Européennes : Bayrou et Pasqua profitent du retrait de Séguin
La liste RPR-DL souffre de la démission du président du RPR, indique la quatrième enquête Ipsos-le Point consacrée aux élections européennes. L’électorat UDF semble particulièrement mobilisé.
La nouvelle donne créée par le retrait de Philippe Séguin de la bataille européenne favorise à la fois les centristes de François Bayrou et les « souverainistes » de Charles Pasqua. La quatrième enquête Ipsos-le Point, réalisée quatre jours après la démission du président du RPR, n’attribue plus que 16% des intentions de vote à une liste conduite par Nicolas Sarkozy. L’alliance du RPR et de Démocratie Libérale recule de trois points consécutivement à l’abandon du député-maire d’Epinal. Par un phénomène de vases communicants, ces trois points semblent regagnés par la liste UDF qui se hisse à 10% des suffrages potentiels. Le mariage récemment conclu entre Charles Pasqua et Philippe de Villiers profite également du changement de situation. Leur liste est créditée de 13%, soit deux points de plus que le total de leurs deux listes séparées testées précédemment. Le tandem « souverainiste » a sans doute également tiré partie du renoncement de Charles Millon, qui a profité du coup d’éclat de Séguin pour se retirer prudemment de la compétition, alors qu’il ne recueillait que 2% des intentions de vote.
La stabilité est largement de mise pour les reste de l’échiquier politique, hormis une poussée de deux points de la liste écologiste. Daniel Cohn-Bendit semble avoir enrayé la dynamique de recul qui s’affirmait enquête après enquête. La liste socialiste emmenée par François Hollande domine toujours largement le jeu préélectoral avec 24% des intentions de vote. Le PCF s’affermit tandis que l’extrême-gauche trotskiste se tasse tout comme le camp mégrétiste… ainsi que les chasseurs.
L’opposition n’aurait de chances de faire jeu égal avec le PS que si le RPR, DL et l’UDF réalisaient l’union. Une hypothèse largement compromise par le cours actuel des événements. Notons qu’en ce cas-là, une liste commune conduite par Nicolas Sarkozy ou François Bayrou obtiendrait un petit point de plus qu’avec Edouard Balladur… Dans le cas, bien plus probable, d’une division de la droite, un examen détaillé de cette enquête montre que l’électorat conservateur résistera difficilement aux délices de la dispersion.
Parmi ceux qui ont voté pour l’opposition républicaine en juin 1997, seulement 38% ont aujourd’hui l’intention d’appuyer une liste Sarkozy, 21% celle de Bayrou et 18% celle de Pasqua-Villiers. La liste UDF n’attire, à ce jour, que la moitié des sympathisants UDF estampillés comme tel, mais elle grapille des voix ici et là, particulièrement chez les électeurs âgés et non salariés. La liste « souverainiste » séduit 23% des sympathisants RPR, seulement 44% de ceux-ci demeurant fidèle à la liste officielle RPR-DL. L’influence de Pasqua est notable dans l’électorat âgé, chez les artisans, commerçants et chefs d’entreprise mais aussi auprès des employés et des ouvriers. Le sénateur des Hauts-de-Seine apparaît bien placé pour détourner à son profit une partie de l’électorat populaire traditionnellement sensible aux sirènes gaullistes.
Le scrutin du 13 juin prochain souffre cependant toujours d’un manque d’intérêt évident de l’opinion. Le pourcentage de sondés qui affirment s’y « intéresser » n’augmente que d’un misérable point en un mois. Ce sont les sympathisants UDF qui se révèlent les plus excités par la perspective du pugilat électoral européen. Les mêmes sont les plus enthousiastes à l’idée de donner un coup d’accélérateur à la « construction européenne ». Les conditions d’une mobilisation de l’électorat centriste pour cette bataille de printemps semblent réunies. Quant au rôle que jouera le conflit des Balkans, il est pour l’heure difficile à cerner. Une majorité absolue de personnes interrogées répondent que les élections européennes ne seront, pour elles, l’occasion ni d’approuver, ni de s’opposer à « l’intervention militaire de l’Otan en Yougoslavie » ou encore ne se prononcent pas.