Les Français et le partage des tâches : à quand la révolution ménagère ?

Ipsos et Ariel dévoilent une étude sur « les Français et le partage des tâches ménagères ». Malgré quelques changements depuis 50 ans, la révolution du partage des tâches ménagères n’a en réalité pas eu lieu et semble davantage avoir laissé la place à une « inégalité raisonnable et intégrée » par les femmes et les hommes.

Les Français et le partage des tâches : à quand la révolution ménagère ?

Auteur(s)

  • Luc Barthélémy Directeur de Clientèle, Ipsos Public Affairs
Get in touch

Plus d’1 Français sur 2 (55%) - et notamment les hommes (63%) - considèrent que les inégalités hommes/femmes en matière de répartition des tâches ne sont plus vraiment un problème au sein du foyer. 32% des hommes déclarent par exemple faire les courses le plus souvent (14% seulement rectifient les femmes), 29 % préparent les repas (18% seulement d’après les femmes) et 13% s’occupent des enfants (4% seulement rectifient les femmes). D’après le sociologue Jean-Claude Kaufman, « nous sommes encore loin de l’égalité ! ».

Infographie_Ariel_2018

Une évolution lente mais réelle selon les générations et l’antériorité du couple !

Si 89% des Français ont le sentiment que la répartition des tâches entre les hommes et les femmes s’est améliorée ces 50 dernières années, cette évolution lente mais réelle semble provenir de plusieurs facteurs :

  • l’investissement professionnel des femmes (93%),
  • l’investissement des hommes (83%),
  • le lâcher prise des femmes qui ont appris à déléguer (83%),

En dépit d’une évolution qui pourrait paraître lente par rapport à la génération de leurs parents où la mère s’occupait presque exclusivement de tout, le constat semble plus équilibré chez les moins de 35 ans quand ils pensent à leurs parents excepté pour le linge et la lessive qui restent des tâches faites par les femmes pour les deux générations. Les moins de 35 ans déclarent ainsi que déjà leurs deux parents s’occupaient des tâches suivantes de manière significative :

  • 44% pour les courses vs. 36% au total,
  • 46% pour s’occuper des enfants vs. 33% au total,
  • 38% pour faire la vaisselle vs. 24% au total,
  • 28% pour préparer les repas vs. 19% au total,

A noter qu’en 2018 au sein des couples les plus « jeunes » c’est-à-dire entre 2 et 8 ans de vie commune, les personnes sont nettement plus enclines à déclarer un partage équitable de certaines tâches domestiques et ménagères avec leur conjoint par rapport à l’ensemble des Français :

  • 36% déclarent « c’est autant moi que mon conjoint » concernant le lavage des sols vs. 22%
  • 32% pour étendre ou sécher le linge vs. 21%
  • 50% pour faire les courses vs. 37%
  • 21% pour bricoler vs. 12%

Malgré une perception inégale de la situation au sein du couple, les hommes considèrent que la participation aux tâches domestiques fait vraiment partie de leur rôle !

Infographie_Ariel_2018

Mais en 2018, il semble plus facile de déléguer « les yeux fermés » la garde de son enfant que faire son linge ou ses courses !

Dans les faits, certaines tâches comme le linge et le bricolage symbolisent encore très clairement une inégale répartition au sein des couples français en 2018 :

  • trier le linge et lancer une lessive : 21% des hommes vs. 83% des femmes,
  • repasser : 20% des hommes vs. 81% des femmes,
  • laver les sanitaires : 22% des hommes vs. 78% des femmes,
  • bricoler : 71% des hommes vs. 11% des femmes,
  • sortir les poubelles : 55% des hommes vs. 21% des femmes.

4 Français sur 10 pensent aussi que si les femmes s’impliquent davantage dans la répartition des tâches c’est aussi en partie de leur fait car elles y trouveraient une satisfaction personnelle. 43% d’entre eux estiment qu’en général les hommes ont moins de dispositions naturelles que les femmes pour les tâches ménagères et 46% pensent que les hommes ont plus d’aptitudes pour le bricolage et les femmes pour les tâches ménagères (52% chez les hommes et 41% chez les femmes).

Enfin, si globalement la majorité des couples interrogés déclarent qu’ils laisseraient faire les yeux fermés leur conjoint, s’ils étaient forcés de déléguer, certaines tâches sont plus difficiles à déléguer aveuglément que d’autres et notamment pour les femmes. La capacité à laisser faire le conjoint mais en veillant au grain est nettement plus importante concernant les courses que pour s’occuper des enfants et notamment chez les femmes :

  • 25% des répondants délèguent (tout en surveillant) le tri du linge et le lancement d'une lessive (38% chez les femmes)
  • 24% pour faire les courses (33% chez les femmes)
  • 22% pour étendre ou sécher le linge (33% chez les femmes)
  • 21% pour repasser (33% chez les femmes)
  • 17% pour s’occuper des enfants (21% chez les femmes)

Infographie_Ariel_2018

La procrastination : 1ère excuse pour les hommes ET les femmes de ne pas réaliser certaines tâches !

