Les seniors ne sont plus ce qu’ils étaient !

Pendant très longtemps, l’âge a été une variable dominante du vote et les seniors, plus sensibles que leurs cadets à l’ordre et au conservatisme, ont constitué les gros bataillons de la droite traditionnelle. Ce n’est plus vraiment le cas, et c’est une révolution. L’enquête Ipsos Sopra-Steria, grâce notamment à la taille de l’échantillon interrogé (plus de 10.000 personnes) montre en effet combien les plus de 60 ans sont en net réalignement sur l’ensemble de la population même s’ils conservent encore certains traits distinctifs. Brice Teinturier, DG délégué d'Ipsos en France et enseignant à Sciences-Po, et Serge Guérin, professeur à l'Inseec SBE, dressent un portrait de ces nouveaux seniors

Article initialement publié sur LeMonde.fr

Pendant très longtemps, l’âge a été une variable dominante du vote et les seniors, plus sensibles que leurs cadets à l’ordre et au conservatisme, ont constitué les gros bataillons de la droite traditionnelle. Ce n’est plus vraiment le cas, et c’est une révolution. L’enquête Ipsos-Sopra Steria, grâce notamment à la taille de l’échantillon interrogé (plus de 10.000 personnes) montre en effet combien les plus de 60 ans sont en net réalignement sur l’ensemble de la population même s’ils conservent encore certains traits distinctifs.

Sociologiquement, le profil des plus de 60 ans conserve des spécificités

Ce sont d’abord plutôt des femmes (56% contre 53% en moyenne) ; ils sont aussi massivement retraités bien sûr (87%) avec peu de cadres supérieurs (10% contre 16% dans l’ensemble de la population), plus d’indépendants (12% contre 5% en moyenne) et surtout, davantage d’employés et d’ouvriers (53% contre 44%). Conséquence : même si 62% d’entre eux sont propriétaires sans emprunt immobilier (contre 35% des Français), leurs revenus sont globalement plus faibles : pour 57%, le revenu mensuel net du foyer est inférieur à 2 500 euros contre 51,5% en moyenne. Surtout ils sont beaucoup moins diplômés : 72% ont un diplôme inférieur au Bac contre 40% des Français.

Idéologiquement, ils s’intéressent également davantage à la politique

71%, soit 7 points de plus que la moyenne des Français. Mais contrairement à une idée reçue, ils ne se situent aujourd’hui qu’un tout petit peu plus à droite que la moyenne : sur une échelle gauche-droite, 45% se classent à droite contre 42% des Français, 27% à gauche contre 28% et 23% au centre contre 21%. De même, ils sont plus nombreux à se déclarer catholiques (71% contre 54%) mais ce sont surtout des catholiques non pratiquants (50% contre 38%), les occasionnels et les pratiquants réguliers étant minoritaires (21% au total) et surtout, de 5 points seulement en nombre supérieur à la moyenne nationale. Enfin, quand on analyse leurs préoccupations, qu’il s’agisse de leurs inquiétudes personnelles, pour la France ou pour l’Europe, ce qui frappe est plutôt le faible écart à la moyenne que des visions diamétralement différentes. Certes, notamment au-delà de 65 ans, c’est un électorat plus sensible aux questions de santé et d’immigration et, dans une moindre mesure, à celles qui touchent au terrorisme et à la sécurité. On note également une préoccupation plus marquée à l’égard des déficits et un peu plus mineure sur l’environnement. Des thèmes qui les situent donc un peu plus à droite que la moyenne des Français. Mais les seniors sont aussi plus inquiets par la montée des populismes en Europe, ce qui les éloigne des extrêmes. Et concernant les gilets jaunes, ils sont un tout petit plus en sympathie et en soutien que l’ensemble de la population.

Électoralement, quels candidats remportent leurs suffrages ? 

Ils ont voté en 2017 davantage pour F. Fillon (29,5% contre 20% en moyenne) mais moins pour M. Le Pen (18,9% contre 21,3%) et N. Dupont Aignan (4,1 contre 4,7%). Leur soutien à un candidat de gauche fut moins élevé (22,4% contre 27,7% en moyenne) et le vote Macron pratiquement aligné sur la moyenne nationale (23% contre 24%). Ces caractéristiques se retrouvent et se renforcent dans le vote européen avec une déperdition supplémentaire pour les LR au profit de LREM. En effet, la liste LR obtiendrait chez les seniors certes 6 points de plus environ que sa moyenne nationale mais cela ne la situe qu’à 18% d’intentions de vote dans cette tranche d’âge. Parallèlement, 28% des seniors voteraient plutôt pour la liste de LREM, soit 4,5 points de plus que son score national et 10 points de plus que pour la liste LR. Un vote que le Président de la République aurait pour autant tort de prendre pour un plébiscite en sa faveur puisque les seniors sont à la fois légèrement plus nombreux que la moyenne des Français à être satisfaits et insatisfaits du président, la différence se faisant chez les ni satisfaits, ni insatisfaits.

Tout se passe donc comme si les séniors d’aujourd’hui, qui avaient entre 10 et 30 ans pour la plupart en Mai 68, se réalignaient progressivement et idéologiquement sur l’ensemble des Français en ayant intégré et digéré les valeurs post 68. Le processus n’est certes pas totalement achevé et il reste que l’âge, à défaut de la génération, produit des spécificités (par exemple dans le rapport à la santé qui peut aussi entraîner une attention plus forte à la solidarité sociale et à la valorisation des métiers du care) mais la révolution silencieuse des séniors est bien de se distinguer de moins en moins du reste de la population et, en étant plus proches des générations plus récentes, d’être eux-mêmes plus perméables aux évolutions de leurs cadets.


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Auteur(s)

  • Brice Teinturier
    Brice Teinturier
    Directeur Général Délégué, Ipsos bva (@BriceTeinturier)

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