Législatives : la droite toujours en tête des intentions de vote

Si l'écart entre gauche et droite semble se resserrer un peu en fin de campagne, la droite parlementaire reste en tête des intentions de vote Ipsos/Vizzavi-Le Figaro-Europe 1 de notre dernière enquête d'avant le premier tour. L'intérêt pour le scrutin est quelque peu retombé depuis trois semaines, mais la participation devrait tout de même être supérieure à celle de 1997.

Auteur(s)
  • Jean-François Doridot Directeur Général Public Affairs
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A quatre jours du premier tour des élections législatives, la droite parlementaire domine toujours la gauche unie dans les intentions de vote premier tour. Même si l'écart se resserre dans la dernière ligne droite, les candidats UMP, UDF et Divers droite recueillent autour de 40% des intentions de vote exprimées par les électeurs "certains d'aller voter" (inchangé par rapport à la dernière vague), contre 36% aux candidats de la gauche unie (+ 1,5 points).
Si ces intentions de vote étaient confirmées par le résultat des urnes, le score de la gauche serait en retrait de plus de cinq points par rapport aux dernières législatives, surtout du fait d'un affaiblissement du Parti Communiste et, à un degré moindre, du PS. Globalement, le rapport de force gauche-droite s'est inversé par rapport au dernier scrutin, la droite parlementaire progressant de 4 points (40% aujourd'hui, contre 36,2% en 1997). L'extrême droite de son côté ne semble pas profiter de dynamique particulière suite à l'élection présidentielle. En tendance, les candidats du Front National recueillent aujourd'hui entre 10,5 et 14% d'intentions de vote. Même si l'on ajoute les intentions de vote se portant sur les candidats MNR, l'extrême droite obtient 13% des intentions de vote, soit deux points de moins que le score du FN en 1997. On relève d'ailleurs que le tiers des électeurs de Jean-Marie Le Pen à la présidentielle sont aujourd'hui plutôt tentés par le candidat de la droite parlementaire, en particulier dans les circonscriptions où le candidat du FN a peu de chances d'être élu. Sans présager du résultat des urnes, on n'enregistre pas pour l'instant, contrairement au premier tour de la présidentielle, de poussée du Front National en toute fin de campagne.
On note toutefois que plus d'une personne sur cinq (22%), pourtant "certaines d'aller voter", n'ont pas exprimé d'intentions de vote. Par ailleurs, près de 30% des personnes qui ont exprimé une intention de vote déclarent que leur choix peut encore changer. Même si l'on est loin de la très forte incertitude mesurée avant le premier tour de la présidentielle, une part significative d'électeurs ne se décidera qu'au tout dernier moment, rendant les résultats d'autant plus imprévisibles.
Par ailleurs, la multiplicité des candidatures (plus de 8456 pour 577 circonscriptions, soit une moyenne de plus de 14 candidats par circonscription) laisse présager d'un nombre assez faible d'élus dès le premier tour. Le grand nombre de candidats favorisera la dispersion des intentions de vote, et rendra aussi le seuil de suffrages pour se maintenir (12,5% des "inscrits"), difficile à atteindre, même si la part des interviewés se déclarant "certains d'aller voter" (80%) semble confirmer une participation pour dimanche plus élevée qu'en 1997. Ce taux étant systématiquement plus fort que la participation effective le jour du scrutin, on devrait s'approcher pour ce premier tour des 30% d'abstention (contre 32% en 1997). Il est en revanche difficile d'anticiper les différentiels de mobilisation entre sympathisants de gauche et proches de la droite parlementaire. Dimanche, la majorité des électeurs interrogés voteront pour le "candidat qui représente la famille politique dont ils se sentent proches" (61%), contre 19% qui choisiront plutôt leur candidat en fonction "de sa personnalité", et 13% "parce qu'il a une chance d'être présent au second tour".

Vu le nombre de candidats, on s'attend en tout cas à un grand nombre de duels au second tour, pour lesquels la droite est favorite, dans nos intentions de vote. Mais là-encore, l'écart entre gauche et droite s'est réduit depuis la dernière vague. La gauche est aujourd'hui créditée de 48% d'intentions de vote (+1), contre 52% à la droite parlementaire (-1).
En cas de triangulaire avec le Front National , c'est toujours la droite parlementaire qui sort en tête des intentions de vote (45%), contre 39% pour le candidat de gauche et 16% pour le Front National.
La modélisation en sièges de ces résultats laisse présager d'une confortable majorité pour la droite parlementaire dans la prochaine assemblée. Elle obtiendrait selon notre enquête entre 339 et 381 sièges, contre une fourchette de 174 à 216 sièges pour la gauche parlementaire, et de 0 à 4 sièges pour le Front National. Si le Front National n'avait finalement pas de députés dans la prochaine Assemblée Nationale, la moitié des Français pensent que ce serait "une bonne chose pour la démocratie", contre 38% qui estiment au contraire que se serait plutôt une mauvaise chose".
Quoi qu'il en soit, il convient pour cette modélisation comme pour les intentions de vote second tour d'être encore prudent. Ne serait-ce que parce que les résultats du premier tour et la campagne de second tour influenceront le rapport de force. En particulier, Ipsos a identifié 126 circonscriptions "sensibles", où le candidat arrivé en tête devance de moins de 5 points le candidat suivant. Dans ces circonscriptions, la campagne de l'entre-deux tours sera décisive, et il est aujourd'hui difficile d'en mesurer a priori les conséquences. Incertitude enfin lorsque l'on prend en compte la mise en concurrence des arguments de campagne. Si 51% des Français, à droite en particulier, pensent "qu'il faut à tout prix éviter une nouvelle cohabitation", 37% pensent en premier lieu "qu'il faut à tout prix éviter que la droite concentre tous les pouvoirs". Le quart des proches de la gauche plurielle pour qui le rejet de la cohabitation prime sur la concentration des pouvoirs à droite pourraient alors bien faire basculer certaines des 126 circonscriptions "sensibles".

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  • Jean-François Doridot Directeur Général Public Affairs

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