Crise de la Covid-19 : un retour en arrière pour la parité femmes / hommes au travail ?

A un peu plus de deux semaines de la journée internationale pour le Droit des Femmes, le Boston Consulting Group (BCG) dévoile les résultats d’une enquête réalisée avec l’Institut Ipsos auprès de plus de 2000 salariés français travaillant habituellement en bureau, du secteur privé comme public. Cette enquête révèle à quel point la crise sanitaire a fortement impacté la trajectoire professionnelle des salariés français, en affectant leur performance et en menaçant l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle. Mais elle démontre également à quel point cette crise impacte encore plus durement encore les femmes salariées du privé, au risque d’aggraver une situation déjà déséquilibrée.

Auteur(s)

  • Amandine Lama Directrice de Clientèle, Département Politique et Opinion, Public Affairs
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La crise sanitaire a fortement impacté la trajectoire professionnelle de l’ensemble des salariés français, hommes et femmes.

  • Malgré une confiance affichée par près de 7 salariés français sur 10 en ce qui concerne leur avenir professionnel sur le long terme, 33% d'entre eux considèrent que l'épidémie a des conséquences négatives sur leurs perspectives professionnelles à court terme (promotion, mutation etc.)
  • Plus d'un tiers des salariés estiment que la crise sanitaire a diminué leur performance au travail (36%), en nuisant au renforcement de leurs compétences (28% pensent qu’elle a eu des conséquences négatives en la matière) ainsi que leur capacité de travail (32%)
  • De fait, l’installation du télétravail dans la durée (59% des salariés de bureau télétravaillent davantage aujourd’hui qu’avant la crise, et même 70% des Franciliens) a affaibli les frontières entre temps privé et temps professionnel : 39% travaillent plus qu’avant à l’heure du déjeuner sans faire de vraie pause et 31% plus souvent le soir tard ou le week-end (et jusqu’à 43% pour les cadres supérieurs).
  • Dans le même temps, les salariés ont dû consentir à davantage d’efforts domestiques, n’ayant plus accès aux mêmes relais : 50% effectuent par rapport à avant la crise sanitaire plus de tâches domestique. Quant aux parents, 46% passent plus de temps à encadrer le travail scolaire de leurs enfants et 44% à les accompagner ou les récupérer (école, garderie, activités…)
  • Alors que les contraintes se sont accrues, difficile de faire descendre la pression quand le temps libre diminue :  41% déclarent ainsi avoir moins de temps pour eux.
  • Dans ce contexte, malgré les efforts de nombreux managers pour entretenir le lien avec leurs équipes (49% échangent plus qu’avant la crise avec les personnes qu’ils encadrent), ces contacts s’avèrent insuffisants pour pallier au sentiment croissant d’isolement (56% des salariés se sentent plus isolés de leurs collègues qu’avant la crise, 26% ont davantage le sentiment d’être en dehors des cercles de décision et 25% de ne pas être considérés par leur hiérarchie), et même de mal-être. Ainsi, 70% ont été gênés plusieurs jours au cours des deux dernières semaines par un sentiment de nervosité, d’anxiété ou de tension, ils sont 41% à avoir plus de problèmes de sommeil qu’avant la crise, et même 32% à avoir davantage le sentiment d’être sur le point de craquer / d’être en burn out.
  • Sur le plus long terme, cette situation peut laisser présager un risque de décrochage professionnel pour certains : la moitié d'entre eux envisagent de réduire leur investissement dans leur travail, en donnant davantage de place à leur vie personnelle (50%). Plus d’un sur cinq envisage même de faire une pause professionnelle (21%), en arrêtant de travailler pendant un temps.

Mais la crise affecte plus durement encore les femmes salariées du privé, aggravant davantage les inégalités femmes-hommes en entreprise

  • Dans le secteur privé, les femmes se montrent moins confiantes que les hommes en ce qui concerne leur avenir professionnel et leurs perspectives de carrière (60% contre 70% pour les hommes, soit 10 points de moins).
  • Cette moindre confiance s’explique en partie par le fait qu'elles ont moins réussi à tirer leur épingle du jeu sur le plan des interactions professionnelles durant la crise : seulement 22% d’entre elles en ont profité pour davantage prendre la parole en réunion (contre 31% des hommes) et seulement 27% pour entretenir leur réseau (contre 31% des hommes).
  • Par ailleurs, le télétravail tend à pénaliser davantage les femmes : par rapport aux hommes, elles sont 1.3 fois moins nombreuses à disposer d'un espace isolé (62% contre 71% des hommes, l’écart étant également valable pour les cadres supérieurs) et 1.5 fois plus de risques d'être fréquemment interrompues lorsqu'elles télétravaillent (28% contre 19% pour les hommes).
  • A la maison, les hommes en font certes plus depuis la crise, ce qui laisse espérer une transition vers un "nouvel équilibre" à plus long terme. Mais les femmes en font également toujours plus, alors que la situation est déjà déséquilibrée (trier le linge et lancer une lessive, par exemple, restait en 2018 une tâche effectuée avant tout effectuée par les femmes -83%- tout comme laver les sanitaires -78%-).[1]
  • Les femmes restent par ailleurs soumises à des injonctions sociales très fortes en ce qui concerne leur rôle de mère, ce qui a pour conséquence de créer un fort sentiment de culpabilité : les salariées du secteur privé sont 1.4 fois plus nombreuses que les hommes à estimer qu'elles ne sont pas assez disponibles pour leurs enfants (21% contre 15% des pères).
  • Cette multiplicité des injonctions pèse sur leur santé mentale : dans le secteur privé les femmes sont 1.3 fois plus susceptibles d'être en situation d'anxiété que les hommes (66% des femmes contre 50% des hommes), y compris pour les cas d’anxiété sévère (16% des femmes contre 12% des hommes).
  • D'où un risque d'entraver un "retour à la normale" professionnel des femmes qui ont réduit leurs horaires avec la crise sanitaire : parmi elles, 57% appréhendent un retour aux horaires d’avant crise, contre 40% des hommes. Et pour les autres, la tentation d’un « opting out » ou d’un « merci mais non merci »[2] est bien présente. Au risque pour les entreprises – et la société – de se priver de talents qui ont si durement émergé.
 
The Boston Consulting Group

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Plus d'informations sur www.bcg.fr/.


Fiche technique : enquête Ipsos pour le Boston Consulting Group auprès de 2002 salariés français travaillant habituellement en bureau, dont 1001 hommes et 1001 femmes, appartenant au secteur public comme privé (quotas définis à partir d’un échantillon représentatif de salariés).
[1] Source : Enquête Ipsos pour Ariel « les Français et la répartition des tâches : Où en sommes-nous en 2018 ? » | SOURCE
[2] Pourquoi tant de femmes brillantes quittent les entreprises (welcometothejungle.com) et Céline Alix « Merci mais non merci », Payot février 2021 et "Pourquoi tant de femmes brillantes quittent les entreprises",Welcome to the jungle | SOURCE

Auteur(s)

  • Amandine Lama Directrice de Clientèle, Département Politique et Opinion, Public Affairs

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