Salon de l'Agriculture : 3 agriculteurs sur 4 insatisfaits de leurs relations avec l’industrie agroalimentaire

Alors que le Salon de l’Agriculture ouvre ses portes demain, Ipsos dévoile les chiffres de sa dernière étude menée avec AgriAvis, auprès d’un échantillon d’agriculteurs représentant principalement les grandes exploitations en France. Attentes et (in)satisfactions, l’étude révèle que le climat reste tendu entre les acteurs de la filière agroalimentaire. Après une année marquée par le succès du film Au nom de la terre, qui a remis au cœur du débat public la question des conditions de travail des agriculteurs, les tensions sont toujours vives, et 3 agriculteurs sur 4 se déclarent insatisfaits des relations avec les industriels.

Chiffres clés et enseignements de l’étude :

  • Les agriculteurs déclarent appartenir en quasi-totalité à deux filières :  les grandes cultures (41%) et les polycultures élevages (29%)
  • Les agriculteurs interrogés produisent majoritairement sous label (52%) : 13% sous le label Agriculture Biologique, 7% sous le label Rouge et 7% sous le label AOC
  • 75% des agriculteurs se déclarent insatisfaits des relations avec les industriels, un taux qui atteint 78% des polycultures élevages
  • 51% des agriculteurs insatisfaits estiment que les industriels ne prennent pas en compte leurs besoins & difficultés, 44% qu’ils ne mettent pas assez en valeur leurs produits & leurs qualités, 31% qu’ils ne sont pas assez engagés dans leurs relations avec la filière
  • 77% des agriculteurs interrogés déclarent ne pas avoir confiance dans les industriels de leur filière
  • 55% des agriculteurs interrogés expriment une forte attente vers des relations plus équilibrées entre les différents acteurs de la filière, et 53% souhaitent un cadre réglementaire moins contraignant pour la production agricole
  • 72% des agriculteurs estiment que le bien-être animal, à égalité avec la traçabilité du processus de fabrication, sont les sujets qui prendront le plus d’importance dans les années à venir au sein de la filière agri-agroalimentaire.

Qui sont les agriculteurs, comment se définissent-ils ?

Comment les agriculteurs se définissent-ils ? Deux filières agricoles réunissent la quasi-totalité des acteurs interrogés : 41%déclarent leur exploitation comme appartenant aux grandes cultures et 29% aux polycultures élevages. Au-delà de ces deux grandes filières agricoles, le sentiment d’appartenance à une filière plus spécialisée est assez diffus : à titre d’exemple, la filière lait récolte 6% des suffrages, et la viande bovine 5%.

Ces agriculteurs produisent par ailleurs majoritairement sous label (52%) : le label AB (agriculture biologique) est le plus représenté (13% des agriculteurs interrogés), devant le label rouge et l’AOC, à égalité (7%). A noter que le label HVE, mis en place fin 2014, émerge déjà derrière les labels plus « historiques », et devrait prendre encore plus d’ampleur dans les années à venir.

« Ces labels sont les même dans les deux grandes filières, grandes cultures comme polycultures élevages, précise Renaud Loesel, expert des sujets agriculture au sein d’Ipsos. Il est toutefois étonnant que le label Bien-être animal ne soit pas plus représenté dans les polycultures élevages ».

Des relations tendues entre agriculteurs et industriels

Autre point commun entre les filières : le niveau global d’insatisfaction concernant leurs relations avec les industriels. Les agriculteurs sont en effet seulement un quart à se déclarer satisfaits de ces relations, contre 75% d’insatisfaction.

Même les agriculteurs se déclarant globalement satisfaits ont du mal à se réjouir, et à identifier des points positifs dans leurs relations avec les industriels : pour 70% d’entre eux, ils n’en identifient même aucun. Parmi les quelques éléments de contentement relevés : la sécurisation des revenus et la rémunération (10%).

A l’inverse, les motifs d’insatisfaction ne manquent pas : entres autres, les agriculteurs relèvent que les industriels ne prennent pas en compte leurs besoins & difficultés (51%), ne mettent pas assez en valeur leurs produits & leurs qualités (44%), et ne sont pas assez engagés dans leurs relations avec la filière, via la mise en place de partenariats par exemple (31%).

 

Salon de l'agriculture
© Ipsos – les raisons de satisfactions & d’insatisfactions des agriculteurs avec les industriels

 

Certaines disparités apparaissent selon les filières : les grandes cultures sont ainsi plus que satisfaites de la sécurisation des revenus, tandis que les polycultures élevages obtiennent plus de satisfaction à travers la valorisation de leur métier auprès des consommateurs. Cependant, les points négatifs font consensus :  le manque de prise en compte des besoins et difficultés spécifiques et le manque de valorisation de la qualité des produits sont les principaux motifs d’insatisfaction, quelle que soit la filière.

Plus d’un agriculteur sur deux attend des relations plus équilibrées et justes entre les acteurs de la filière

La colère grandissante des agriculteurs révèle un grand déficit de confiance : ainsi, 77% des agriculteurs interrogés déclarent ne pas avoir confiance dans les industriels de leur filière.

