La solidarité à l’épreuve du coronavirus

Dans un contexte économique et social morose, et de baisse de la collecte pour de nombreuses associations, Apprentis d’Auteuil s’intéresse à la générosité des Français et à l’impact de la crise du coronavirus sur la solidarité.

Auteur(s)

  • Amandine Lama Directrice de Clientèle, Département Politique et Opinion, Ipsos Public Affairs
  • Etienne Mercier Directeur Opinion et Santé - Public Affairs
Get in touch

La fondation publie une enquête intitulée « La solidarité à l’épreuve du coronavirus », menée par Ipsos auprès de l’ensemble des Français et des hauts revenus.

solidarité

De quelle manière la solidarité s’est-elle exprimée au cours de la crise sanitaire ? Quels sont les gestes qui ont été plébiscités par les Français ? L’envie de solidarité est-elle temporaire ou « le monde d’après » sera-t-il véritablement plus solidaire ? Quel impact cette crise a-t-elle sur les dons et intentions de dons aux associations ? Quelle part les Français les plus aisés prennent-ils à cet élan de générosité ? Les Français sont-ils au fait des dispositifs fiscaux destinés à encourager leur générosité, et notamment le relèvement du plafond du dispositif Coluche ?

A retenir

  • Les Français ont eu plus de 2 gestes de solidarité pendant la crise sanitaire (2,3 en moyenne).
  • Pour 65% des Français, la crise leur a donné envie d’être plus solidaires.
  • Depuis le début de l’année 2020, un Français sur quatre a effectué un don d’argent à un organisme caritatif (26%) et près d’un sur deux compte faire un don au second semestre (48%).
  • Seul un Français sur quatre sait que le plafond de déduction des dons a été relevé pour 2020 pour encourager la générosité : une information connue par 1 « haut revenu » sur 2.

Une solidarité multiforme pendant la crise sanitaire

Pendant la crise sanitaire, et notamment le confinement, la solidarité a pris de nombreuses formes, selon les possibilités et les envies des Français. Parmi les plus plébiscitées :

  • 52% ont pris plus souvent des nouvelles de personnes isolées de leur entourage (un geste encore plus largement effectué par les femmes que par les hommes – 58% contre 46%-).
  • 46% ont pris le temps de remercier les caissiers et caissières pour leur travail, en particulier les séniors (56% des 65 ans et plus l’ont fait).
  • 33% ont rendu service à leurs voisins, notamment les moins de 25 ans (39% l’ont fait).
  • 31% ont applaudi les soignants à 20h, en particulier les Parisiens (41%) et les jeunes (56% des moins de 25 ans).
  • 17% ont remercié les éboueurs par un message, un dessin ou un signe de la main, particulièrement les séniors (23% des 65 ans et plus) sensibles au maintien de ce service essentiel, et les habitants d’une zone particulièrement touchée, le Nord-Est (20%).
  • 16% ont souhaité coudre des masques ou donner du matériel pour en fabriquer, et 6% donner de la nourriture et du matériel médical pour les soignants, deux gestes particulièrement effectués par les foyers les plus modestes.
  • Les dons aux associations ou à des cagnottes en ligne ont concerné un nombre plus restreint de Français (10%), tout comme le bénévolat pour des associations (9%), même si l’investissement de nouveaux bénévoles et notamment des jeunes a permis de palier avec succès à l’absence des bénévoles traditionnellement âgés et qui étaient confinés, et donné l’espoir d’un engagement durable d’une nouvelle génération.

Les Français les plus aisés ont également pris part à cet élan de solidarité, en l’exprimant de 3 manières différentes en moyenne (contre 2,3 pour la moyenne des Français), à travers les mêmes gestes que l’ensemble des Français, mais aussi en effectuant plus souvent des dons d’argent (32% contre 10% pour la moyenne des Français), en maintenant le salaire de personnes travaillant habituellement pour eux - garde d’enfants, femmes de ménage - (31% contre 6% des Français certes moins souvent concernés) ou encore en donnant de la nourriture et du matériel médical pour les soignants (20% contre 6% en moyenne).

Le monde d’après sera-t-il plus solidaire ?

