Vie et mœurs des jeunes Européens au travail - LES CONSEQUENCES DU 11 SEPTEMBRE 2001 SUR LA PERCEPTION DU MARCHE DU TRAVAIL
Par rapport au semestre précédent, les entreprises ont peu modifié leurs pratiques sinon en matière de recrutement
Invités à estimer les changements d'attitude de leur entreprise depuis six mois sur quatre de ses domaines d'activité (la formation, la communication interne, l'incitation à la cooptation pour recruter et les opportunités de mobilité interne), les "ECP" estiment, le plus souvent, que leur entreprise n'a pas modifié ses pratiques : elle est, en moyenne, considérée comme " ni plus, ni moins active " en ces domaines. Cette relative stabilité doit toutefois être nuancée : parmi ceux qui jugent que leur entreprise a modifié ses modes de gestion, ils sont toujours plus nombreux à estimer que leur entreprise est " moins active " plutôt que " plus active " par rapport au semestre précédent.
Parmi les domaines pour lesquels les entreprises ont le moins modifié leur comportement, on peut repérer, en premier lieu, la communication interne (48% estiment que leur entreprise est " ni plus, ni moins active ", 17% qu'elle est " moins active " et 29% qu'elle est " plus active ") et la formation (48% estiment que leur entreprise est " ni plus, ni moins active ", 32% qu'elle est " moins active " et 14% qu'elle est " plus active ").
Les opportunités de mobilité interne semblent, d'après les "ECP", avoir été un peu plus touchées par la conjoncture économique et les événements du 11 septembre (45% estiment que leur entreprise est " ni plus, ni moins active ", 34% qu'elle est " moins active " et 14% qu'elle est " plus active "). Il en est de même pour les pratiques de " cooptation " en matière de recrutement (40% pensent que leur entreprise est " ni plus, ni moins active ", 38% qu'elle est " moins active " et 10% qu'elle est " plus active ").
En somme, selon les "ECP", les entreprises n'ont pas fondamentalement modifié leur organisation interne mais plus volontiers leur rapport au recrutement. L'ajustement du comportement des entreprises européennes se serait donc fait sur la variable la plus ajustable à court terme qu'est la politique de recrutement.
Le comportement des "ECP" vis-à-vis du marché de l'emploi n'a guère changé depuis six moisUne certaine frilosité vis-à-vis du marché de l'emploi n'a pas gagné les "ECP"
Les événements du 11 septembre n'ont pas, selon les "ECP", profondément modifié leur attitude sur le marché de l'emploi. Une large majorité d'entre eux déclare ne pas avoir changé de comportement (60%).
Quelques groupes se dégagent toutefois pour faire montre d'une plus grande sensibilité aux événements du 11 septembre. Les femmes ont modifié plus nettement leur attitude sur le marché de l'emploi que leurs collègues masculins (47% contre 37% des hommes). Les jeunes sont également plus réactifs que leurs aînés : la majorité des "ECP" de moins de 25 ans dit avoir modifié son attitude sur le marché de l'emploi depuis le 11 septembre (54%). On compte également plus des deux tiers des Britanniques pour déclarer un changement de comportement (67%) et une majorité de Néerlandais (53%).
La relative stabilité de l'attitude des "ECP" par rapport au marché du travail, malgré les événements politiques récents, se traduit dans les réponses qu'ils ont données à une question qui leur a été posée sur leurs pratiques en matière de recherche d'emploi il y a de cela six mois, d'une part, et sur leur pratique actuelle, d'autre part.
Parmi les "ECP", une large majorité déclare, qu'il y a six mois, ils " se tenaient informés des opportunités sur le marché (en interne ou en externe) " (52%). Et, ils sont un nombre comparable à dire, " qu'aujourd'hui ", ils sont attentifs aux offres du marché de l'emploi (54%, +2 points).
Un cinquième déclare qu'ils cherchaient activement à changer d'entreprise il y a six mois (22%), une même proportion dit qu'elle cherche aujourd'hui à changer d'entreprise (22%).
Enfin, un cinquième déclare qu'ils ne cherchaient pas d'emploi il y a six mois (21%) et qu'ils ne cherchent pas aujourd'hui à changer d'entreprise (17%).
Les événements du 11 septembre et le ralentissement de l'activité économique n'ont donc pas transformé le comportement des "ECP" à l'égard du marché du travail. Toujours en veille, à l'affût d'une opportunité d'emploi plus satisfaisante, ils font preuve d'une recherche ni plus ni moins active sur le marché du travail.
Les "ECP" ne comptent pas modifier la gestion qu'ils font de leur carrière
Qu'en est-il de la gestion qu'ils font ou comptent faire de leur carrière, à court terme, dans leur entreprise ? Ici encore, l'impact de l'environnement économique sur leur stratégie en matière de salaire ou de poste reste assez faible.
Seul un quart des "ECP" envisage de ne pas négocier d'augmentation de salaire d'ici la fin de l'année car actuellement " la conjoncture économique/la situation de l'entreprise n'est pas idéale " (28%) et un cinquième pense ne pas négocier de changement de poste " dans l'attente d'un environnement économique plus favorable " (22%). Quelques catégories se montrent, toutefois, un peu plus sensibles à la conjoncture économique et politique. Il s'agit, d'abord, des "ECP" les plus âgés : 35% des plus de 33 ans n'envisagent pas de négocier une augmentation de salaire pour ne pas compromettre la santé économique de leur entreprise (soit 7 points de plus qu'en moyenne) et 27% de ne pas négocier un changement de poste (soit 5 points de plus). Parmi ceux affirmant une prise en compte des changements de conjoncture dans la gestion de leur situation au sein de l'entreprise, on retrouve également les Britanniques : 43% ne vont pas négocier d'augmentation de salaire (+ 15 points) et 29% de changement de poste (+ 6 points) pour les mêmes raisons.
