Le geste de tri des emballages en France

Ipsos a réalisé la 1re vague de l’Observatoire du Geste de Tri des Français pour Eco-Emballages afin de mieux comprendre la manière dont les Français perçoivent et pratiquent le tri et ainsi, en améliorer la performance. A travers une enquête interrogeant chaque année 5500 Français, l’Observatoire permettra donc de suivre les évolutions et les changements au cours du temps.

Auteur(s)

  • Sarah Duhautois Directrice Adjointe Corporate Reputation
  • Grazyna Marcinkowska
Get in touch

Le geste de tri, une pratique quasi-généralisée mais non systématique

Un geste de tri quasi-généralisé dans la population, avec plus de 8 Français sur 10 qui trient (87% pour les emballages légers, 81% pour les emballages en verre).
Seul 1 Français sur 2 trie de manière systématique (44% pour les emballages légers et 57% pour le verre).

Qui sont les trieurs : des variations selon l’habitat, l’âge, le lieu de vie, etc

1. La fréquence de tri varie selon l’habitat et le profil sociodémographique

  • Profil-type du trieur systématique : plutôt âgé (de 50 à 64 ans), propriétaire d’une maison de plus de 100 m² et habitant en zone rurale.
  • Profil-type du non trieur : plutôt jeune (âgé de 15 à 24 ans), locataire d’un appartement de moins de 60 m² dans le secteur social.

2. Le tri varie en fonction du cycle de vie :

  • Les plus jeunes (célibataires, couples avec/sans enfants) trient moins que les plus âgés (couples avec enfants partis du foyer, retraités), mais les différences d’habitat y jouent pour beaucoup.

3. Une forte hétérogénéité entre les régions en matière de tri

  • Les régions où l’on trie le plus sont : l’Ouest (Bretagne, Pays de Loire et Poitou-Charentes), le Nord – Pas de Calais et l’Est (Franche-Comté, Bourgogne). Et les régions où l’on trie le moins : le Sud-Est (Corse, PACA et Languedoc-Roussillon) et l’Ile-de-France.

4. Toutes ces variables socio-démographiques sont intimement liées et corrélées entre elles

  • L’habitat change ainsi beaucoup selon l’âge ou la zone géographique, sans qu’une soit finalement beaucoup plus importante que les autres.

Les leviers du tri : comment l’information et le dispositif agissent sur la motivation à trier

1. Un meilleur niveau d’information sur le tri permet de le faciliter et d’éviter les erreurs :

  • Les principales raisons pour lesquelles il arrive aux Français de ne pas trier sont liées à la connaissance : emballage souillé (34%) ou méconnaissance du bac dans lequel jeter (28%).

2. Un meilleur dispositif permet de rendre le geste de tri plus accessible :

  • 58% trient systématiquement quand le conteneur est à moins de 2mn, 39% quand il est à plus de 15 mn.
  • 46% trient systématiquement quand les bacs de tri sont suffisamment grands, 26% quand ils ne le sont pas.
  • Les deux modes de collecte existant (Porte-à-Porte ou Apport Volontaire en conteneur public) obtiennent en revanche les mêmes scores de pratique du tri.

3. Ces deux leviers renforcent la motivation au tri :

  • L’information donne confiance dans la finalité du geste, en faisant mieux connaître les tenants et les aboutissants du tri : 53% des Français trieraient plus s’ils étaient sûrs que c’est bien recyclé ensuite.
  • Si le dispositif de tri est mal perçu ou de mauvaise qualité, cela freine la motivation : 51% de ceux qui trouvent pratique le système de tri de leur municipalité trient, contre 33% à l’inverse. La théorie du « carreau cassé » s’applique donc également au tri.
  • Plus globalement, l’environnement proche joue : un immeuble, une rue, une ville négligeant la propreté impactent négativement les comportements de tri : 44% des Français trient quand leurs locaux poubelles sont propres, 27% quand ils sont sales.

Le geste de tri, une pratique quasi-généralisée mais non systématique

Un geste de tri quasi-généralisé dans la population : plus de 8 Français sur 10 trient (87% pour les emballages légers1, 81% pour les emballages en verre)…
… mais seul un Français sur deux trie de manière systématique (44% pour les emballages légers et 57% pour le verre)

Plus de 8 Français sur 10 ont trié personnellement leurs emballages au cours du dernier mois2, ce qui souligne combien ce geste est désormais généralisé dans la population. Toutefois, seuls 44% des Français trient systématiquement sur un total de 87% de Français trieurs : la marge de progression est donc importante.
Pour le verre, le tri a été pratiqué par 81% des Français au cours du dernier mois : ce score est un peu plus faible, car les emballages en verre sont à la fois moins acheté et triés moins fréquemment. Mais la part de trieurs systématiques est en revanche plus importante : 57% des trieurs.

