Vivre à Paris : le temps des enfants, quelles solutions ?

Ipsos / Mairie de Paris - 4ème partie

Vivre à Paris, réalité et aspirations
L'économie du temps
Le Paris des enfants
Le temps des enfants, quelles solutions ?
Composition des groupes - répartition des entretiens - guide d'animation

Le temps des enfants, quelles solutions ?

Les parents fixent un certain nombre de grands principes et de recommandations lorsqu'ils envisagent les solutions idéales en matière d'activités pour leurs enfants. Nous les avons formalisés autour de la notion de " cahier des charges " idéal. On retiendra particulièrement les notions d'équité, de labellisation et surtout d'adaptation aux exigences de souplesse et de réactivité.Plus concrètement, les recommandations formalisées trouvent leur incarnation dans la redéfinition du statut de l'école. Au delà de sa vocation initiale qui en fait déjà un élément de référence au sein du quartier, celle-ci pourrait être envisagée comme un " centre de vie " accueillant en son sein information et prestations administratives.Enfin Les Parisiens attendent de la Mairie un savant mélange de centralisation (impulser et maintenir le caractère équitable de l'offre), de déconcentration (une antenne-centre agrégeant prestations et informations), et de mutualisation (le guichet unique étendu).

Le " cahier des charges " idéal

Le diagnostic, souvent dur, n'exclut pas la formalisation de solutions. Celles-ci tournent autour des notions suivantes :è La pérennité des principes collectifs d'universalité : assimilée à une exigence de service public, la gestion des enfants en journée se doit de respecter les grands principes d'équité.

" Il faut aussi que le règlement soit appliqué dans tous les arrondissements. La halte, c'est pour les femmes qui ne travaillent pas et qui souhaitent trouver du temps. Il y a des arrondissements qui s'octroient des dérogations. " (Groupe 5, 15ème arrondissement, quartier Procession / Quintinie)." Mais comment ça s'organise, est-ce que c'est par quartier ou pas parce qu'entre le 16ème et le 17ème il y a des différences. Il y a des quartiers qui peuvent financièrement et d'autres pas. " (Groupe 4, 20ème arrondissement)" Il y a un gros manque de transparence sur l'attribution. " (Groupe 3, 12ème arrondissement)

  • La confiance labellisée par l'agrément officiel : la notion de confiance est au cœur de l'acception et du vécu de la garde déléguée. L'existence et le recours à des structures non publiques imposent, du point de vue des parents, un regard de la part de la puissance publique. L'idée que la Mairie ne peut pas " tout faire " est largement partagée.

" Je pense que toutes les initiatives privées qui peuvent être soutenues par les publics sont des bonnes choses. A condition que ce soit cadré, alors que quand ce sont des crèches associatives ou de parents c'est une relation de confiance. Finalement moi je trouve que c'est une bonne initiative. " (Groupe 3, 12ème arrondissement)" Les parents doivent avoir confiance dans les structures. " (Groupe 6, 15ème arrondissement, quartier André Citroën)

  • La qualité des prestations et des espaces : l'état des lieux laisse transparaître une qualité de l'offre aujourd'hui jugée inégale. De même les espaces sont-ils souvent critiqués, et notamment l'absence d'espaces verts. Cette critique, générale, prend un relief particulier dans les quartiers de bureaux ou les quartiers anciens.

" Pour les petits, les tout petits, c'est nul, zéro... Le 20ème ça ne les intéresse pas il n'y a aucune halte garderie enfin si mais elles sont horribles, ce sont des ... Par exemple ce salon là accueillerait 15 enfants, vous imaginez. Bon il y a un centre où on pourrait aller mais c'est métro Couronnes, donc je ne peux pas y aller, c'est un atelier et les parents peuvent rester mais les enfants jouent ensemble. Ou encore il n'y a pas de bibliothèques dans le 20ème. C'est pas normal. Il y a plein d'enfants défavorisés qui devraient avoir accès à la bibliothèque. " (Groupe 4, 20ème arrondissement)" Il est clair que dans ce quartier, il y a un nombre fou d'écoles avec aucune structure pour faire du sport ou de la culture. Il y a une concentration de constructions qui n'a pas été adaptée, et là il y a erreur de projection énorme de la Mairie. " (Groupe 3, 12ème arrondissement)

  • L'adaptation aux besoins individuels (souplesse et réactivité) : la prise en compte déficiente des exigences issues du monde professionnel (exigences perçues comme incompressibles, aménagées à la marge par les 35 heures) pèse immanquablement sur la gestion des agendas. A ce titre, l'extension en termes d'horaires apparaît comme une solution accessible, même si elle ne doit pas être exagérée : l'objectif n'est pas ici, pour les parents, de " déléguer " l'enfant tout au long de la journée, mais bien de pouvoir faire face en étant assurée que l'infrastructure prend le relais en cas de difficultés d'agendas. L'allongement des horaires ne doit pas amener, nous disent eux-mêmes les parents, à une déresponsabilisation des parents qui laisseraient ainsi les enfants à la charge de la collectivité.

