Évolution de la parentalité : vers une quête d'idéal ?

Entre manque de temps et organisation du quotidien, multiplication des avis et méthodes sur la parentalité, parents et grands-parents dessinent les contours d’un modèle familial en pleine mutation où chacun trouve sa voie. Un défi pourtant loin d’être gagné d’avance tant la pression de la société envers les parents à être de « bons parents » semble beaucoup plus forte aujourd’hui que par le passé. Face à cette tension permanente, à quels modèles éducatifs se fient-ils ? À qui ou à quelles solutions ont-ils recours au quotidien ? Loin de la surenchère d’activités, à quoi ressemble vraiment la journée idéale en famille ? Et si les moments qui comptaient le plus en famille étaient en réalité les plus simples ? Focus sur les résultats de la 2ème édition du baromètre Kinder de la relation parents-enfants, décryptés par Daniel Marcelli, pédopsychiatre et spécialiste de la parentalité.

Auteur(s)

  • Doan-Anh Pham Directrice Adjointe du département Trends & Prospective, Ipsos
  • Faustine Ducreu Chef de groupe - département Trends & Prospective, Ipsos
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Être parents aujourd’hui : plus difficile qu’autrefois

Dans un quotidien chahuté où tout va de plus en plus vite, les parents ont aujourd’hui le sentiment d’avoir un mode de vie plus stressant et de manquer davantage de temps que leurs aînés. En effet, plus d’1 parent sur 2 se considère plus stressé que ses parents à l’époque (53%). De même, 39% des parents estiment qu’il est plus difficile aujourd’hui qu’à l’époque de leurs parents de trouver un équilibre entre vie professionnelle et vie familiale. Il s’agit d’un changement majeur dans l’organisation du quotidien que les grands-parents ont d’ailleurs du mal à appréhender (52% d’entre eux estiment que cela est tout aussi difficile pour les parents aujourd’hui qu’à leur époque). « Aujourd’hui, les parents sont en permanence en train d’exercer deux ou trois tâches simultanées. Ils téléphonent, portent leur enfant, discutent, conduisent, démarrent le lave-vaisselle... C’est une habitude propre à notre société qui donne aux gens le sentiment qu’ils n’y arrivent plus, qu’ils sont dépassés par une multitude de choses à faire. Plus on nous donne des objets qui sont censés nous libérer du temps, plus on a le sentiment de manquer de temps. Sans compter les heures passées devant nos écrans qui empiètent sur le temps familial et relationnel » commente Daniel Marcelli. Une différence de contexte encore plus flagrante lorsqu’on interroge les parents sur la pression ressentie : 70% des parents ont le sentiment que la société attend d’eux d’être de bons parents, contre 39% des grands-parents à leur époque.  Plus d’1 parent sur 3 (35%) considère d’ailleurs qu’il est plus difficile aujourd’hui d’être un « bon » parent qu’à l’époque de ses parents. Un constat partagé par 41% des grands-parents.

« C’est une réalité : être parent aujourd’hui est plus difficile qu’avant. A partir du moment où on a découvert que chaque enfant a des compétences et des potentiels différents, le rôle des parents a complètement pivoté. L’invention du mot parentalité est assez révélateur : la parentalité c’est la capacité des parents à répondre aux besoins développementaux de l’enfant. Aujourd’hui, chaque parent doit savoir s’adapter à son enfant. Il y a 30 ans, la plupart des parents ne se posaient pas la question de savoir s’ils étaient des bons ou des mauvais parents, ils étaient parents par statut. Ils se devaient simplement de répondre aux besoins vitaux de l’enfant et lui apporter une bonne éducation » explique Daniel Marcelli.

Des parents qui prônent le juste équilibre entre écoute et autorité

Face au temps qui manque et à cette pression sociétale forte, les parents forgent aujourd’hui leur propre modèle de parentalité, un modèle hybride, hérité en partie de leurs parents. Avec eux, ils partagent une certaine idée de l’éducation des enfants mais ils intègrent également les nouveaux discours sur la parentalité, tournés davantage vers l’écoute et l’épanouissement de l’enfant. Ainsi, selon eux, les modèles d’éducation d’antan ne sont pas complétement tombés en désuétude, une perception partagée par les grands-parents. Plus de la moitié (58%) des parents n’est ainsi pas d’accord avec le fait que les modèles d’éducation de leurs parents sont aujourd’hui dépassés. De même, si 9 parents sur 10 affirment que l’important pour eux est d’être à l’écoute de l’enfant et de tenir compte de son avis, 87% déclarent que même s’ils demandent l’avis de celui-ci, c’est finalement eux qui décident.

