. Si cela est accepté par la population, la dictature mondiale imposée par le contexte de la crise sanitaire aura réussi ces objectifs et cela m'effraie ». Après l’allocution, les Inquiets ne sont pas plus motivés car ils n’y ont pas trouvé la pédagogie qu’ils auraient espéré mais une stratégie de culpabilisation : « Je refuse que l'on m'inocule un produit toujours en cours de test, un produit pour lequel les Laboratoires sont d'ores et déjà déclinés de toutes responsabilités futures (voir les travaux de Michèle Rivasi au Parlement Européen via le site Reinfo Covid notamment. Je refuse que l'on décide quels sont mes "devoirs" citoyens et quels sont les lieux auxquels je peux avoir accès. Je suis jeune, en excellente santé, et je tiens à le rester. Les Rebelles y sont encore plus opposés parce qu’ils y ont entendu la stigmatisation des non-vaccinés : « Je suis contre une vaccination obligatoire et ce que j'ai écouté ce soir me révolte. Alors, c’est une société à deux vitesses, où certains seraient écartés du monde car ils ont des doutes et des questions légitimes ? Malheureusement, et bien que j’aie beaucoup de contacts dans l'univers de la restauration, des concerts et du monde sportif, il est hors de question que je renie mes valeurs et me fasse vacciner pour pouvoir aller au restaurant, aller en concert, etc. Il en va de la liberté de choix, de la liberté à disposer de son corps et de notre libre-arbitre ».

Inquiets et Rebelles se sont donc retrouvés dans la rue le 17 juillet, certains Inquiets ayant entretemps rejoint le camp des Rebelles, pour faire entendre leurs attentes principales : plus de pédagogie pour les uns, moins de restrictions pour les autres.

 

Les Compréhensifs ont tendance à le rester parce qu’ils ne voient pas plus d’explications en mesure d’apaiser les craintes des Inquiets alors que Légitimistes se félicitent d’un discours d’autorité qui met les non-vaccinés face à leurs responsabilités et leurs contradictions : « Je suis favorable au passeport vaccinal, à la vaccination obligatoire, aux sanctions, aux amendes, à tout ce qui peut permettre de se faire vacciner. Il faut que l'immense majorité de la population terrestre le soit afin d'éviter des mutations du coronavirus de plus en plus létales et pas simplement contagieuses comme le variant delta, parce que la population mondiale, ses brassages, et les échanges sont beaucoup plus nombreux. A un moment, il faut être responsable ! Et c 'est quoi ce pays où, pour un bon tiers de la population, ça ne va jamais ? On n’est pas content de nos gouvernants, mais on ne vote pas, on veut travailler mais par notre comportement on tue l'économie progressivement.

 

Une question reste en suspens, notamment chez les Compréhensifs, les Inquiets et les Rebelles : la responsabilité civile ou pénale. Contre qui se tourner en dernier recours ? « Je suis contre les obligations mais, pour éviter d'avoir à gérer les vaccinés et non vaccinés, autant rendre la vaccination obligatoire et il n'y aura plus de question à se poser. En revanche il faut que l'Etat soit entièrement responsable et dédommage de tous les problèmes rencontrés après la vaccination ».

Auteur(s)

  • Yves Bardon
    Yves Bardon
    Directeur du programme Flair, Ipsos Knowledge Centre

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