Les circonscriptions "sensibles" détenues par la Gauche semblent aujourd'hui les plus menacées

L'analyse des résultats du second tour des élections législatives de 1997 et du premier tour de l’élection présidentielle de 2002 réalisée par Ipsos pour Le Point a permis d’identifier un ensemble de 125 circonscriptions particulièrement sensibles, c’est-à-dire susceptibles d’être les premières à basculer en cas d’évolution du rapport de force politique entre 1997 et 2002. Compte tenu de l’évolution du rapport de forces observé entre 1997 et 2002, et sur la base des intentions de vote législatives réalisées du 10 au 13 mai, il apparaît que ce sont plutôt les circonscriptions aujourd’hui détenues par la gauche qui sont les plus menacées. La progression de la droite observée dans ces intentions de vote, si elle n’est pas prédictive du résultat final des élections législatives, indique une tendance clairement favorable à l’actuelle opposition parlementaire.

Auteur(s)
  • Jean-François Doridot Directeur Général Public Affairs
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Premiere partie : les criteres de choix des 125 circonscriptions

Le contexte politique lors des élections législatives de 1997

Les élections législatives de 1997 ont vu la victoire de la gauche, celle-ci enlevant 320 sièges, contre 257 à la droite.
A bien des égards, la présence du Front national au second tour dans de très nombreuses circonscriptions a joué un rôle décisif dans l'issue de ce scrutin.
En effet, avec 15,2% des suffrages exprimés au premier tour, le Front national était présent dans 131 circonscriptions au second tour avec les configurations de candidatures suivantes :

  • 31 duels contre la droite, tous remportés par l'UDF ou le RPR
  • 25 duels contre la gauche, dont un remporté par Jean-Marie Le Chevallier à Toulon (mais gagné par la gauche lors de l'élection partielle de septembre 1998)
  • 75 triangulaires dont 46 remportées par la gauche et 29 par la droite

La méthode d'analyse d'IPSOS

Ipsos a examiné les conséquences que pourrait avoir en 2002 l'évolution du rapport de forces observé entre 1997 et aujourd'hui en confrontant les résultats et les configurations de second tour du scrutin de 1997 aux scores obtenus par les principales forces politiques au 1er tour de l'élection présidentielle de 2002.

Pour cela, on a regroupé les résultats des 16 candidats à l'élection présidentielle en trois sous-totaux distincts :

  • Total gauche : A. Laguiller, O. Besancenot, D. Gluckstein, R. Hue, L. Jospin, C. Taubira, N.Mamère
  • Total droite : C. Lepage, F. Bayrou, A. Madelin, J. Chirac, C. Boutin
  • Total extrême droite: JM. Le Pen et B. Mégret

Enfin, deux tiers des voix de JP Chevènement ont été attribués à la gauche et le tiers restant à la droite. A l'inverse, deux tiers des voix obtenues par J. Saint-Josse ont été attribuées à la droite et un tiers à la gauche.

Cette analyse n'est en aucun cas une simulation en sièges des prochaines élections législatives :

  • Aucune donnée d'intentions de vote issue de sondages pré-électoraux n'est prise en compte
  • Aucun nouveau paramètre lié à la future offre électorale n'a été intégré à ce modèle. On ne peut par exemple mesurer aujourd'hui les effets induits de la présence de candidats de l'UMP bénéficiant de l'investiture présidentielle ou de la gauche unie.

Ainsi, en prenant en compte les résultats du second tour de 1997 et le poids des trois grandes forces (gauche, droite, extrême droite) au premier tour de l'élection présidentielle, Ipsos a identifié 125 circonscriptions sensibles à un mois des échéances électorales (71 de gauche et 54 de droite). Quel que soit le résultat des prochaines élections législatives, c'est très certainement dans ces circonscriptions que repose la clé du scrutin.

Ces 125 circonscriptions se décomposent en sept catégories, prenant en compte les résultats de 1997 (victoire de la gauche ou de la droite), la configuration du second tour de 1997 (duels gauche-droite, droite-FN, gauche-FN ou triangulaires gauche-droite-FN) ainsi que le poids des trois forces observé au 1er tour de l'élection présidentielle de 2002.

Le choix de ces 125 circonscriptions est particulièrement sélectif. Il ne concerne que des circonscriptions où l'issue du scrutin en 1997 s'est jouée de façon très serrée. Le changement de couleur politique est bien entendu également envisageable parmi les 452 autres circonscriptions, notamment dans l'hypothèse d'une évolution électorale importante entre 1997 et 2002. Mais toute évolution électorale aura d'abord des conséquences dans ces 125 circonscriptions.