Voici ainsi schématisée la manière dont se répartit la population française en matière de tri des emballages (carton, métal, plastiques recyclables) (en % des Français à chaque fois) :

Si 43% des Français ne trient pas systématiquement, les situations où le tri n’a pas été pratiqué sont toutefois rares (une ou deux fois au cours de la période) pour près d’un tiers (30%), et seuls 13% déclarent n’avoir pas trié à de multiples reprises.

Un double objectif pour cet Observatoire : connaître le profil des trieurs et des non trieurs, mais aussi faire émerger les leviers et les freins au tri

Afin d’améliorer le tri en France, et de « convertir » le plus possible de trieurs en trieurs systématiques, l’Observatoire du geste de tri s’est attaché à comprendre ce qui différenciait les trieurs des non trieurs et les trieurs systématiques des autres trieurs. Pour ce faire, les données de l’enquête ont été analysées au regard de deux questions clés :

  • Qui sont les trieurs, quel est leur profil socio-démographique - et y a-t-il des différences de profil - entre les trieurs systématiques, les trieurs non systématiques et les non trieurs ? De quelles populations parle-t-on ?
  • Au-delà des variables socio-démographiques, au-delà des variables « dures », y a-t-il des facteurs plus « qualitatifs » liés aux opinions, aux attitudes, aux motivations, etc. des individus qui permettent d’expliquer la pratique du geste tri ? Comprendre les leviers et les freins au tri devant permettre de répondre à la question suivante : comment faire trier davantage ?

Qui sont les trieurs : analyse selon le profil socio-démographique et l’habitat

La pratique de tri varie fortement en fonction du profil socio-démographique (âge notamment)

Lorsqu’on analyse dans le détail le profil des trieurs systématiques vs. celui des autres, des différences apparaissent au sein de la population française selon les deux axes suivants :

  • Le profil socio-démographique : l’âge, la catégorie sociale, le niveau de revenus, etc.
  •  
  • L’habitat et les conditions de vie : le type de logement (maison/appartement), la taille du logement, la catégorie d’agglomération, etc.

Si la distinction de ces deux axes rend l’analyse plus simple pour pouvoir mieux comprendre ce qui joue dans le fait de trier ou non ses emballages, il convient néanmoins d’avoir à l’esprit combien ces deux axes et les variables qui les composent sont étroitement liés et corrélés : ainsi, par exemple, la taille du logement est souvent proportionnelle au niveau de revenus, ou le fait d’habiter en appartement souvent lié au fait d’habiter dans une zone urbaine plutôt que rurale.

Il apparait que les facteurs selon lesquels la pratique du tri varie le plus sont, par ordre décroissant :

  • Le type de logement : on trie davantage et plus systématiquement lorsqu’on est en maison que lorsqu’on vit en appartement ;
  • La superficie du logement : on trie davantage dans les grands logements que dans les plus petits ;
  • Le statut d’occupation du logement : les propriétaires trient davantage que les locataires ;
  • La catégorie d’agglomération et la densité : moins la zone habitée est urbaine et dense et plus on trie systématiquement ;
  • Le privé vs. le social : les habitants de logements privés trient davantage que ceux du secteur conventionné (habitat social) ;
  • L’âge : les plus âgés trient davantage que les plus jeunes

L’habitat joue un rôle prépondérant dans la pratique du tri (principalement selon 3 critères : la taille du logement, le fait d’être propriétaire/locataire et la densité géographique de la zone habitée)

Revenons dans le détail sur ces variables et ce qui peut expliquer leur importance dans le tri.
 

L’habitat joue donc un rôle prépondérant dans les pratiques du tri. Il est plus simple d’installer chez soi un espace dédié au tri lorsqu’on habite une maison plutôt qu’un appartement (celle-ci étant en moyenne plus spacieuse que ce dernier), ou lorsqu’on habite un 5 pièces plutôt qu’un 2 pièces, un logement de plus de 120m² plutôt qu’un logement de moins de 60 m² (la densité du logement -nombre de personnes par m² - étant bien sûr également impactante).
Ainsi, on observe par exemple que la proportion de trieurs systématiques augmente avec la superficie du logement :

% de trieurs systématiques selon la taille du logement :

L’étude montre par ailleurs que dans les immeubles le tri est corrélé à l’étage habité, ceux du RDC/1er étage/2nd étage triant davantage (à 38%) que ceux du 3ème (35%), qui trient eux-mêmes davantage que ceux du 4ème (33%), etc.
Les propriétaires, généralement plus impliqués dans le bon fonctionnement de la vie de quartier/de l’immeuble que les locataires sont également davantage impliqués dans le tri.