Par ailleurs, d'ici la fin de l'année, un large tiers des "ECP" déclare ne pas demander d'augmentation de salaire parce qu'ils viennent d'être augmentés ou embauchés (35%) - et non pas parce qu'ils tiennent compte des événements récents - tandis que plus d'un quart songe négocier une augmentation de salaire (27%).
Parallèlement, souvent satisfaits de leur poste et donc n'envisageant pas de négocier un changement d'emploi (23%), les "ECP" ayant répondu au questionnaire sont près d'un tiers à envisager de négocier une évolution hiérarchique (30%) et quelques-uns envisagent de " négocier un changement de poste sans évolution hiérarchique " (16%). Au total, près de la moitié d'entre eux songent à négocier un changement de poste. Parmi les plus motivés par l'idée de débattre d'une évolution de leur carrière, on compte les plus jeunes des "ECP" (55%, soit 9 points de plus qu'en moyenne), les Néerlandais (55%, +9 points) et les "ECP" les plus confiants dans la croissance économique à long terme (55% de ceux qui se disent " très optimiste " par rapport à la conjoncture économique des dix prochaines années, +9 points).
Le principal enjeu d'une mobilité professionnelle pour les "ECP" aujourd'hui : l'opportunité d'un poste à l'étranger
Souvent satisfaits de leur poste ou n'envisageant pas d'en changer rapidement, un élément moteur conduirait les "ECP" à changer d'emploi : la perspective de travailler dans un autre pays européen ou aux Etats-Unis. Huit "ECP" sur dix accepteraient, demain, de " partir travailler dans un autre pays européen " (77%) et six sur dix partiraient volontiers aux Etats-Unis (60%). Les plus attirés par la perspective d'une mobilité à l'étranger sont, toujours, les plus jeunes des "ECP" (87% partiraient travailler dans un autre pays européen et 74% aux Etats-Unis) et les plus optimistes à l'égard de la conjoncture économique des dix années à venir (respectivement 84% partiraient dans un autre pays d'Europe et 71% aux Etats-Unis). En revanche, les femmes se montrent plus réservées face à cette perspective. Ainsi, ne sont-elles qu'une courte majorité à envisager de partir travailler aux Etats-Unis pour près des deux tiers des hommes (respectivement 53% et 62%).
Une majorité relative pense plutôt rester dans leur entreprise en attendant une reprise économique (48% contre 43% d'opinions contraires). Sur cette question, les clivages d'opinion ne se font ni en termes de genre, ni de classe d'âge ou encore de diplôme mais plutôt selon la taille de l'entreprise-employeur : les "ECP" travaillant dans les groupes de plus de 500 salariés acceptent plus volontiers l'idée de " rester dans leur entreprise actuelle en attendant une reprise économique " (55%) que ceux salariés dans une PME de moins de 50 salariés (43%). Sans doute la certitude de pouvoir profiter à terme d'une reprise économique et d'opportunités internes au groupe motivent-elles l'"ECP" à ne pas bouger d'un grand groupe.
Un " changement de poste au sein de la même entreprise tout en conservant un salaire similaire " ou un " changement d'entreprise tout en conservant un poste et un salaire similaire " sont deux hypothèses envisagées par plus du tiers des "ECP" (respectivement 44% et 37%).
En revanche, l'idée de voir leur rémunération réduite afin d'aider leur entreprise en période de difficultés financières reste inconcevable pour près de huit "ECP" sur dix (78%). Sur ce sujet, les réponses sont assez homogènes : aucune catégorie ne se distingue réellement en disant accepter une réduction de salaire plus drastique que d'autres. Confiants dans leurs atouts mais aussi dans la conjoncture économique, les "ECP" ne sont pas travaillés par un souci sacrificiel à l'égard de leur entreprise.
DIAPOS
Fiche technique :
Cette note présente les principaux résultats de l'enquête auto-administrée HR Gardens/Ipsos menée auprès de 2 647 " Early Career Professionals " à partir d'un fichier disponible et fourni par EMDS. Le terrain a eu lieu du 1er décembre au 17 décembre 2001.
L'enquête a été administrée par Internet, selon la méthodologie suivante : un mail a été envoyé à chaque individu inscrit sur le fichier d'EMDS, ayant au moins une expérience professionnelle et appartenant aux 7 nationalités suivantes : allemande, italienne, française, belge, espagnole, néerlandaise et anglaise. Les " ECP " correspondant à ces critères étaient invités à se connecter à l'adresse où était hébergé le questionnaire et à y répondre.
Ce dispositif a été précédé, avant les attentats du 11 septembre, d'une première enquête, portant sur un échantillon de 5.211 " ECP " (interrogés entre le 4 juillet et le 17 août 2001). Cette première enquête - réalisée sur un mode opératoire identique à celle dont nous rendons compte ici - avait permis de mieux comprendre les relations qu'entretiennent les " ECP " avec le monde de l'entreprise. Il est intéressant de rappeler, en préambule à l'analyse de la seconde vague - plus spécifiquement consacrée à la perception de " l'après-11 septembre " - ses grands enseignements. Le pragmatisme dont font aujourd'hui preuve les " ECP " dans le contexte socio-économique actuel tient sans doute plus de leurs caractéristiques propres que de la conjoncture.