Mais comment faire pour rétablir ces relations ? 55% des agriculteurs interrogés expriment une  forte attente vis-à-vis de relations  plus équilibrées entre les différents acteurs de la filière, et 53% souhaitent un cadre réglementaire moins contraignant pour la production agricole. Enfin, ils sont 24% à espérer un accompagnement économique & financier renforcé, et 21% à vouloir un engagement plus fort des distributeurs.

« Il semblerait que les Etat Généraux, qui se sont déroulés il y a deux ans, n’ont pas apaisé les relations entre les acteurs de la filière : la distribution, les industriels et les coopératives cristallisent toujours les attentes des agriculteurs. Les firmes semencières ou agro-chimiques a contrario ne centralisent que peu d’expectatives », commente Renaud Loesel.

Les mêmes attentes sont partagées par les deux grandes filières, avec quelques nuances cependant : une réglementation plus favorable et un label fort, reconnu du grand public, sont caractéristiques des attentes en grandes cultures, alors que les polyculteurs éleveurs souhaitent avant tout rééquilibrer les relations au sein de leur filière.

Plus de pratiques éco-responsables : un objectif commun à toutes les filières

Si les préoccupations sont différentes entre agriculteurs et filières, ces derniers partagent un objectif commun pour les prochaines années : la mise en place de pratiques plus éco-responsables.

Ainsi, 72% des agriculteurs estiment que le bien-être animal, à égalité avec la traçabilité du processus de fabrication, sont les sujets qui prendront le plus d’importance au sein de la filière agri-agroalimentaire dans les années à venir. La promotion de produits locaux (67%), la réduction de l’empreinte carbone (60%) et l’agroécologie (57%) sont également des sujets clés pour l’avenir de la filière.

A l’échelle de l’exploitation, c’est l’agriculture raisonnée qui est considéré comme l’enjeu n°1 pour demain (62%) juste devant la traçabilité (59%).Si ces sujets vont alimenter les stratégies de développement des exploitations, les problématiques liées à la hausse des rémunérations ou la préservation des exploitations familiales restent des enjeux d’avenir très importants pour les exploitants.

« Exploitants et filières devront trouver des causes communes prioritaires pour mettre en œuvre des pratiques plus vertueuses, permettant la réduction de l’impact environnemental : soit par le développement de pratiques de type agriculture raisonnée, agroécologie et/ou, grâce au développement des techniques d’agriculture de précision », conclut Renaud Loesel.

Pour recevoir les résultats complets de l’étude, cliquez ici

Salon de l'agriculture
© Ipsos – quels sujets clés pour l’avenir de la filière ?

Auteur(s)

  • Renaud Loesel - Directeur de clientèle, Market Strategy & Understanding
    Renaud Loesel
    Directeur de clientèle, Market Strategy & Understanding

Articles liés

  • Ipsos  | Laboratoire de la République | Baromètre de la République | Crédit photo : Alice Triquet / Unsplash
    Sondage Enquête

    Baromètre de la République : les Français attachés aux valeurs républicaines

    Si les citoyens réaffirment leur adhésion massive aux principes républicains, ils expriment un scepticisme marqué quant à leur application dans la société. Selon la nouvelle vague de l'enquête Ipsos bva-CESI École d'ingénieurs pour Le Laboratoire de la République, les tensions dans le débat public et le décalage entre les priorités du quotidien, pouvoir d'achat en tête, et les sujets imposés dans les médias alimentent une forte aspiration au changement à l'approche de la présidentielle de 2027.
  • TPE | Chef d'entreprise | Ipsos bva
    Économie Enquête

    Un dirigeant de TPE sur deux se déclare aujourd'hui en difficulté : les chefs d'entreprise appellent à un accompagnement plus précoce

    Alors que les défaillances d'entreprises demeurent à un niveau élevé et que les tensions de trésorerie persistent, une étude AGS réalisée en partenariat avec Ipsos bva révèle qu'un dirigeant de très petite entreprise sur deux estime aujourd'hui que son entreprise traverse une période de difficultés ou de fragilité. L'enquête met également en évidence une attente forte : être accompagné plus tôt, de manière plus lisible et plus personnalisée, avant que les difficultés ne deviennent critiques.
  • Été 2026 | Canicule | Incendies | Météo | Vague de chaleur

    Canicules 2026 : 64% des Français ont ressenti de la peur ou de l’inquiétude pour la santé de leurs proches

    L’été 2026 restera dans les mémoires comme celui de tous les records climatiques. Alors que les vagues de chaleur se multiplient et que les incendies ravagent certaines régions, une étude inédite Ipsos bva-CESI école d’ingénieurs révèle que 89 % des citoyens déclarent avoir souffert des vagues de chaleur estivales. Cette enquête pointe une forte charge anxiogène, 64 % des personnes interrogées s'inquiétant pour la santé de leurs proches, ainsi qu'une prise de conscience accrue des causes humaines du réchauffement climatique et une attente marquée envers les pouvoirs publics pour adapter le quotidien.