Europe : les 3/4 des agriculteurs français insatisfaits de la PAC 2020

Les agriculteurs français s’expriment en grande majorité en faveur d’un retour au protectionnisme européen : 64% d’entre eux sont favorables à une taxation plus forte des produits agricoles hors UE. Le dispositif qui leur est dédié, la Politique Agricole Commune (PAC) peine à convaincre ses bénéficiaires, 73% la jugeant insatisfaisante. Si les agriculteurs sont en phase avec les grands principes de la PAC, ils dénoncent toutefois le fonctionnement du système, et mettent en particulier en cause l’équité de la distribution des aides. Le volet consacré à la modernisation des exploitations et au développement de l’agriculture biologique n’est pas jugé comme étant principalement du ressort de la PAC par les agriculteurs, qui veulent une politique concentrée sur la protection et pérennisation du marché français, et l’aide au revenu et à l’installation.

Chiffres clés et enseignements de l’étude :

• La majorité des agriculteurs français est insatisfait de la PAC actuelle (73%)
• La répartition des aides reste le premier motif d’insatisfaction (87%) :
• 77% sont insatisfaits du montant des aides ;
• 79% sont insatisfaits des conditions d’obtention des aides ;
• 79% sont insatisfaits des orientations de la PAC.
• Les plus critiques à l’égard de la PAC sont les agriculteurs plus âgés (79% des plus de 45 ans) et les responsables de grandes exploitations (75%)
• Les agriculteurs souhaitent en grande majorité un retour au protectionnisme européen : 64% d’entre eux s’estiment ainsi favorables à une taxation plus forte des produits agricoles hors UE

 

La PAC actuelle échoue à séduire ses bénéficiaires

Que pensent les agriculteurs français de la PAC actuelle ? Moins d’un tiers des agriculteurs interrogés (27%) s’en estime satisfait. Pour la grande majorité d’entre eux (73%) la PAC ne répond pas à leurs attentes. Les premiers bénéficiaires de la PAC sont ceux qui s’estiment les plus satisfaits, à savoir les jeunes agriculteurs (69% d’insatisfaits chez les moins de 45 ans) et les polyculteurs-éleveurs (67% d’insatisfaits). A l’inverse, les plus mécontents sont les agriculteurs plus âgés (79% chez les plus de 45 ans) et les responsables de grandes cultures (82%).

Le premier point de crispation est l’équité dans la distribution des aides : la grande majorité des agriculteurs français (87%) se déclare en effet insatisfait par leur répartition. En second motif d’insatisfaction, les agriculteurs français désignent les orientations favorisées par le dispositif (79%), ex-aequo avec les conditions d’attribution des aides et le système global de soutien par ces aides (78%). Le montant des aides attribué est également un motif d’insatisfaction important (77%), dépendant de la taille de l’exploitation.

Ainsi, si le montant des aides est largement critiqué : par plus de trois agriculteurs sur 4 (77%), les agriculteurs responsables de grandes cultures s’avèrent être les plus critiques (90% de mécontents). Un point de vue partagé mais de manière moins affirmée par les petites exploitations (polyculteurs-éleveurs), puisqu’ils sont 67% à se plaindre de ce système d’aides.

Quelle satisfaction pour la PAC 2020 ?
Quelle satisfaction pour la PAC 2020 ?

 

Garantir le revenu : l’objectif numéro 1 de la PAC pour les agriculteurs

Quelles orientations doit suivre la PAC selon les agriculteurs français ? Son objectif, partagé par l’ensemble des agriculteurs interrogés, doit être de pérenniser avant tout l’agriculture française en garantissant le revenu des agriculteurs (73%), notamment contre la concurrence internationale (51%). Ce dernier point est particulièrement saillant dans les cultures et exploitations de grandes tailles (63%). Les petites exploitations, quant à elles, souhaitent surtout préserver un modèle de production qui permette leur pérennisation (à 54%, contre 23% des grandes exploitations).

« Les petites exploitations cherchent à conserver leur activité, tandis que les grosses exploitations souhaitent se protéger de la compétitivité croissante de l’international », décrypte Laurent Depouilly, Directeur général d’Ipsos Lyon, et expert des sujets agriculture. « La sécurisation du revenu des agriculteurs reste un enjeu primordial pour les grandes exploitations mais de moindre importance pour les petites exploitations », ajoute-t-il.

La qualité des productions constitue le 3e axe de priorité, surtout dans les exploitations de grande taille (30%), après la sécurisation du revenu (81%) et la protection contre la concurrence internationale (63%).

Protéger les plus fragiles : l’enjeu de la PAC 2021-2017

Quelles mesures concrètes mettre en place pour la PAC 2021-2017 ? Pour les agriculteurs français, il faut avant tout protéger les populations agricoles les plus fragiles. Ainsi, le contrôle du marché agricole européen pour éviter une concurrence déloyale entre les pays de l’UE est un point clé pour 65% des agriculteurs.

Les agriculteurs souhaitent ainsi en grande majorité un retour au protectionnisme européen : 64% d’entre eux sont ainsi favorables à une taxation plus forte des produits agricoles hors UE. L’aide à l’installation des jeunes agriculteurs (44%) et des agriculteurs en « zones difficiles » (41%), ainsi que l’apport d’aides spécifiques à certaines populations (i.e les éleveurs, à 38%) viennent finaliser le TOP 5 des mesures concrètes attendues par la PAC.

Les attentes des agriculteurs vis-à-vis de la PAC 2021-2027 concernant le développement de nouvelles formes d’agriculture sont loin derrière les enjeux économiques : le financement de la recherche agricole (25%), le renforcement de mesures agro-environnementales (22%) ou la production bio (21%).

« Le soutien à la modernisation de l’exploitation, le développement rural ou le développement de l’agriculture biologique… Autant de mesures moins attendues par les agriculteurs. Ceux-ci veulent avant tout une PAC plus juste revenant à ses premières préoccupations : protection des marchés agricoles et aide au revenu des agriculteurs », conclut Laurent Depouilly.

Fiche technique: enquête Ipsos Agriculture menée du 19 avril au 9 mai 2019 auprès d'un échantillon de 324 agriculteurs.

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