Enfin, plus la zone habitée est dense en termes de population et moins le tri est bon. Le tri est donc meilleur dans les zones rurales que dans les grandes agglomérations. Ce facteur est bien sûr à rapprocher directement de la variable maison/appartement, les zones à forte densité étant par définition des zones avec des immeubles.

Les personnes habitant un logement privé trient davantage que les habitants de logements sociaux. La part d’immeubles est plus importante dans l’habitat social que dans l’habitat privé, mais la catégorie sociale et le niveau de revenus ont également un impact sur le tri : la part de trieurs est un peu plus importante chez les plus aisés (90% vs 84% chez les catégories populaires). Cela étant, catégories aisées et populaires contiennent la même part de trieurs systématiques (44% et 42%). Au final, si la catégorie sociale impacte donc le fait de trier ou pas, elle impacte en revanche moins la fréquence du tri.

La pratique du tri varie également avec l’âge : il semble que ce soit en raison (là encore) des différences d’habitat selon l’âge, mais aussi des rythmes de vie différents

L’âge joue également sur le geste de tri, les plus âgés triant davantage que les plus jeunes. Encore une fois, il convient de relativiser l’impact de cette variable seule, en montrant combien elle est liée aux autres : les plus âgés sont aussi le plus souvent des propriétaires, habitant en maison alors que les jeunes sont eux particulièrement présents dans les zones urbaines. Mais loin de vouloir exclure l’impact de l’âge sur le tri, nous avons analysé plus en détail les pratiques de tri selon les moments de vie.

% de trieurs systématiques selon les moments de vie :

Comme on peut le voir dans le schéma ci-dessus, les plus jeunes (lycéens et étudiants) sont peu nombreux à trier personnellement systématiquement (37%), probablement parce qu’ils habitent chez leurs parents et ne sont donc pas « responsables » du tri et des poubelles ou encore parce qu’ils habitent seuls dans des logements exigus ne leur permettant pas d’avoir plusieurs bacs/poubelles dans la cuisine.
Les célibataires actifs trient en revanche davantage (43%), et bien plus que les jeunes couples avec ou sans enfants (33%) : la différence semble s’expliquer avant tout par le manque de place chez les seconds par rapport aux premiers, ainsi que par le manque de temps chez les jeunes couples avec enfants en bas âge.
Lorsque les couples ont des enfants plus âgés, la pratique du tri devient plus systématique (44%), non pour des raisons d’espace (qui restent identiques aux précédentes catégories), mais plutôt en raison d’un rythme de vie différent et parce que les enfants deviennent des contributeurs et des moteurs du tri (dans 28% de ces foyers).
La pratique du tri continue sa hausse dans les cycles de vie suivants, en grande partie parce que l’espace du logement y est plus grand et avec moins de personnes au foyer (les enfants étant partis), mais aussi parce que le rythme de vie est moins soutenu et le temps disponible plus grand : 50% des parents sans enfants trient et 50% des retraités.

Derrière la pratique du tri selon le cycle de vie, on semble donc deviner l’impact de deux autres facteurs (ce qui souligne, là encore, la corrélation entre les différentes variables) :

  • L’habitat : la taille du logement (ou plus exactement la densité du logement) et le statut d’occupation (le fait d’être propriétaire/locataire) ;
  • Le rythme de vie (le temps disponible en fonction du style de vie, de l’activité, de la densité géographique de la zone habitée)

Une forte hétérogénéité entre les régions en matière de tri

Cet Observatoire permet également de mettre en avant une hétérogénéité de pratique du tri selon les régions. Si les facteurs culturels et motivationnels (pratique du tri dans le voisinage, sentiment de culpabilité à ne pas trier, etc) ne sont pas absents des leviers ou freins du tri (que nous analyserons dans la partie suivante), les facteurs précédemment cités sont là encore extrêmement importants, les régions se caractérisant par leur structure socio-démographique et leur habitat. Ainsi, l’Ile-de-France et PACA, qui figurent parmi les régions qui trient le moins, sont aussi celles où la densité, la proportion d’immeubles et de jeunes y sont les plus fortes.

