Les Français n’aiment-ils plus leurs grandes entreprises ?
L’image globale des grandes entreprises françaises n’a jamais été aussi basse. Interrogés les 12 et 13 juin derniers, au lendemain des élections européennes, les Français persistent à sanctionner l’image des bastions économiques du pays, avec un phénomène nouveau depuis janvier : la défiance touche désormais l’ensemble des secteurs, de la banque à la grande distribution, en passant par la grande consommation. Dans ce contexte, les entreprises apparentées au service public (et notamment EDF) tirent une nouvelle fois leur épingle du jeu. Leur retour en grâce est toutefois un retour en demi-teinte tant le niveau d’appréciation moyen a reculé au cours des derniers mois.
+29 (-1 point depuis janvier 2009 / - 18 points depuis février 2008) : l’indice d’image* moyen reste à son niveau le plus bas depuis la création du baromètre, c'est-à-dire que les Français n’ont jamais témoigné d’une image aussi négative des entreprises depuis 1999. Depuis 18 mois, la confiance des Français dans les emblèmes et moteurs économiques du pays n’a fait que se détériorer et le profil d’image moyen de l’entreprise est aujourd’hui bien terne : 8% de très bonne image, 50% d’assez bonne image, 22% d’assez mauvaise image et 7% de très mauvaise image.
Comme expliquer un score global si faible ? Simplement par le fait que la majorité des entreprises testées est en « pré-crise » (Michelin), en « crise » (tout le secteur de la Grande Distribution) ou encore en convalescence « post-crise » (le secteur de la banque et celui de l’automobile, avec une capacité de « récupération » très différente toutefois).
Cette situation profite aux rares entreprises épargnées par l’actualité récente et permet notamment à EDF (indice d’image de +62 ; -5 points depuis Janvier 2009, 1er) de se maintenir à la première place du classement. Les autres entreprises apparentées au service public présentent également des indices d’image assez stables, qu’il s’agisse de La Poste (indice 45 ; -2 ; 7ième), de France Telecom (indice 43, - 2 ; 9ième) ou de GDF SUEZ (indice 37, +3, 16ième). On soulignera également que les Français continuent à soutenir l’image d’Air France (indice 52 ; +5 ; 4ième) au lendemain du crash Rio-Paris.
Le débat autour du prix du lait aura été fatal au secteur de la grande distribution, jusque là miraculeusement épargné – en termes d’image - par la baisse du pouvoir d’achat. C’est Leclerc (indice 43, -20 ; 8ième), sorte de héraut du secteur, qui enregistre la plus forte baisse d’image. Mais toutes les enseignes testées subissent des baisses, d’Intermarché (indice 48 ; -13 ; 6ième) à Carrefour (indice 21 ; -17 ; 21ième), en passant par Casino (indice 39, -10, 13ième) et Auchan (indice 37, -14, 15ième).
L’avenir nous dira si la profession saura se relever aussi vite que le secteur de l’automobile, qui opère un prompt rétablissement depuis Janvier : Citroën (indice 58, +15 ; 2ième) et Peugeot (indice 57 ; +17 ; 3ième) retrouvent les hauteurs du classement tandis que Renault (indice 40 ; +22 ; 10ième) enregistre une des plus fortes hausses d’image de la vague. Le secteur bancaire ne bénéficie pas de la même bienveillance : le Crédit Agricole (indice 26, +6 ; 19ième) se redresse très lentement tandis que LCL (indice 7, +4, 26ième), BNP-Paribas (indice 3 ; +3 ; 27ième) et la Société Générale (indice -17 ; +4 ; 29ième) s’installent dans le bas du classement, aux cotés des habituels Vivendi et Total.
Nous finirons par l’entreprise enregistrant la plus forte dégradation de la vague. Avant même l’annonce officielle de son plan social, Michelin (indice 26 ; - 22 ; 18ième) pâtissait déjà de la mauvaise actualité d’autres industriels du pneu (Caterpillar, Goodyear, Continental…). A croire que les Français ont bien compris qu’aucune entreprise - même leader sur son marché - n’est en mesure de résister à une vague de restructuration en cours sur son secteur.
* indice d'image : différence entre le % d'interviewés déclarant avoir une bonne image de l'entreprise et le % d'interviewés déclarant avoir une mauvaise image de l'entreprise.