" Un service ouvert jusqu'à 21 ou 22 heures… Oui, avec un roulement des emplois et un service en continu. " (Groupe 1, 18ème arrondissement)." Horaires flexibles, jusqu'à 21 heures certains soirs, ouverts aux heures de tables, ouvert le samedi... Ils sont polyvalents. Le bureau s'occupe de l'état civil, des caisses des écoles, des... vous êtes polyvalent. Bon accueil aussi. " (Groupe 4, 20ème arrondissement)." Quand par exemple la mairie s'occupe de la cantine, pourquoi elle ne s'occuperait pas des enfants tôt le matin, une heure avant et jusqu'à 19 heures le soir ? Qu'ils prolongent. " (Groupe 3, 12ème arrondissement).

  • L'adaptation des rythmes scolaires : trop souvent, les rythmes scolaires des enfants (d'autant plus compliqués à gérer que les enfants sont nombreux et scolarisés à des endroits différents) ne correspondent pas aux rythmes professionnels des parents. De cette inadaptation naît une forme de frustration.

" Mais quand on a des enfants comment on fait les 35 heures ? Ils vont à l'école le vendredi… " (Groupe 4, 20ème arrondissement).

  • La proximité des sites : dans la mesure où le transport et ses aléas compliquent sensiblement l'organisation d'une journée, la proximité des sites est une exigence logique. On parlera d'une proximité entre lieu d'habitation et sites dédiés à l'enfance, mais aussi d'une proximité de ces sites eux-mêmes.

" Près de Bercy il y a un service, un bus qui tourne où on peut faire les papiers d'identité. J'ai vu ça dans le journal. (…) Ca désengorge les mairies en fait. " (Groupe 3, 12ème arrondissement)

  • La mutualisation de l'espace et de l'information : la gestion du temps en elle-même a comme préalable la collecte de l'information. Or, celle-ci est souvent jugée parcellaire, disséminée. Le besoin de centraliser l'information se fait clairement sentir, dans le souci de simplifier l'espace et le temps.

" Mais la Mairie le jeudi soir c'est ouvert, et les gens ne le savent pas, mais ce que je reproche à l'administration c'est de ne pas faire circuler l'information. " (Groupe 4, 20ème arrondissement).

L'école comme lieu de référence

L'école apparaît dans cette configuration comme l'espace de référence. Nous précisons bien qu'il s'agit ici d'une exploitation de l'espace social, et non pas d'une redéfinition de ses fonctions pédagogiques. L'école est, pour ce qui nous concerne ici, un site.Au cœur de la notion de quartier, l'école se verrait dès lors associée directement à d'autres missions que sa mission pédagogique originelle. Aux temps périscolaires s'ajouteraient les temps administratifs, avec l'idée formalisée d'une sorte de guichet unique réunissant une grande part des temps contingents.

" Je veux qu'il y ait plus d'activités même le week-end autour de l'école, géographiquement. C'est autour de chez nous. " (Groupe 6, 15ème arrondissement, quartier André Citroën)." Moi, pour les grandes villes, je pense qu'on devrait multiplier les points d'accès aux services publics. " (Groupe 3, 12ème arrondissement).

L'école en tant que site deviendrait un espace agrégatif, un " guichet unique " alliant missions pédagogiques originelles, gardes des enfants et facilités administratives. Qui plus est, l'école est - en soi - un label, et gage d'une qualité et d'une sécurité propres à rassurer les parents et, à les en croire, les enfants eux-mêmes. Qui plus est, cela permettrait de simplifier l'organisation.

" Il faut faire ça autour de l'école. Réserver le centre (aéré) aux enfants de l'école, on crée le nombre de places par rapport à l'école. " (Groupe 6, 15ème arrondissement, quartier André Citroën).

A cette cohésion de l'espace s'ajoute celle de la temporalité. L'idée de réunir, lors de temps propres à l'école comme par exemple le jour de la rentrée scolaire les différents intervenants des services publics séduit ainsi très largement.On a toutefois conscience que cette extension de missions modifiera sensiblement la culture présente des infrastructures.

