IA au travail : derrière l’adoption massive, des usages fantômes et des managers en première ligne
La deuxième édition de l'Observatoire Greenworking x Ipsos bva sur les impacts de l'IA sur l'expérience collaborateur, réalisée auprès de 1 100 salariés et 474 managers, met en lumière une nouvelle étape de la transformation IA : celle du passage à l'échelle. Alors que les usages se diffusent rapidement dans les organisations, les managers deviennent les acteurs clés de cette transformation. Ils doivent désormais accompagner la montée en compétences des équipes, réduire les écarts d'appropriation, sécuriser les usages et préserver la qualité du travail, souvent sans disposer de tous les repères nécessaires.
Trois enseignements majeurs :
- les usages de l'IA progressent plus vite que leur intégration dans les organisations ;
- l'IA accélère davantage le travail qu'elle ne l'allège ;
- enfin, à mesure que les salariés se familiarisent avec ces outils, l'impact de l'IA sur l'évolution des métiers, des compétences et du travail devient plus concret.
Les chiffres clés à retenir
▶ 75 % des salariés constatent un gain de rapidité dans leurs tâches
▶ 71 % voient ce temps immédiatement réabsorbé par des nouvelles tâches
▶ 73 % utilisent déjà l'IA au travail (+10 points), 55 % ont un usage régulier ou quotidien (+13)
▶ 45 % des entreprises l'ont officiellement déployée (+9)
▶ 74 % pensent qu'une partie de leurs tâches pourra être réalisée par l'IA d'ici cinq ans (=)
▶ 35 % citent la disparition d'emplois ou de métiers comme principal risque associé à l'IA (-3)
▶ 53 % des managers mesurent un impact sur leur rôle de manager
▶ 62 % estiment que l’IA renforce les écarts entre collaborateurs
▶ 50 % estiment avoir les moyens d’accompagner ses équipes
« Le risque avec l’IA générative est de confondre adoption et passage à l’échelle : oui, les salariés développent de nouveaux usages et perçoivent des gains de productivité. Mais l’IA crée aussi une dette managériale : vérification des sources, exigence de qualité des livrables rehaussée, risque d’expertise de surface, temps libéré mais réabsorbé, écarts d’appropriation entre salariés, frustrations voire craintes à gérer. 53 % des managers déclarent que l’IA impacte leur rôle et 51 % estiment que son accompagnement accroît leur charge de travail. L’enjeu est d’éviter que les managers deviennent le « service après-vente » de l’IA et de leur donner les moyens d’organiser durablement cette transformation. »
Thibaut Coiffier, Directeur associé de Greenworking
Une adoption massive, portée par les usages
L'IA générative est désormais installée dans le quotidien professionnel des Français : 73 % l'utilisent au travail (+10 points en un an) et 55 % en font un usage régulier ou quotidien. Si les entreprises accélèrent également le déploiement de solutions d'IA (45 %, soit +9 points), les usages progressent encore plus vite que les dispositifs d'accompagnement.
Des usages encore concentrés sur l'assistance au quotidien
Malgré cette adoption rapide, les salariés utilisent principalement l'IA pour rédiger ou corriger des textes (53 %), rechercher de l'information (47 %), traduire (43 %) ou synthétiser des contenus (43 %). Les usages les plus avancés restent limités : seuls 18 % ont déjà utilisé un agent IA dans un cadre professionnel. L'enjeu n'est plus l'adoption des outils mais la montée en maturité des usages.
Des « usages fantômes » qui persistent
L'appropriation rapide de l'IA s'accompagne d'un défi de gouvernance : seuls 37 % des utilisateurs déclarent utiliser systématiquement des outils homologués par leur entreprise. Ce faisant, plus de six utilisateurs sur dix recourent ainsi, au moins occasionnellement, à des solutions en dehors du cadre défini par leur organisation. Et, nombreux le font sans en informer leurs managers ou… clients.
« Les usages fantômes ne traduisent pas un rejet des règles. Ils révèlent surtout que les usages progressent plus vite que les cadres proposés par les organisations. L'enjeu n'est pas seulement de contrôler, mais de proposer des outils, des cas d'usage et un accompagnement suffisamment pertinent pour que les collaborateurs aient envie d'y adhérer. »
Florentin Seux, directeur et expert des enjeux IA chez Greenworking
Le grand paradoxe de la productivité
Les bénéfices de l’IA générative sont tangibles : 75 % des utilisateurs déclarent gagner du temps et 70 % estiment produire des contenus de meilleure qualité. Pourtant, pour 71 %, le temps gagné est immédiatement réabsorbé par de nouvelles missions et 57 % déclarent devoir consacrer davantage de temps à la vérification des résultats. L'IA accélère le travail davantage qu'elle ne l'allège.
Une transformation qui nourrit autant l'adhésion que l'inquiétude
À mesure qu'ils se familiarisent avec l'IA, les salariés prennent conscience de son potentiel de transformation : 74 % estiment qu'au moins une partie de leurs tâches pourra être réalisée avec l'aide de l'IA dans les cinq prochaines années, dont 43 % la majorité des tâches (+8 points), tandis que 35 % citent la disparition d'emplois ou de métiers comme principal risque et 36 % jugent possible que leur emploi n'existe plus dans dix ans.
« L'un des enseignements les plus marquants de l’étude Greenworking x Ipsos bva est que l'adhésion et l'inquiétude progressent souvent de pair. Les salariés perçoivent très concrètement les bénéfices de l'IA dans leur quotidien, mais ils comprennent aussi qu'elle va transformer en profondeur certaines compétences et certains métiers.
Le véritable enjeu pour les entreprises est donc d'accompagner cette transition plutôt que de la subir. D’autant plus que plus l’appropriation de l’IA forte, plus l’inquiétude se précise… »
Florentin Seux, directeur et expert des enjeux IA chez Greenworking
Cette deuxième édition confirme que l'intelligence artificielle générative est désormais entrée dans une nouvelle phase : celle de son intégration durable dans les organisations. Gouvernance des usages, montée en compétences, transformation des pratiques managériales, évolution des métiers et accompagnement des collectifs deviennent les véritables leviers de création de valeur.
« L’IA générative ne peut plus être abordée seulement comme un sujet d’innovation ou de productivité. Elle devient un sujet d’organisation du travail : elle transforme la manière de produire, de coopérer, de décider, de manager et de développer les compétences. Pour les dirigeants, le défi est désormais de l’inscrire dans une transformation collective, lisible et soutenable, au service des priorités de l’entreprise, plutôt que comme une finalité en soi. »
Clément Roucher, directeur exécutif de Greenworking
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À propos de Greenworking
Cabinet de conseil, organisme de formation et institut d'études, Greenworking accompagne depuis plus de 15 ans les organisations dans leurs transformations culturelles, managériales et organisationnelles. Partenaire reconnu auprès de plus de 65 % des entreprises du CAC 40, le cabinet dispose de 5 expertises intégrées : QVCT, engagement, diversité et inclusion, stratégie sociale, transformation culturelle, modes de travail (notamment workplace), leadership & management, et IA générative. Le cabinet intervient notamment sur les questions d'acculturation, d'adoption et d'expérience collaborateur à l'ère de l'IA.
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Membre du groupe européen House of HR, acteur européen de premier plan dans les services RH, Greenworking est présent dans 12 pays.
À propos de cette enquête
Enquête Greenworking x Ipsos bva réalisée du 12 au 25 mai 2026 auprès d'un échantillon représentatif de 1 100 salariés du secteur privé hors ouvriers, âgés de 18 ans et plus, dont 474 managers.