Fuite des cerveaux : pourquoi les talents quittent-ils la France ?
La propension à une expatriation durable s’amplifie en cours de carrière
15 % des ingénieurs en activité, soit 150 000 personnes, travaillaient à l’étranger fin 2024, contre 13 % en 2023 et moins de 12 % en 2022 (source IESF). Si le taux d’expatriation des jeunes diplômés reste stable (de l’ordre de 9 %), c’est en cours de carrière que les talents partent chercher les opportunités qu’ils ne trouvent pas ou plus en France. C’est ainsi un double investissement qui est réalisé au bénéfice d’entreprises concurrentes sur les marchés internationaux, puisqu’à l’effort de formation supérieure initiale s’ajoute celui des entreprises françaises formatrices lors de l’insertion professionnelle de ces jeunes diplômés.
Les talents étrangers formés en France partent davantage que les Français (près de 27 %) : la France finance des formations dont d’autres pays récoltent les fruits.
Un coût pour les finances publiques désormais consolidé : près de 2 Md€ par promotion expatriée sur la seule base des frais pris en charge par les pouvoirs publics au titre des formations dispensées par l’enseignement supérieur. Le chiffrage 2026, élargi aux masters et aux doctorants, double ainsi l’estimation réalisée en 2025 sur le seul périmètre des jeunes diplômés issus d’écoles d’ingénieurs et de commerce.
Si les talents envisagent majoritairement lors de leur départ une expatriation courte, les retours qualitatifs suggèrent une réalité toute autre : les expatriés le restent souvent bien plus longtemps que prévu (une consultation menée auprès de 5 000 expatriés en 2020 révélait un séjour effectif moyen de 20 ans, pour 7 ans envisagés au départ)
Dans la compétition mondiale des cerveaux, la France perd des parts de marché
Le sujet n’est plus seulement leur « fuite » : les cerveaux circulent et les pays se les disputent. 7,3 millions d’étudiants étaient en 2023 en mobilité diplômante dans le monde (+17 % en 5 ans.
Dans cette compétition, la France recule : 8ᵉ pays d’accueil des étudiants internationaux, notre pays a perdu deux places en cinq ans.
La France retient moins bien ses talents que ses concurrents : 33 % des étudiants internationaux sont encore en France 5 ans après leur arrivée, contre 52 % chez les champions de la rétention que sont le Canada ou l’Allemagne (OCDE). Un taux toutefois en progression (moins de 30 % sur les cohortes précédentes).
Les talents ont pleinement intégré cette mondialisation : 75 % y voient une opportunité (+4 points). Leurs destinations se recentrent sur l’Europe (72 %, +4 points) et le Canada, au détriment des États-Unis et de la Chine, ce qui devrait permettre à notre pays de mieux tirer son épingle du jeu.
Redresser la barre : l’attractivité économique, clé de la bataille des talents
Les talents (ingénieurs, docteurs, managers) ne rejettent pas notre pays puisque seuls 13 % de ceux qui envisagent de partir le feraient parce qu’ils « ne veulent plus vivre en France ».
En revanche, ils aspirent à ce que leurs compétences soient mieux valorisées. Parmi les raisons qui les feraient rester, les leviers économiques sont ainsi de plus en plus prégnants : hausse des revenus nets (43 %, +7 points vs 2025), meilleures perspectives de carrière (37 %, +6 points), baisse de la fiscalité (32 %).
Alors que 56 % des talents craignent l’impact de l’IA sur leur emploi et que 44 % jugent la France en retard dans son adoption, les candidats sérieux à l’expatriation sont plus d’un sur deux (56 %) à considérer que l’IA s’impose comme un nouveau facteur d’attractivité et qu’elle leur ouvre professionnellement des possibilités certaines.
La France conserve de vrais atouts, qualité de la formation, équilibre de vie, protection sociale, pleinement reconnus par les talents eux-mêmes, mais elle peine à rivaliser sur le plan des rémunérations, illustrant le décrochage de notre pays en termes de richesse produite par habitant. Devenue un pays relativement pauvre dans le club des pays riches, elle ne pourra reprendre pied dans la compétition mondiale des cerveaux qu’en créant davantage de richesses.
À propos de la Fédération Syntec
La Fédération Syntec est la principale organisation professionnelle de la branche des bureaux d’études techniques, cabinets d’ingénieurs-conseils et sociétés de conseils. Elle regroupe plus de 150 000 entreprises en France, dont 81% de PME/TPE, représentant 1,4 million de salariés et enregistre la création en moyenne de 50 000 emplois nets par an. La Fédération couvre cinq grands secteurs représentant près de 8% du PIB français : numérique, ingénierie, conseil, événementiel et formation professionnelle.
À propos de cette enquête
Enquête Ipsos bva - Syntec menée auprès de 1 001 talents résidant en France (Bac+5 et plus, dont 801 actifs cadres supérieurs et 200 étudiants), croisée avec les données publiques disponibles (IESF, CGE, MESR-SIES, OCDE, UNESCO / Campus France).