" Ouvrir les crèches jusqu'à 20 heures, c'est bien, mais il faut faciliter ça au personnel. Il lui faut des appartements pas loin. " (Groupe 6, 15ème arrondissement, quartier André Citroën).

Les attentes à l'égard de la Municipalité

Agir sur les rouages pour soigner les effets

Le temps n'est pas tant vécu par les parents comme un problème que comme un effet induit par le mode de vie dans la capitale. Dans ce cadre, les attentes à l'égard de l'autorité publique sont plus relatives aux effets qu'aux causes.

" Si l'administration voulait s'adapter au monde, à l'évolution, ensemble, ça nous faciliterait la vie. " (Groupe 5, 15ème arrondissement, quartier Procession / Quintinie).

Ecouter, impulser, informer

Les Parisiens n'attendent pas de la Municipalité " centrale " ou d'arrondissement autre chose qu'une impulsion politique. Il convient toutefois de préciser que la campagne électorale a laissé assez peu de traces dans les esprits, s'agissant du thème ici abordé, et que le Bureau des Temps, si ses missions sont potentiellement bien identifiées, souffre d'un net déficit de notoriété. Pour autant, on convient aisément qu'il s'agit là d'une véritable mission de service public, en même temps qu'on loue l'originalité de l'angle d'approche.

" Aujourd'hui ça n'a été fait que sur papier mais ça serait bien que ça commence et qu'ils nous réunissent comme ça dans notre quartier. " (Groupe 4, 20ème arrondissement).
" Un service de services " (Groupe 2, 9ème arrondissement).

Dans le schéma idéal, la véritable réponse se trouve de fait au niveau le plus local. Outre la mise en œuvre d'une école comme lieu pour accueillir un " centre de vie ", les parents ont émis le souhait de bénéficier de la meilleure information possible, en faisant du recours plus systématisé aux nouvelles technologies de l'information un sésame souvent idéalisé, au delà des clivages socio-économiques propres à la question des accès matériels et culturels à ces outils.

" Ca ne doit pas être industrialisé. " (Groupe 6, 15ème arrondissement, quartier André Citroën).
" Ce genre de truc on l'a sur internet, mais les gens veulent les avoir en pratique et en discussion. " (Groupe 2, 9ème arrondissement).
" Il y a plein de choses qui sont à faire, il y a les moyens d'avoir des informations, mais la manière dont on communique vis à vis des jeunes est nulle. S'il faut dire à un enfant d'aller à la mairie prendre un livret sans que quelqu'un le guide, lui donne des infos… " (Groupe 5, 15ème arrondissement, quartier Procession / Quintinie).

Ils manifestent aussi le désir de voir les autorités municipales ou para-municipales réinvestir un terrain qu'ils jugent avoir été abandonné peu à peu au secteur privé, attisant l'idée que les systèmes les mieux adaptés sont les plus chers et les moins partagés. Car en complément de structures publiques volontiers perçues comme rigides, se sont mises en œuvre des solutions alternatives, associatives ou privées dont les missions et les offres, dans l'esprit des parents, ont besoin d'être clarifiées et authentifiées.
Enfin l'idée selon laquelle la Mairie ne " peut pas tout " est largement acquise. A ce titre, la labellisation d'associations apparaît comme une piste alternative des plus intéressantes.

" Des gens qui le font avec plaisir, c'est bien aussi. Il ne faut pas imaginer que la mairie va créer un service qui va tuer l'association. On peut imaginer que la mairie va prendre en compte ce qui existe déjà, qu'elle ne l'ignore pas. (…) On nous dirait : c'est une association privée qui travaille avec nous. On participe financièrement… " (Groupe 5, 15ème arrondissement, quartier Procession / Quintinie).
Initier quelque chose par la Mairie, mais les centres doivent fonctionner de façon autonome. " Groupe 6, 15ème arrondissement, quartier André Citroën)

Les réponses à apporter concernent également la mise eu œuvre d'outils de prévision des agendas : l'information crée le sentiment que l'on demeure maître de son emploi du temps. A ce titre, la problématique des transports éclaire sur ce besoin, transposable à l'univers de la gestion parentale.

" Il faut savoir quand le prochain bus arrive. Attendre 40 minutes ce n'est pas rare. (…) Il faut des panneaux sur les bus, ça n'est pas compliqué " (Groupe 6, 15ème arrondissement, quartier André Citroën).


Fiche technique :

Enquête qualitative sur les modes de vie et les attentes des parents parisiens réalisée pour la Mairie de Paris.