  • Les Français sont convaincus que de nombreuses catégories de population vont être gravement impactées par les conséquences économiques et sociales de la pandémie : commerçants (92% le pensent) et auto-entrepreneurs en tête (91%), mais aussi familles modestes (83%), jeunes en difficulté scolaire (81%) et jeunes adultes sans emploi ni formation de 18 à 25 ans (79%), devant même les personnes sans domicile (78%), les salariés (75%), les chômeurs (64%) et les retraités (46%).
  • Mais alors que l’entraide va être particulièrement nécessaire dans les mois qui viennent, seuls 28% des Français croient que le monde « d’après » sera plus solidaire, à l’exception notable des jeunes (42% des moins de 35 ans et même 56% des moins de 25 ans), mais aussi des plus hauts revenus (43%).
  • Même si un certain nombre de Français doutent d’une transformation durable de la société, à titre individuel près des deux tiers des Français déclarent que la crise et ses conséquences anticipées leur ont donné envie d’être plus solidaires des autres (65%, dont 12% « beaucoup plus ») et c’est particulièrement le cas là encore des plus jeunes (79% des moins de 25 ans) et des plus hauts revenus (75% dont 34% « beaucoup plus »). l’Enfance
  • Les Français considèrent d’ailleurs que les citoyens (et donc eux-mêmes) ont un rôle primordial à jouer pour construire le monde de demain (62%), après l’Etat certes (80%) et juste derrière les entreprises (64%). Les associations ont également évidemment un rôle crucial à jouer (84% des Français considèrent qu’elles ont un rôle important ou primordial).
  • Cet élan se traduit avant tout par la volonté d’être plus solidaire de certains membres de son entourage (74% des Français le disent dont 49% qui pensent certainement l’être dans les prochains mois, les 25% restants n’étant pas sûrs que ce sera vraiment le cas) et des dons en nature (54% dont 25% qui pensent certainement le faire), plus que par des dons d’argent (44% dont 21% certainement) sauf chez les hauts revenus (76% d’intentions dont 48% de certitudes). Ces derniers sont également plus nombreux que la moyenne des Français à envisager de s’engager bénévolement au sein d’un organisme (56% des hauts revenus dont 26% qui en sont certains) voire même en se réorientant professionnellement (38% dont 19% qui pensent certainement le faire). Pour ces Français les plus aisés, la crise sanitaire et la conscience de la violence de son impact économique et social ont donc agi comme de véritables révélateurs.

« Les Français sont convaincus que l’impact économique et social de cette crise sera considérable et ils ont raison. Nous le constatons depuis le début, les familles précaires en ressortent encore plus fragilisées, le nombre de décrocheurs scolaires est de plus en plus élevés et l’insertion des jeunes s’annonce comme l’un des défis les plus importants qu’il faudra relever. Sur tous ces sujets, les équipes d’Apprentis d’Auteuil restent plus que jamais mobilisées. » insiste Stéphane Dauge, Directeur de la communication et de la collecte d’Apprentis d’Auteuil.

Quel impact sur les dons aux organismes caritatifs en 2020 ?

  • 51% de Français ont déjà donné ou comptent donner en 2020, soit exactement la même proportion qu’en 2019. Cette stabilité s’explique par la crainte à l’égard de l’avenir économique, qui tempère l’élan de générosité observé. En revanche, la part de donateurs parmi les hauts revenus progresse : 82% comptent donner en 2020 (+5 points par rapport à 2019) et parmi eux 61% ont d’ailleurs déjà donné au 1 er semestre.
  • Une majorité de Français pense donner le même montant qu’en 2019 (52%), alors que 18% pensent donner moins, notamment compte tenu de l’incertitude économique. Face à l’augmentation des besoins, tous les espoirs sont donc tournés vers les 25% restants qui ont l’intention de donner plus (et même 3% « beaucoup plus »). Pour rappel, le montant global donné en 2019 était en moyenne de 300 €, avec des dons totalisant 100 € ou moins pour près de la moitié des donateurs. La contribution des plus hauts revenus devrait également s’avérer décisive (49% pensent donner plus dont 15% « beaucoup plus », pour un montant global moyen de dons de 2140 € en 2019).
  • Logiquement, compte tenu du contexte, les Français comptent avant tout donner en 2020 pour la santé et la recherche médicale (39%), mais aussi pour l’aide aux personnes démunies (27%) et l’environnement (27%), sans oublier la traditionnelle défense des animaux (23%). Le contexte ne fait pas oublier l’enfance et l’éducation (20% des intentions de don ; 34% pour les hauts revenus), elles aussi fortement impactées par la crise sanitaire et le confinement qui a accéléré les difficultés scolaires.