Comme le montrent les cartes ci-dessous :

  • Les régions où l’on trie le plus sont : l’Ouest (Bretagne, Pays de Loire et Poitou-Charentes), le Nord – Pas de Calais et l’Est (Franche-Comté, Bourgogne) ;
  • Et les régions où l’on trie le moins : le Sud-Est (Corse, PACA et Languedoc-Roussillon) et l’Ile-de-France.

Récapitulatif des différents profils de trieurs

Note de lecture : 44% des Français trient systématiquement leurs déchets, une proportion qui monte à 55% chez les 50-64 ans.

Comment faire trier davantage : analyse des leviers et des freins au tri

Si connaitre le profil des trieurs s’avère intéressant, il reste néanmoins à creuser ce qui chez les uns active le geste de tri et chez les autres le freine, en s’attachant aux attitudes et opinions sur des thèmes divers et multiples : le tri en général, le tri dans sa commune, la confiance dans les acteurs du tri, mais aussi le rapport à l’environnement, à la société, à la politique, aux normes sociales, etc.
Lorsque l’on intègre l’ensemble de ces informations, il apparaît que les variables socio-démographiques s’avèrent plutôt secondaires dans le geste de tri. Certes, elles témoignent de différences de comportements importantes selon les profils, mais elles n’ont que peu de poids dans l’explication : elles illustrent plutôt qu’elles n’expliquent la fréquence de tri.
Deux leviers se dégagent comme essentiels pour comprendre et activer le geste de tri chez les Français, comme schématisé ci-dessous :

L’information et le dispositif agissent sur la motivation à trier

Les deux leviers principaux sont l’information et le dispositif (accès au tri et qualité du contexte de tri), qui jouent de concert sur la motivation.

Levier n°1 : L’information sur le tri, qui permet de faciliter le tri et d’éviter les erreurs

L’information est un maillon essentiel du tri : quand on demande aux Français pour quelles raisons il leur est arrivé de ne pas trier au cours des dernières semaines, ceux-ci mettent en avant des raisons liées à la connaissance ou à un déficit de connaissance : le fait que les emballages soient souillés, qu’ils ne savaient pas dans quel bac le mettre ou encore que l’emballage avait contenu un produit dangereux.

Vous est-il arrivé de ne pas trier le verre / un emballage parce que :
(% de réponses « Oui », base : Ensemble des Français)

Note de lecture : 34% des Français déclarent qu’il leur est arrivé de ne pas trier un emballage au cours des dernières semaines parce que l’emballage était souillé, 28% parce qu’ils ne savaient pas dans quelle poubelle jeter l’emballage, etc.

Par ailleurs, l’information et la connaissance permettent d’agir directement sur la qualité du tri, dans le sens où être bien informé permet entre autres de jeter les emballages dans le bon bac et de ne pas faire d’erreur. Les erreurs de tri concernent en effet beaucoup de Français : sur leurs emballages jetés au cours du mois dernier, 19% des Français ne font aucune erreur, 68% en font (pour rappel 13% ne trient pas leurs emballages). La qualité du tri est d’ailleurs meilleure parmi les trieurs systématiques (26% ne font aucune erreur), ce qui souligne le lien étroit entre fréquence de tri, connaissance et qualité de tri.
La majorité des Français ne font que peu d’erreurs (37% ne font des erreurs que sur moins d’un quart de leurs emballages) et ces erreurs concernent des emballages bien identifiés : flacons de gel douche, aérosols/déodorants, pot de yaourt en plastique, tube de dentifrice, films/barquettes/blisters en plastique. Ces emballages perturbent également ceux qui les trient correctement, car ceux-ci ne le font pas sans avoir des doutes.

% d’emballages bien ou mal triés au cours du dernier mois, selon les déclarations des Français :

Levier n°2 : Le dispositif, qui permet de rendre le geste de tri plus simple et plus accessible
Le dispositif de tri est également essentiel car celui-ci doit pouvoir faciliter le geste au quotidien en étant facilement accessible.
On l’a vu, le tri varie très nettement selon la taille de l’habitat. La première variable d’accessibilité à prendre en compte est donc d’abord l’accessibilité d’un système de tri chez soi, dans son intérieur (cuisine généralement). Ce frein limite le tri notamment chez les jeunes et les personnes habitant en immeuble.
L’accessibilité des bacs de tri extérieurs est également un problème : pour l’Apport Volontaire3, la fréquence de tri baisse de manière conséquente par rapport à la moyenne (44%) s’il n’y a pas suffisamment de conteneurs (37%), s’ils ne sont pas faciles d’accès (34%) et surtout s’ils sont trop éloignés du domicile : le taux de trieurs est de 58% si les conteneurs sont à 2 mn ou moins du domicile, mais le taux baisse une première fois à 47% à partir de 3 mn de trajet et une seconde fois à 36% s’ils sont situés à plus de 10 mn.

