Panel Electoral France 2012 – Vague 2 : quels changements d'intentions de vote et pourquoi ?

Cette enquête constitue la deuxième vague du « Panel Electoral France 2012 » réalisé par Ipsos et son partenaire Logica Business Consulting pour le CEVIPOF, La Fondapol, La Fondation Jean Jaurès et Le Monde.

Voir l'analyse vidéo de Brice Teinturier

L’originalité du dispositif est qu’il est réalisé auprès d’individus qui se sont engagés à répondre tout au long de la période qui va de novembre 2011 au second tour de l’élection présidentielle. On peut donc identifier, d’une vague à l’autre, les personnes qui changent dans leurs intentions de vote et reconstituer leurs trajectoires. Des entretiens qualitatifs auprès de certains de ces changeurs permettent aussi de mieux comprendre les raisons de leurs changements.

Cette seconde enquête a été réalisée auprès de 5415 électeurs, interrogés du 30 novembre au 5 décembre.

I. La mécanique des flux : principaux enseignements

Derrière la baisse de 3 points de François Hollande se joue en réalité des flux et des mouvements beaucoup plus complexes et variés que la simple juxtaposition de deux sondages ne le laisserait penser.

En effet, et c’est le 1er enseignement, les changeurs sont de deux types : ceux qui changent de candidats et ceux qui, indépendamment du candidat qu’ils choisissent, évoluent en terme de niveau de mobilisation. Ces derniers peuvent ainsi soit se mobiliser davantage, en se déclarant aujourd’hui certains d’aller voter alors qu’ils ne l’étaient pas auparavant, soit se démobiliser en faisant le chemin inverse.

Dans le cas de la baisse de 3 points de François Hollande, ce dispositif permet de comprendre qu’elle est pour 2 points due à des transferts de vote et pour 1 point à des effets de moindre mobilisation.

Les évolutions liées à des transferts de vote : - 2 points

Là aussi, les transferts de vote sont la résultante de flux en réalité complexes derrière lesquels se dissimulent des gains et des pertes.

Ainsi, en réalité, François Hollande a capté 3% d’électeurs qui tout en se déclarant certains d’aller voter le mois dernier, redisent qu’ils sont toujours aussi certains d’aller voter mais vont cette fois-ci vers lui et quittent …

  • Jean-Luc Mélenchon : 0,5%
  • Eva Joly : 0,5%
  • François Bayrou : 0,5%
  • Marine Le Pen : 0,5%
  • Autres candidats : 1%

Parallèlement, il a perdu 5% d’électeurs au profit de …

  • Jean-Luc Mélenchon : 1,5%
  • François Bayrou : 1%
  • Eva Joly : 0,5%
  • Nicolas Sarkozy : 0,5%
  • Marine Le Pen : 0,5%
  • Autres candidats : 1%

Ce double mouvement de gains et de pertes induit donc un solde négatif de - 2 points pour François Hollande, qui se répartissent, si l’on fait la somme des gains et des pertes, en :

  • Jean-Luc Mélenchon : - 1%
  • François Bayrou : - 0,5%
  • Nicolas Sarkozy : - 0,5%

Les évolutions liées aux niveaux de mobilisation : - 1 point

Enfin, l’analyse des flux fait également apparaître que 2% d’électeurs de plus se déclarent tout à fait certain d’aller voter et indiquent François Hollande comme leur candidat mais que 3% font le chemin inverse.

II. Les raisons de la baisse de François Hollande

L’analyse des évolutions d’image tant auprès des Français que des changeurs, apporte un éclairage complémentaire intéressant. En effet, sur des dimensions d’image comme le dynamisme ou la stature présidentielle, François Hollande perd 4 points. En crédibilité comparée face à Nicolas Sarkozy et sur des dimensions régaliennes, il perd aussi 3 à 4 points. Chez les changeurs en revanche, le niveau d’appréciation est beaucoup plus positif – ce qui est logique puisque cette population est à l’origine très favorable à François Hollande - mais les évolutions à la baisse sont beaucoup plus fortes (de 14 à 15 points environ). Ces personnes, qui représentent une très faible part de l’électorat, ont donc été davantage sensibles, sur un mode critique, à des enjeux régaliens et de leadership. C’est cette faiblesse du candidat Hollande qui semble avoir principalement joué dans leurs transferts vers d’autres candidats ou une moindre mobilisation.

Pour conclure et à ce stade, cette baisse de François Hollande apparaît comme une alerte davantage que comme un mouvement de fond. Elle est en effet relativement modérée et l’on mesure que les électeurs les plus susceptibles de revenir vers lui sont sans doute ceux qui relèvent d’une logique de moindre mobilisation et non de transferts de candidats. Or, ils pèsent pour un tiers de la baisse. Les 2 autres tiers constituent un signal plus important, même si les transferts vers d’autres candidats sont (encore ?) faibles et surtout, pluriels, avec à chaque fois un système de gains et de pertes. Ils traduisent malgré tout un enjeu important, celui de la capacité à incarner et rassembler des électeurs de toute la gauche et du centre, ce qui jusqu’à maintenant, a fait la force de ce candidat

Nicolas Sarkozy, inversement, progresse davantage en mobilisation qu’en transferts à son profit. Sa remontée tient d’abord à sa capacité à mieux mobiliser des électeurs qui n’étaient pas certains d’aller voter davantage qu’à opérer des transferts de voix au détriment d’autres candidats. Mais c’est souvent la première étape dans une reconquête électorale et ce peut donc être l’amorce d’un mouvement à venir, qu’il faudra confirmer ou infirmer.

Auteur(s)

  • Brice Teinturier
    Brice Teinturier
    Directeur Général Délégué, Ipsos bva (@BriceTeinturier)

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