Cependant, conséquence de la connaissance et la reconnaissance croissantes de l’enfant, les parents sont davantage attirés par les méthodes d’éducation alternatives (63%) que leurs propres parents (54%). Ils se considèrent plus câlins (62%), complices (58%), disposés à faire des activités (53%) et à l’écoute (52%) de leur enfant que leurs parents à l’époque. Ils mettent également davantage en avant dans les critères du « bon parent », l’épanouissement de l’enfant et le fait de lui permettre d’avoir confiance en lui (61% vs 52% des grands-parents). Ils sont moins tournés vers l’inculcation de modèles de réussite et de normes sociales comme le respect des autres (28% vs 37% des grands-parents), la réussite scolaire (30% vs 39% des grands-parents) et la réussite professionnelle (24% vs 32% des grands-parents).

Des parents organisés qui se débrouillent bien au quotidien

Les parents décrivent leur quotidien comme organisé (près d’1 sur 2). En effet, ils sont très peu à mettre à contribution les nouveaux réseaux d'entraide entre voisins et amis (12%) ou encore les services de transports collaboratifs entre parents (15%). Et si pour les parents (74%) comme pour les grands-parents (84%), l’entourage a un rôle important à jouer dans l’éducation des enfants, 76% des parents se débrouillent entre eux au quotidien. En cas d’imprévu, poser une journée de congés ou s’organiser avec son conjoint restent la norme (respectivement 74% et 67%) et les grands-parents sont peu sollicités (rarement ou jamais à 62% selon les grands-parents). « Cette omniprésence des parents est emblématique des modes de vie actuels. La famille est devenue plus nucléaire : il y a de moins en moins de grandes familles, avec des grands-parents très présents, qui, parfois, habitaient le palier d’en face.  Aujourd’hui, le couple reste le principal pilier de l’éducation » commente Daniel Marcelli.

La journée idéale en famille : des attentes simples

Malgré un manque de temps passé ensemble en semaine, le week-end et les vacances semblent être des temps de retrouvailles privilégiées des parents et enfants qui déclarent en majorité passer juste ce qu’il faut de temps ensemble à ces occasions (75% des parents et 62% des enfants le weekend et 74% des parents et 58% des enfants pendant les vacances).

Un moment de partage pendant lequel la bonne humeur côté parents (65%) et le jeu côté enfants (61%) sont les ingrédients essentiels pour passer une journée idéale en famille. Des chiffres qui démontrent que les moments les plus simples sont finalement les plus importants. Plus sollicités pendant les vacances puisqu’1 parent sur 2 envoie systématiquement ou souvent ses enfants chez ses grands-parents pendant les vacances scolaires, les grands-parents prennent eux-aussi plaisir à passer du bon temps avec leurs petits-enfants qui les considèrent comme des complices avec lesquels ils préfèrent majoritairement jouer (47%).

« Les week-ends et les vacances sont des pauses salvatrices pendant lesquelles les enfants ont besoin d’une présence tranquille et bienveillante qui tranche avec l’excitation de la semaine. Et les enfants réclament au final des choses très accessibles : jouer à des jeux, faire des coloriages, rire… Tout l’enjeu de la parentalité consiste donc à doser de manière subtile ce besoin d’être un peu cocooné, de profiter de ses parents et grands-parents autour d’activités simples, avec le besoin fondamental d’ouverture et de curiosité à l’autre et à l’inconnu. Ces mêmes parents sont pourtant continuellement exhortés par le modèle social à stimuler leur enfant de façon à développer au mieux son potentiel. Il faut veiller à ne pas basculer dans cet excès qui peut être très désorganisant pour un enfant. Pas besoin d’aller au musée toutes les semaines ou d’être dans une surenchère permanente d’activités : passer du bon temps ensemble, c’est le plus important » conclut Daniel Marcelli.

Fiche technique :
Etude réalisée par Ipsos pour Kinder du 18 au 25 septembre 2017, sur 551 parents (de 25 à 60 ans) d’enfants de 3 à 10 ans, 326 enfants de 7 à 10 ans et 562 grands-parents (de 50 à 75 ans) de petits-enfants de 3 à 10 ans.

Auteur(s)

  • Doan-Anh Pham Directrice Adjointe du département Trends & Prospective, Ipsos
  • Faustine Ducreu Chef de groupe - département Trends & Prospective, Ipsos

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