Néo-ruraux : les citadins s'installent à la campagne

La presse se fait fréquemment l’écho de ces citadins qui désirent vouloir s’installer à la campagne ou qui franchissent effectivement le pas. Mais on s’interroge plus rarement sur l’opinion des territoires qui les accueillent effectivement. Dans la perspective de la deuxième édition de la Foire à l’installation en milieu rural, - dont le rôle est de faire rencontrer ces deux univers – les organisateurs ont demandé à Ipsos d’interroger pour la première fois les maires de communes rurales sur leurs attentes, leurs regards et leurs attitudes face à ce mouvement de fond.

L'installation durable de citadins à la campagne est loin d'être un phénomène de mode : 77% des maires interrogés considèrent en effet qu'il s'agit là d'un véritable fait de société ; d'ailleurs, 93% d'entre eux ont été concrètement approchés par des citadins susceptibles de s'installer sur leur commune au cours des cinq dernières années.

Qu'elle soit récente ou déjà engagée, l'installation de citadins représente un enjeu pour les communes rurales : 73% estiment en effet qu'il s'agit là d'un facteur indispensable à la survie de leur commune. Ce n'est pas tant la reprise d'une entreprise ou d'un commerce local qui intéresse les élus (13%), que la contribution au dynamisme des services de proximité et l'apport plus général de vie dans la commune et les associations (76%). D'ailleurs la plupart des élus pensent qu'une intégration réussie des nouveaux habitants passe d'abord par leur volonté personnelle de s'investir dans la vie locale (51%) ….mais aussi d'accepter les contraintes liées aux activités agricoles (40%) Les maires considèrent néanmoins en très grande majorité (91%) que la venue de ces nouveaux habitants pourrait générer des problèmes, craignant au premier chef (63%) les demandes excessives en matière d'équipements et de services, formulées par de nouveaux résidents habitués à disposer de ce genre de facilités en ville.
Enfin, si la majorité des maires considère comme essentielle la venue de nouveaux habitants, il existe un vrai clivage entre ceux qui ont engagé des actions (43%), ceux qui n'ont pas mené d'actions mais ont engagé une réflexion (12%) et ceux qui n'ont rien fait dans ce sens (45%).

Des maires conscients de l'intérêt d'accueillir.

  • 77% d'entre eux considèrent qu'il s'agit là d'un véritable fait de société [17% seulement estiment au contraire que ce courant est passager] motivé en priorité par la recherche d'une meilleure qualité de vie (86%).
  • 84% ont été sollicités en 2001 et 2002 par des citadins venus s'informer sur les possibilités d'accueil de leur commune
  • 81% ont l'expérience dans leur commune d'installations effectives de personnes (1) originaires du milieu urbain

Au final, que cela soit pour des renseignements et/ou des installations, 93% des élus interrogés ont été concrètement exposés à ce phénomène.

L'ancienneté et l'évolution de ce courant partagent les communes rurales, mais les maires se rejoignent sur l'importance de l'installation des néo ruraux pour leurs communes :

Pour 47% des maires concernés, ces contacts et/ou installations de citadins constituent une expérience récente. Au contraire, pour 43% des communes il s'agit d'un phénomène relativement ancien et qui tend à se renforcer (30%) ou se maintenir (13%). Seulement 9% estiment qu'il s'agit de quelque chose de marginal, cette opinion étant plus marquée dans le Nord Est (17%).

  • 73% considèrent qu'il s'agit d'un facteur indispensable pour la survie de leur commune et ce sentiment est particulièrement partagé dans le Sud Ouest (82%).
  • 72% estiment que cela comporte plus d'avantages que d'inconvénients, cette proportion étant de 83% chez les élus du Sud Ouest et de 75% chez les maires ayant des expériences d'installations sur leur commune.
  • La contribution à la vie des services de proximité et l'apport plus général de vie dans la commune et les associations, sont mis en avant par 76% des élus interrogés.
  • Près d'un maire sur quatre (24%) valorise également l'apport culturel de ces nouveaux habitants au travers des expériences et compétences qu'ils amènent.
  • En comparaison, l'apport économique par la création ou la reprise d'une activité est plus rarement mis en avant (13%).