La première - et commune - excuse reste « Je le ferai demain » pour 52% d’entre nous. Certains hommes prétexteront le manque de temps (39%), le défaut de compétence (32%) ou l’absence d’utilité (33%), tandis que certaines femmes invoqueront plus la fatigue et le manque de courage (51%) ou le besoin d’alternance « Je l’ai fait la dernière fois, cette fois-ci c’est ton tour » (31%).

Contre toute attente, les tâches ménagères, considérées par les femmes et les hommes comme des corvées, représentent aussi une source de satisfaction

Si les tâches ménagères sont considérées par une majorité de Français comme une habitude (83%), c’est aussi une corvée pour 7 Français sur 10 (66%). Mais les tâches ménagères et domestiques sont aussi aujourd'hui ressenties par une majorité de Français comme une source de satisfaction personnelle : sentiment du devoir accompli (72%), image positive de soi même (61%). Les sentiments les plus ressentis en lien avec les tâches ménagères sont d’ailleurs le sentiment de s’être débarrassé d’une corvée pour 57% des Français et la satisfaction du devoir accompli à 55%. Si la satisfaction du devoir accompli est partagée par les hommes et les femmes, l’image positive de soi-même et le fait que ce soit « son rôle » est davantage exprimé par les hommes (68% et 71%) vs les femmes qui considèrent en majorité que ce n’est pas particulièrement « leur rôle » à 60%.

La vraie évolution : les hommes ont envie de transmettre une modèle équilibré de répartition des tâches au sein du foyer

Les hommes se sentent à l’aise et sont favorables à donner le bon exemple à leur enfant en cherchant à transmettre un modèle plus équitable de répartition des tâches : 83% des Français reconnaissent que les hommes s’investissent davantage dans la réalisation des tâches domestiques et ménagères. Aujourd’hui, 79% d’entre eux confirment que les parents arrivent à davantage transmettre à leurs enfants le modèle d’une meilleure répartition des tâches. Les hommes en couple sont d’autant plus attentifs à cette tendance : 86% estiment que les parents arrivent à davantage transmettre un modèle d’une meilleure répartition et 90% que les parents souhaitent davantage donner le bon exemple en s’occupant de manière équitable des différentes tâches. L’investissement des hommes dans la répartition des tâches domestiques et ménagères comme par exemple dans la réalisation des lessives au sein du foyer est un élément important pour 89% des Français et notamment essentiel pour 38% d’entre eux, hommes et femmes confondus.

L’analyse du sociologue Jean-Claude Kaufmann :

Il y a 50 ans c’était mai 68, et la révolution du partage des tâches ménagères n’a pas eu lieu. Oh ! il y a bien eu quelques petits changements, 32% des hommes déclarent faire les courses le plus souvent (14% seulement rectifient les femmes) et 13% s’occupent des enfants (4% seulement rectifient les femmes). Ah si, j’oubliais, ce sont eux qui sortent les poubelles à 55%. L’honneur est sauf ! La révolution n’a donc pas eu lieu. Mais il y a pire encore, quand on entend la réponse à la question : « Pour vous, le partage des tâches ménagères n’est plus un problème aujourd’hui ? ». 55% sont d’accord (dont 63% des hommes). Affaire classée ou presque ! L’idéal est pourtant intact. 96% des gens pensent qu’un homme qui fait la lessive est un bon exemple pour ses enfants, montrant par là qu’ils espèrent que la génération suivante fera mieux. Mais ils préfèrent s’accommoder de l’inégalité raisonnable qu’ils ont mis au point tant cela leur parait compliqué de révolutionner leur quotidien. Un exemple ? Moins d’1 femme sur 3 laisserait faire la lessive à son homme en toute confiance, la majorité le surveillerait ou repasserait derrière. Mieux vaut qu’il fasse ce qu’il sait faire, il se débrouille très bien d’ailleurs pour sortir la poubelle (les femmes leur font totale confiance pour cela à 92%). Mais entre la poubelle d’un côté (deux minutes) et le linge de l’autre, nous sommes encore loin de l’égalité ! Que voulons-nous au juste, la quiétude des ménages ou l’égalité ? Et si nous engagions vraiment la révolution ménagère ?

*Fiche technique :
Méthode d’échantillonnage : méthode des quotas : échantillon constitué par tirage aléatoire dans la base des panélistes éligibles pour l’étude Cible interrogée : 1005 Français âgés de 18 ans + dont 647 personnes en couple (en concubinage, mariées, pacsées) constituant un échantillon national représentatif de la population française interrogée selon la méthode des quotas sur les données de sexe, âge, région, profession de l’individu et catégorie d’agglomération (données INSEE).

Collecte : Online sur système CAWI via l’accesspanel d’Ipsos ; dates de terrain : du 11 au 16 avril 2018

Traitement statistique : échantillon pondéré selon la méthode du Rim Weighting sur les critères suivants : le sexe, l’âge, la région et la catégorie d’agglomération ainsi que la profession de l’individu.

Auteur(s)

  • Luc Barthélémy Directeur de Clientèle, Ipsos Public Affairs

Société