L’accès au monde du travail des personnes en situation de handicap

Ipsos et le Fonds Handicap & Société se sont intéressés à la situation des personnes handicapées en entreprise : l'accompagnement, l'accès à l'emploi, la perception des autres employés... Retrouvez les grands enseignements de cette étude.

Auteur(s)

  • Laurent Depouilly Directeur Général Ipsos Lyon
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UNE SITUATION PERSISTANTE DE DISCRIMINATION MALGRÉ l’ÉVOLUTION DES MENTALITÉS 

Les mentalités ont incontestablement évolué positivement en matière d’image du handicap et de son intégration dans le monde du travail mais une telle éclaircie n’éclipse tout de même pas les difficultés pressenties par les actifs (76%) et par les personnes handicapées (81%) qui considèrent que les handicapés sont fortement discriminés par rapport aux valides pour accéder à un emploi. En outre, 3 actifs sur 10 et 4 actifs handicapés sur 10 jugent insuffisants non seulement le recrutement de personnes handicapées mais aussi les facteurs matériels et humains garants d’une bonne intégration des dites personnes au travail : accompagnement, sensibilisation des équipes, aménagement des locaux.

UN ACCOMPAGNEMENT DÉFICIENT DES DEMANDEURS D’EMPLOI HANDICAPÉS

L’opinion des personnes handicapées elles-mêmes et rétrospectivement par rapport aux difficultés vécues pour accéder à leur emploi actuel, relèveraient toutefois moins de la discrimination par rapport à leur handicap (d’ailleurs parfois survenu après leur embauche) que de la concurrence sur le marché de l’emploi. Par ailleurs, pour les demandeurs d’emploi handicapés, le sentiment dominant est celui d’un accompagnement déficient (68% se considèrent plutôt mal ou très mal accompagnés) par les organismes dédiés à cette mission.

L’ACCESSIBILITÉ À L’EMPLOI JUGÉE BIEN INÉGALE SELON LE TYPE DE HANDICAP

Il existe une forte convergence de points de vue de toutes les cibles interrogées, en situation de handicap ou non, sur la hiérarchie du niveau d’accessibilité à l’emploi (aménagement du poste, accompagnement humain, aménagement des horaires, adaptation des locaux) selon le handicap. Ainsi, l’emploi en entreprise ou en établissement public pour les personnes souffrant d’une maladie chronique invalidante et, dans une moindre mesure, pour les personnes amputées d’un membre ainsi que pour les personnes mal entendantes ou sourdes est jugé pleinement accessible par une majorité (opinion de 2/3 des répondants). À l’inverse, c’est une minorité (entre 3 et 4 personnes sur 10) qui juge pleinement accessible l’emploi pour les personnes présentant des troubles mentaux et pour les personnes malvoyantes ou aveugles.

DES FREINS POUR COLLABORER AVEC DES PERSONNES EN SITUATION DE HANDICAP QUI RELÈVENT DAVANTAGE DE PRÉJUGÉS

Travailler au quotidien et dans la même équipe avec une personne présentant des troubles mentaux ou atteinte de schizophrénie est jugé difficile par respectivement 74% et 71% des actifs. Les freins sont importants également à l’égard des malvoyants ou aveugles (60% jugent cela difficile), des personnes dépressives (56%) et des personnes mal entendantes ou sourdes (50%). À l’inverse, c’est une minorité qui juge difficile de travailler avec une personne atteinte de maladie chronique invalidante (25%), ainsi qu’avec une personne amputée d’un membre (30%) ou en fauteuil roulant (35%).

Paradoxalement, 84% des actifs d’ores et déjà en relation au quotidien avec une personne handicapée, dans leur équipe ou cercle de travail immédiat (1 actif sur 5) ou plus globalement dans leur entreprise ou établissement (1 actif sur 3), jugent très facile ou assez facile de travailler avec cette ou ces personnes handicapées. Aussi, les freins évoqués précédemment (notamment pour les actifs n’ayant pas eu un collègue ou collaborateur handicapé) relèvent-ils exclusivement de préjugés ?

Pour les actifs, les bons scores d’acceptation des personnes handicapées (facilité de collaborer) sont justifiés par un niveau de compétences qui serait identique à celui des personnes valides (au 1er rang des raisons citées pour 54% et 84% au total des citations), par un travail effectué au même niveau qualitatif que les personnes valides (respectivement 22% et 80%) ou par la motivation dont ils font preuve (respectivement 8% et 53%). La justification d’un poste ou d’une charge de travail qui aurait été aménagés ressort moins (42% au total des citations), de même qu’une bonne intégration par l’entreprise (39% au total des citations).

À l’inverse, les actifs jugeant difficile (10% seulement) de travailler avec la ou les personnes handicapées de leur entreprise ou établissement, mettent surtout en avant la difficulté des personnes handicapées à accomplir le travail (cadence, absence). Ils mettent également en avant les conséquences perçues sur le travail des valides rendu plus lourd ou plus compliqué. Les difficultés de communication sont aussi relevées et, à leur décharge, le fait que le poste ou la charge de travail n’ait pas été aménagés.

QUELLES SOLUTIONS POUR FACILITER L’EMBAUCHE ET L’INTÉGRATION DANS LE MONDE DU TRAVAIL ?

Parmi les solutions qui recueillent les plus forts taux d’adhésion, les salariés privilégient le développement des partenariats entre les entreprises et les structures associatives concernées par le handicap (1ère réponse citée par 29%), une aide financière constante de l’État (prise en charge d’une partie du salaire ou des charges) mais aussi une mesure coercitive telle que la taxation plus importante des entreprises qui ne jouent pas le jeu ou insuffisamment.

Quant aux personnes en situation de handicap, elles privilégient des mesures coercitives telles que la taxation plus importante des entreprises qui ne jouent pas le jeu ou insuffisamment (1ère réponse citée par 20%) et 10% souhaitent la mise en place de discrimination positive ou quotas obligatoires pour l’embauche. La mise en place d’une formation professionnelle adaptée aux besoins spécifiques de la personne handicapée est également souhaitée (12%), ainsi que les aides financières constantes de l’État (12%).

Fiche technique :
Dans le cadre de Smartbus (Français âgés de 16 à 75 ans), ont été interrogés 401 salariés du secteur privé, 163 fonctionnaires ou agents du secteur public (Etat, collectivités locales, hôpitaux….), 78 personnes en recherche d’emploi et un sur-échantillon de 300 personnes en situation de handicap (actives ou en recherche d’emploi) avec équi-répartition des types de handicap (moteur, visuel, auditif, psychique, maladie invalidante).

Auteur(s)

  • Laurent Depouilly Directeur Général Ipsos Lyon

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