Taux de trieurs systématiques (moyenne = 44%) selon le temps de trajet aller-retour au point d’Apport Volontaire :

Pour le Porte-à-Porte, le tri et sa fréquence baissent pour des raisons d’accessibilité logiquement différentes, notamment si les locaux mis à disposition ne sont pas suffisamment grands (24%) et avec des bacs assez grands (25%).

Notons par ailleurs qu’en termes de dispositif la question ne se pose pas de manière « technique » entre les deux modes de collecte en Porte-à-Porte4 et l’Apport Volontaire : on n’observe pas de différence flagrante entre les deux (49% de tri systématique avec le Porte-à-Porte, 46% avec l’Apport Volontaire).

Les deux leviers information et dispositif agissent sur la motivation à trier

Au-delà de ces aspects pragmatiques (mais fondamentaux) que sont une bonne information sur le tri et un dispositif accessible, la pratique du tri est également directement dépendante des motivations des Français, de leur rapport au tri. Cette dimension motivationnelle, à la source de tout comportement, est généralement difficile à mesurer et évaluer dans des enquêtes déclaratives car dépendante de ce que veulent bien « avouer » les répondants (de bonne ou de mauvaise foi). C’est pourquoi dans cette enquête l’impact des motivations a été mesuré de manière « indépendante », non en demandant aux répondants de dire selon eux-mêmes ce qui jouait ou pas sur leur geste de tri, mais en mesurant a posteriori à partir des données (à travers plusieurs analyses statistiques) le lien entre les différentes motivations/arguments/opinions (plus de 80) et le geste effectué.
Cette analyse permet de mettre en évidence des motivations au tri, qui se révèlent très liées aux deux leviers précédemment cités.

Comment l’information permet de jouer sur les motivations au tri : en connaissant mieux les tenants et les aboutissants du tri, on a davantage confiance dans la finalité du geste

Bien connaître les consignes permet non seulement d’éviter les erreurs de tri au quotidien, mais aussi d’avoir pleine confiance dans le geste que l’on réalise (et sans avoir l’impression de perturber potentiellement la chaîne du tri en ayant jeté dans le mauvais bac).
Plus globalement, la connaissance du fonctionnement du tri en général et des bénéfices du tri s’avère également être un levier important du tri : ceux qui savent comment le tri fonctionne, avec quels acteurs et avec quelle finalité donnent ainsi plus de sens à leur geste et y accordent plus de crédit car ils sont davantage confiants dans le fait que l’emballage jeté sera bien recyclé. Informer les Français sur la chaine du tri, le parcours de l’emballage et les parties prenantes est donc un levier essentiel du tri, non pour qu’il connaisse dans le détail les étapes du tri mais plutôt pour renforcer la crédibilité du geste. C’est là également qu’intervient la crédibilité du dispositif de tri.

Comment le dispositif et le contexte environnant permettent de jouer sur les motivations au tri : on croit moins dans l’efficacité de son geste de tri si ceux-ci sont juges de mauvaise qualité ou inefficients

Le dispositif de tri - et la manière dont il est perçu par les habitants - est également essentiel car il doit pouvoir faciliter le geste en étant accessible (on l’a vu précédemment), mais aussi rassurer sur l’efficacité du geste accompli : à quoi bon trier si l’on n’a pas confiance dans le dispositif de tri de sa commune ?
La qualité du service de tri et du dispositif, mais aussi de manière plus globale le contexte environnant (quartier, rue, action de la municipalité ou du voisinage, etc) vont jouer pour cela un rôle important, dans le sens où ils vont venir rassurer sur la qualité du dispositif et donc sur le fait que le système fonctionne bien et qu’il est utile d’y participer. La théorie du « carreau casse5 », connue principalement pour ses applications en matière de criminalité, semble donc pouvoir également s’appliquer au tri : une habitation, une rue, un quartier ou une ville négligeant la propreté impactent négativement les comportements de tri des déchets.
Ainsi, le tri pratiqué apparait bien moindre si les locaux de l’immeuble mis à disposition ne sont pas propres (27% de trieurs systématiques seulement), si les bacs ne sont pas propres (25%), si les parties communes sont en mauvais état (29%) ou si la rue est sale (35%) ; ceux qui se perçoivent dans un quartier où le voisinage trie peu sont aussi des trieurs peu fréquents. La manière dont les municipalités gèrent leur système de collecte impacte fortement les motivations du geste de tri : 51% des Français qui perçoivent le système de tri dans leur municipalité comme pratique trient, contre seulement 33% chez ceux qui ne le perçoivent pas comme pratique.

