La seconde main, un marché difficilement accessible pour ceux qui en ont le plus besoin
La précarité financière : un obstacle à l’équipement des foyers
Dans un contexte de hausse persistante du coût de la vie, le taux d'équipement des travailleurs pauvres reste comparable à celui du reste de la population : ils ont un frigo, un lave-linge, une télévision. Le problème surgit au moment où l'appareil tombe en panne : selon l'enquête Ipsos bva menée auprès de 1 000 travailleurs en situation de précarité ou de pauvreté, quatre travailleurs pauvres sur 10 expriment aujourd'hui un besoin de remplacement de leurs équipements.
Pour les familles monoparentales, ce chiffre dépasse cinq sur 10. Or réparer ou remplacer n'est pas une option évidente : 71 % des travailleurs pauvres ont déjà rencontré des difficultés financières pour réparer ou racheter un appareil. Ce taux monte à 82 % parmi les familles monoparentales vivant sous le seuil de pauvreté. Faute de marge de manœuvre, 85 % des travailleurs pauvres déclarent acheter moins cher car ils n'ont pas le choix : la question du prix n'est pas une préférence, c'est une contrainte.
Personnes isolées et familles monoparentales : des profils sous pression
L'enquête identifie deux profils de grande vulnérabilité matérielle. Les personnes vivant seules sous le seuil de pauvreté sont les moins bien équipées : 18 % n'ont pas de four (contre 7 % en moyenne), 19 % n'ont pas de lave-linge (contre 11 %). Cet isolement matériel se double d'une dépendance aux dons de l'entourage : 23 % obtiennent leur gros électroménager via leurs proches, soit près du double de la moyenne.
Les familles monoparentales font quant à elles face à une pression financière intense : 55 % expriment un besoin de remplacement d'équipement, 51 % sont souvent confrontées à l'impossibilité de réparer leurs appareils. 65 % achètent en seconde main, avant tout par nécessité.
La seconde main : un réflexe économique installé et partagé, même si des freins persistent
Au global, 89 % des travailleurs pauvres ont déjà acheté des produits de seconde main, dont 63 % au cours des 12 derniers mois, motivés avant tout par la possibilité de faire des bonnes affaires (63 %). Les achats concernent avant tout des vêtements (77 %) et du petit ou gros électroménager (60 %).
La seconde main répond avant tout à une nécessité économique (56 %), en particulier pour les familles monoparentales (65 %) plus qu’à une volonté d’achat en accord avec les valeurs (35 %). L'argument écologique n'est pas absent pour autant : 31 % des travailleurs pauvres se disent prêts à privilégier la seconde main pour réduire leur impact environnemental.
Des freins demeurent : 11 % des travailleurs pauvres n'ont jamais acheté en seconde main, et cette proportion monte à 19 % parmi les personnes seules sous le seuil de pauvreté, le profil le plus éloigné de ces pratiques. Les craintes exprimées relèvent de l’état des produits achetés (46 %), de l’absence de SAV (36 %) ou des questions d’hygiène (33 %).
Le paradoxe de la seconde main : un marché éloigné des plus précaires
La seconde main progresse partout en France : 89 % des travailleurs pauvres interrogés en ont déjà acheté, dont 63 % au cours des 12 derniers mois. Mais ce chiffre encourageant cache un angle mort : les foyers qui en auraient le plus besoin restent aussi les plus éloignés de ce marché. 11 % des travailleurs pauvres n'ont ainsi jamais acheté d'occasion, une proportion qui monte à 19 % chez les personnes seules sous le seuil de pauvreté. Ce profil le plus en difficulté est donc paradoxalement le moins converti à la seconde main.
Cet écart ne doit rien au hasard : le marché de la seconde main s'est structuré autour des plateformes digitales captant l'essentiel des gisements de produits et des ventes, et qui sont davantage plébiscitées par des acheteurs déjà à l'aise avec les usages numériques que par les publics les plus précaires. Les lieux physiques restent minoritaires dans les habitudes d'achat, alors qu'ils sont souvent l'entrée la plus accessible pour des personnes en difficulté financière ou isolées. Autrement dit, la seconde main a gagné en popularité sans pour autant devenir plus inclusive.
« La précarité ne se mesure pas seulement au niveau d’équipement des foyers mais aussi à leur capacité à faire face aux imprévus. Les travailleurs pauvres disposent généralement des équipements mais, lorsque ceux-ci tombent en panne, le coût de la réparation ou du remplacement devient un facteur de vulnérabilité supplémentaire. Bien qu’installée dans les habitudes, la seconde main ne bénéficié pas de manière égale à tous les publics. Les freins ne sont d’ailleurs pas uniquement financiers : ils tiennent aussi à l’accès aux canaux de vente, à la confiance dans les produits et à la capacité à mobiliser les ressources nécessaires pour acheter d’occasion ». Diane Lamotte, cheffe de groupe Ipsos bva.
Crédit, seconde main, consommation énergétique : les trois stratégies d’achat
Fortement contraints par les courses alimentaires, principal poste de dépense, les travailleurs pauvres surveillent étroitement leur budget : 85% déclarent devoir y faire attention. Tous les postes de dépenses sont soumis à une surveillance. Face à ces contraintes, les travailleurs pauvres développent des stratégies d'achat précises et rationnelles.
Le crédit tout d’abord : près d’un travailleur pauvre sur deux déclare acheter de l’équipement électroménager à crédit, un quart le fait même souvent, voire toujours. Les couples avec enfants sous le seuil de pauvreté sont les plus concernés (29% le font toujours ou souvent).
La seconde main ensuite : plus de la moitié des travailleurs pauvres ont déjà acheté l’un de leurs appareils électroménagers ou électroniques en occasion. Une pratique plus courante chez les moins de 35 ans (65% contre 55% parmi l’ensemble).
La consommation énergétique, enfin : alors que les dépenses énergétiques pour chauffer le foyer constitue le troisième poste de dépense pour les travailleurs pauvres, 95% des travailleurs pauvres déclarent acheter de l’électroménager au meilleur rapport prix/consommation énergétique.
À propos de Nouvelle Fabrique
Nouvelle Fabrique est un réseau d’associations et d’entreprises d’insertion engagées dans l’économie circulaire.
Leurs activités s’articulent autour de deux axes principaux : la vente d’objets de seconde main dans des boutiques chaleureuses et accessibles, véritables alternatives à la surconsommation ; et la collecte, le tri et la caractérisation de déchets (mobilier, DEEE, textiles, matériaux…) en vue de leur réemploi ou de leur réutilisation.
Les Nouvelles Fabriques sont des associations et entreprises d’insertion du Groupe SOS.
À propos de l'enquête
Enquête Ipsos bva pour Nouvelle Fabrique menée du 13 au 23 février 2026 auprès de 1000 travailleurs en situation de précarité et/ou de pauvreté âgés de 18 à 67 ans, constituant un échantillon représentatif de cette population.
Pour être retenues dans notre échantillon, les personnes interrogées devaient répondre à un critère de précarité ou de pauvreté au moins, parmi les suivants : travailler en CDD, en mission d’intérim, en contrat d’apprentissage, en temps partiel subi et/ou vivre sous le seuil de pauvreté.