(1) En dehors des retraités et résidences secondaires

Les maires n'ont néanmoins pas de vision angélique, et 91% ont conscience des risques que peuvent ou pourraient entraîner ces nouveaux habitants pour leur commune :

  • En grande majorité (63%), ils craignent d'être exposés à des demandes excessives de la part des citadins en matière d'équipements et de services.
  • 42% expriment les risques de difficulté d'adaptation aux habitudes du pays, avec les tensions que cela peut entraîner avec la population locale.
  • 30% craignent qu'ils n'exportent à la campagne des problèmes plus typiquement urbains (stress, incivilité….).
  • Les maires de communes rurales interrogés semblent avoir une vision claire du profil et des attentes de ces nouveaux habitants :
  • En dehors du bénéfice d'une meilleure qualité de vie (motivation prioritaire et évidente pour la quasi totalité des interviewés) la volonté de renouer, retrouver ses racines représente, selon 53% des interviewés, un facteur déclenchant de l'abandon des villes pour la campagne.
  • Les expériences de contact et/ou d'installation démontrent cette recherche de cadre de vie : en très grande majorité (79%) les nouveaux habitants travaillent dans la ville proche et sont venus rechercher un logement dans la commune.
  • Si les apporteurs de projets économiques assez précis ne constituent pas le profil principal des nouveaux habitants, ils constituent une réalité non négligeable pour 17% des communes et ceci particulièrement pour celles du Sud Ouest (25%) et du Sud Est (26%).
  • La principale demande des néo ruraux concerne les infrastructures éducatives (63%), les types de commerces existant sur place ou à proximité arrivant très largement après, (29%).

Les maires estiment que les habitants de leur commune sont soit favorables (53%) soit neutres (36%) au fait que des citadins viennent s'y installer, ce qui n'empêche pas 21% des maires d'avoir à convaincre leurs habitants de la nécessité de faire venir de nouveaux habitants. C'est la volonté des nouveaux venus qui leur paraît la condition essentielle pour favoriser leur intégration à la population locale :

  • Volonté d'aller vers les autres, en participant et en s'investissant dans la vie locale (associations, fêtes…) (51%).
  • Capacité à accepter les contraintes liées aux activités agricoles : condition exprimée par 40% des interviews (sans sur-déclaration particulière des maires agriculteurs : 45%).
  • Ces opinions rejoignent d'ailleurs les facteurs d'échec des installations (39% des interviewés en ont eu l'expérience) : pour près des 2/3 des élus (62%) et pour 65% de ceux en ayant fait l'expérience, la difficulté d'adaptation à la vie rurale représente la raison principale de l'échec suivi de la difficulté d'intégration à la vie locale (cité par 48%). On comprend alors que les interviewés considèrent que leur rôle est avant tout d'aider les nouveaux venus à prendre conscience des réalités de la vie à la campagne (37%) et à s'intégrer à la population (34%).

Alors que près des ¾ des maires interrogés considèrent que l'accueil des néo ruraux est indispensable, une majorité d'entre eux n'a engagé aucune action à cet effet. La politique municipale engagée pour favoriser l'installation de nouveaux habitants " urbains " (hors retraités et vacanciers), segmente les maires interrogés :

  • 43% ont d'ores et déjà engagé des actions dans ce sens (27% depuis longtemps, 16% récemment).
  • 12% ont engagé une réflexion.
  • 45% n'ont encore rien fait
  • Le manque de moyens est la raison mise en avant par le plus grand nombre (44%) pour justifier l'absence de politique active (65% dans les communes concernées du Sud de la France). En deuxième position (cité par 26%) est avancée la carence d'atouts à faire valoir ou exploiter, sentiment un peu plus partagé par les maires des plus petites communes (

L'impression d'une opposition de la part de la population ou du Conseil Municipal (citée respectivement par 8% et 11% des élus) ne représente pas un facteur significatif de cette absence d'action.

Trouver des logements vacants dans la commune représente pour près de 2 maires sur 3 (62%) une des deux actions prioritaires à mettre en œuvre pour y attirer de nouveaux habitants. Arrive ensuite, mais avec une importance deux fois moindre, le développement de services de proximité (33%) puis la recherche de personnes motivées ayant des compétences utiles à la commune (cité par 24%).

86% des maires interrogés considèrent qu'ils ne disposent peu / pas de moyens ou de marge de manœuvre suffisante pour pouvoir engager des actions au seul titre de la commune. Parmi ces 86% :

  • 43% déclarent néanmoins pouvoir engager des actions et politiques favorisant des installations durables de citadins, mais à condition de les mener dans un contexte collectif (communes voisines, intercommunalité).
  • Alors que la même proportion (43%) exprime une attitude beaucoup plus passive, en conditionnant toute action à l'engagement des institutions du département, de la région ou de l'Etat.

Seulement 12% déclarent pouvoir engager des actions au seul titre de la commune. Cette attitude pro-active est davantage exprimée par les maires de communes de taille plus importante (1000-1999 hab : 20%) et par les maires de communes du Sud Ouest (19%).


Fiche technique :

Enquête menée au téléphone (système CATI) auprès de 502 maires constituant un échantillon représentatif des communes rurales de moins de 2.000 habitants.
Echantillon construit selon la méthode des quotas : distribution par région administrative et taille de commune.

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