Agir sur l’environnement du tri, non seulement sur l’accessibilité et la propreté des bacs et des lieux où ils sont entreposés, mais aussi sur la crédibilité et la qualité du dispositif global de tri mis en place dans les municipalités sont donc des enjeux décisifs pour améliorer le tri en France.

% de Trieurs systématiques selon la propreté de l’environnement proche et la qualité de service :

Méthodologie : la première étude d’ampleur pour comprendre le tri des emballages chez les Français

L’Observatoire du Geste de Tri constitue une première en matière de compréhension du tri en France de par les moyens déployés :
- Un échantillon de taille conséquente (5 500 Français interrogés), ce qui permet de mesurer plus finement les différences entre catégories de Français ;
- Un échantillon dont la taille et la structure (représentatif des régions françaises) rendent possible la comparaison des résultats entre les 22 régions administratives ;
- Un mode de recueil par Internet, l’absence d’enquêteur permettant ainsi aux répondants de répondre de manière plus sincère et d’avouer plus facilement leurs « véritables » pratiques de tri (absence de « biais de désirabilité sociale », qui incite généralement à donner la réponse la plus socialement acceptable à un enquêteur)
- Un questionnement innovant sur les pratiques de tri afin de récolter le maximum de sincérité, de précision et de réalisme dans les réponses. En effet, trop souvent la question sur le geste de tri est posée de manière théorique, générale, mesurant une attitude davantage qu’un comportement. Notre question sur le geste de tri pratiqué a ainsi suivi les principes suivants :

  • Une question posée sur le geste effectué au cours du dernier mois (et non pas « de manière générale »)
  • Une question portant sur le geste effectué sur 17 emballages précis
  • Une question posée en deux temps : dans un 1er temps sur les emballages jetés personnellement par le répondant, dans un 2ème temps sur le bac dans lequel chaque emballage a été jeté
  • Une question posée au répondant sur son propre comportement (et non pas sur celui de son foyer « en général »)

Afin de mesurer encore plus finement le geste de tri et sa fréquence, nous avons ensuite posé une question pour savoir si lors des dernières semaines le geste de tri n’avait pas été effectué pour certaines raisons (10 raisons proposées : le bac trop rempli ou déjà sorti, le manque de temps ou le fait de ne pas y penser, l’emballage sale, etc). Cette question nous a ainsi permis de cerner certains trieurs non systématiques, qui ne s’avouent pas de la sorte spontanément.
- Un questionnaire très détaillé permettant de connaître précisément l’environnement de chaque répondant : une centaine de questions posées sur le système de tri dans sa commune, l’organisation des poubelles dans son appartement/sa maison/son immeuble, la description des bacs/poubelles de tri et leur environnement (porte-à-porte ou apport volontaire), des renseignements sur l’habitat (taille, état, équipement), l’environnement (quartier, rue)…
- Un questionnaire également précis sur l’opinion des répondants au sujet du tri afin de cerner leurs freins et motivations, ainsi que sur l’environnement, leur rapport à la société, à la politique, etc : aucune dimension d’interrogation n’a été évacuée afin de pouvoir, à l’analyse, cerner les critères qui impactent le plus le geste de tri.

1 Emballages légers : emballages en papier/carton, flacons et bouteilles en plastique, emballages en métal.
2 Cf. en dernière page notre méthodologie utilisée pour mesurer au plus près de la réalité les pratiques des Français.
3 Apport Volontaire : mode de collecte où les Français viennent déposer leurs emballages dans des conteneurs publics, qui se distinguent du mode de collecte suivant.
4 Porte-à-Porte : mode de collecte où les camions viennent chercher les emballages directement devant les domiciles.
5 « Broken windows theory », Wilson & Kelling (Atlantic Monthly, 1982), théorie venant des sciences sociales qui a notamment inspiré la politique anti-criminalité à New York et soutenant que les petites détériorations subi par l'espace public suscitent nécessairement un délabrement plus général.


Auteur(s)

  • Sarah Duhautois Directrice Adjointe Corporate Reputation
  • Grazyna Marcinkowska

Société