« Il est encourageant de constater, dans la crise sanitaire inédite que nous traversons, qu’un Français sur quatre et près de la moitié de ceux disposant de hauts revenus, comptent augmenter le montant de leurs dons cette année par rapport à 2019. » souligne Stéphane Dauge, Directeur de la communication et de la collecte d’Apprentis d’Auteuil.

L’information sur les dispositifs fiscaux cruciale pour maximiser les dons

  • Seuls 27% des Français savent que le plafond de déduction des dons aux associations permettant de bénéficier d’une réduction de 75% sur son impôt sur le revenu a été relevé (de 552€ prévus à 1000€) pour l’année 2020. Mieux faire connaître cette mesure est crucial dans la mesure où 88% des donateurs en 2019 ont donné dans la limite de ce plafond de déductibilité (maximum de 537€ pour 2019).
  • Le niveau d’information des plus hauts revenus en matière d’avantages fiscaux liés aux dons, donations et legs reste lui aussi perfectible : 81% s’estiment aujourd’hui bien informés mais seulement 37% « très bien informés » sur ce sujet. Ils sont aujourd’hui plus d’un tiers à s’estimer mal informés des possibilités de donation de biens immobiliers à des organismes caritatifs (37%), de la possibilité dans le cadre d’une succession d’extraire un bien de la succession (donc de l’assiette de calcul du montant des droits) s’il fait l’objet d’une donation par l’héritier à un organisme caritatif (37%), des modalités de réduction de l’IFI au titre des dons faits à des organismes caritatifs (36%), des dispositifs de legs à des organismes caritatifs (35%) ou encore du report possible de la réduction d’impôt sur le revenu sur les 5 années suivantes lorsque le montant des dons dépasse la limite de 20% du revenu imposable (35%).
  • La presse joue un rôle crucial en la matière, car il s’agit de la principale source d’information des hauts revenus sur ce sujet (29% s’informent par ce biais), avant même l’administration fiscale (26%) ou leur conseiller bancaire (23%).

« On constate que l’information concernant la hausse du plafond de déduction des dons aux associations permettant de bénéficier d’une réduction de 75% sur son impôt sur le revenu n’est pas convenablement parvenue jusqu’aux Français or nous mettons beaucoup d’espoir dans cette mesure. Nous espérons qu’elle pourra les inciter à faire des dons plus importants.» conclut Stéphane Dauge, Directeur de la communication et de la collecte d’Apprentis d’Auteuil.

 

 
apprentis d'auteuil

 

À propos d’Apprentis d’Auteuil
Fondation catholique reconnue d’utilité publique, acteur engagé de la prévention et de la protection de l’enfance, Apprentis d’Auteuil développe en France et à l’international des programmes d’accueil, d’éducation, de formation et d’insertion pour redonner aux jeunes et aux familles fragilisés ce qui leur manque le plus : la confiance. Apprentis d’Auteuil accompagne plus de 30 000 jeunes et familles dans près de 240 établissements. Ces jeunes lui sont confiés par leur famille ou par l’Aide sociale à l’enfance. La fondation dispense 77 formations professionnelles dans 12 filières. A l’international, Apprentis d’Auteuil a choisi d’agir en partenariat. La fondation mène des actions dans plus de 32 pays aux côtés de ses 70 partenaires locaux. Chaque année, 25 000 jeunes

http://www.apprentis-auteuil.org/
https://twitter.com/AAuteuil

Fiche technique : enquête réalisée par Ipsos pour Apprentis d'Auteuil auprès de 1500 personnes, dont 1000 personnes constituant un échantillon représentatif de la population française, et de 500 personnes dont le revenu annuel net du foyer est supérieur à 120 000 € (moins de 2% des foyers fiscaux).

Téléchargement

Auteur(s)

  • Amandine Lama Directrice de Clientèle, Département Politique et Opinion, Ipsos Public Affairs
  • Etienne Mercier Directeur Opinion et Santé - Public Affairs

Société