Un certain nombre d'éléments sont d'ores et déjà perceptibles :

  • Compte tenu de l'évolution du rapport de forces observé entre les élections législatives de 1997 et le 1er tour de l'élection présidentielle de 2002 et sur la base des intentions de vote législatives réalisées du 10 au 13 mai, il apparaît que ce sont plutôt les circonscriptions aujourd'hui détenues par la gauche qui sont les plus menacées.
  • Le score de Jean-Marie Le Pen au 1er tour de l'élection présidentielle accroît encore le nombre potentiel de triangulaires, Jean-Marie Le Pen ayant obtenu 12,5 des voix par rapport aux inscrits dans près de 250 circonscriptions le 21 avril 2002.
    Même si dans notre enquête, les intentions de vote législatives en faveur des candidats du Front national semblent en recul par rapport au score de Jean-Marie Le Pen au 1er tour de l'élection présidentielle, il est à souligner que l'électorat frontiste se mobilise traditionnellement dans les derniers jours précédent le scrutin.

    De plus, le nombre de circonscriptions où le Front national pourra se maintenir en juin prochain est étroitement lié au niveau de participation. Celui-ci était particulièrement faible en 1997 (68%). Si la participation progresse de 4 ou 5 points en juin, les candidats du Front national pourraient se maintenir dans le même nombre de circonscriptions, même avec un score inférieur à celui de 1997

  • L'issue du prochain scrutin ne sera pas uniquement concentrée dans les circonscriptions où se produiront des triangulaires. Elle concernera également les circonscriptions où les duels gauche-droite ont été particulièrement serrés en 1997

Toutefois, il convient de rappeler que la progression de la droite observée dans ces intentions de vote par rapport à 1997, si elle n'est pas prédictive du résultat final des élections législatives, indique une tendance clairement favorable à l'actuelle opposition parlementaire.

Quatre catégories de circonscriptions sensibles détenues par la gauche

Catégorie 1 (36 circonscriptions) : duels gauche-droite gagnés de peu par la gauche en 1997 et faible implantation du Front national en 2002

Dans ces circonscriptions les candidats de gauche ont gagné de peu en 1997 (avec un écart de moins de quatre points). Une progression de la droite lors du scrutin de juin prochain par rapport à 1997 menacerait directement la gauche dans ces circonscriptions.

Catégorie 2 (10 circonscriptions) : duels gauche-droite gagnés de peu par la gauche en 1997 mais avec la possibilité pour le Front national d'être présent au 2nd tour en juin 2002

Ces circonscriptions, gagnées de peu par la gauche en 1997 (avec moins de quatre points d'avance), semblent également menacées. Toutefois, une progression du score des candidats du Front national en 2002 par rapport à 1997 pourrait leur permettre d'être présent, cette fois-ci, au second tour. Dans ce cas là, ces circonscriptions (menacées dans le cas d'un duel gauche-droite) présenteraient moins de risque pour la gauche, celle-ci pouvant a priori tirer profit d'une triangulaire.

Catégorie 3 (21 circonscriptions) : triangulaires gagnées de peu par la gauche en 1997

Ce sont ces triangulaires qui ont le plus contribué à la victoire de la gauche en 1997. Toutefois, le candidat de gauche a, à chaque fois, battu de peu le candidat de droite (moins de quatre points).
Une poussée de la droite en juin 2002 dans ces circonscriptions pourrait réduire l'effet de nuisance de ces triangulaires.

Catégorie 4 (4 circonscriptions) : duels gauche-FN gagnés par la gauche en 1997 où une progression de la droite au 1er tour pourrait lui permettre de se maintenir au 2nd tour et de menacer la gauche en juin 2002

Dans ces circonscriptions, traditionnellement très à droite, l'élimination des candidats de droite au 1er tour en 1997 a permis la victoire de la gauche. Si la droite est en état de se maintenir au 2nd tour en juin 2002 (dans le cadre de triangulaires ou de duels gauche-droite), les candidats de gauche risquent de se trouver dans une situation plus délicate qu'il y a cinq ans.

Trois catégories de circonscriptions sensibles détenues par la droite

Catégorie 5 (34 circonscriptions) : duels gauche-droite gagnés de peu par la droite en 1997, et faible implantation du Front national

Dans ces circonscriptions, les candidats de droite ont distancé de peu ceux de gauche (moins de quatre points). Elles pourraient être menacées en cas de progression du score de la gauche en juin 2002 par rapport à 1997.

Catégorie 6 (7 circonscriptions) : duels gauche-droite gagnés de peu par la droite en 1997, avec possibilité de présence du FN au 2nd tour en juin 2002

Ces circonscriptions, là encore gagnées de peu par la droite dans des duels l'opposant à la gauche (moins de quatre points), pourraient se révéler difficiles à conserver si le FN enregistre une progression par rapport à 1997 et peut ainsi se maintenir au second tour, provoquant des triangulaires périlleuses.

Catégorie 7 (13 circonscriptions) : triangulaires gagnées de peu par la droite en 1997 et menacées par une progression du FN en juin 2002

Dans ces circonscriptions, une progression du score du FN pourrait remettre en cause l'avantage électoral de la droite acquis lors du second tour de l'élection de 1997.

Pour toute renseignement concernant cette analyse et l'enquête d'intentions de vote associée, contacter
Stéphane Zumsteeg
Directeur adjoint du pôle Opinion - Ipsos
01 53 68 28 32
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